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Billet de blog 9 février 2025

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Le vivant est expansion, sauf quand il à peur

Elan vital ou pathogène, La dispersion du vivant face à l'homogénéisation biologique et culturelle...

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Le vivant est expansion.

Il est mouvement, adaptation, brassage, métissage, tissage de liens multiples et complexes qui façonnent des mondes toujours plus riches. Dans cet élan, la dispersion n’est pas un accident mais une nécessité : les graines voyagent, les courants marins portent des larves vers de nouveaux rivages, les peuples migrent, explorent, s’enracinent et se transforment.

Cet élan n’est pas linéaire, il est fractal. Il s’enrichit de chaque échange, de chaque rencontre, il est le souffle même de l’évolution.

Mais il y a une autre force, une dynamique inverse, qui lui ressemble et pourtant l’anéantit. Une illusion d’expansion qui est en réalité une contraction, une réduction, une homogénéisation qui écrase plutôt qu’elle ne fertilise.

Ce faux élan se pare des atours du progrès et de la conquête, il s’appelle colonisation, mondialisation, industrialisation. Il avance sous le masque de la modernité et de l’efficacité, mais derrière lui, il laisse la désolation : cultures laminées, terres appauvries, biodiversité asphyxiée. Là où l’élan vital du vivant tisse des réseaux interconnectés, cet autre mouvement dissout, standardise et digère.

L’expansion coloniale ne cherche pas la complexité, elle cherche l’absorption. Elle ne s’enrichit pas de l’autre, elle l’assimile jusqu’à le faire disparaître. Loin de la dispersion biologique qui ouvre de nouveaux possibles, elle impose un modèle unique et fermé. Le monde devient un grand supermarché où les savoirs traditionnels sont remplacés par des algorithmes, où la diversité se résume à des logos interchangeables. Chaque individu devient un rouage de plus dans la grande machine, nourri aux mêmes aliments ultra-transformés, éduqué par les mêmes écrans, conditionné aux mêmes réflexes de consommation. L’humain occidentalisé se croit maître de son destin, mais il est devenu l’otage d’une structure qui l’englobe et l’atrophie.

Nathalie Cabrol, en réfléchissant à la conquête de Mars, esquisse peut-être trop largement cette confusion entre élan de vie et élan de mort. Car Musk et sa vision de la colonisation spatiale ne sont pas les héritiers de l’exploration biologique, mais bien de cette pulsion de conquête qui transforme chaque territoire en produit. Ce qui est projeté vers Mars, ce n’est pas un souffle vital, mais un modèle qui s’exporte comme un virus, cherchant un nouvel hôte à parasiter avant d’épuiser ses ressources.

Face à cela, la résistance naît. Mais elle est elle-même un phénomène duel. Il y a la résistance-rétractation, celle du refus et de la peur, qui se crispe sur l’identité et se replie jusqu’à devenir elle aussi pathogène. Ce sont les nationalismes de repli, les fondamentalismes qui, croyant s’opposer à la dissolution, finissent par renforcer la logique même qu’ils dénoncent. Ils ne créent pas du vivant, ils stérilisent.

Et puis il y a l’autre résistance, celle de l’adaptation et de la résilience. Celle qui ne nie pas l’échange mais le rééquilibre, qui réinvente des liens au lieu de les couper.

C’est la réémergence des symbioses bénéfiques, celles qui enrichissent au lieu de digérer, celles qui accueillent sans uniformiser. C’est la résistance des forêts qui repoussent sur des sols brûlés, des peuples qui se réapproprient leur autonomie, des cultures qui fusionnent sans se dissoudre.

Le vivant n’a pas besoin d’uniformisation, il prospère dans la diversité. Ce n’est pas en éradiquant ce qui est différent qu’on renforce un système, mais en tissant des alliances nouvelles, en ouvrant des chemins inédits. La dispersion biologique est une force de création, le colonialisme une force d’épuisement. Il appartient au vivant de retrouver sa propre logique : celle d’une expansion qui relie au lieu de détruire, qui multiplie au lieu d’unifier, qui régénère au lieu d’annihiler.

Dans cette lecture, le colonialisme n’est pas une force vitale, mais une force entropique, une sorte de cancer du vivant qui, sous couvert d’expansion, mène à l’effondrement. Si l’on veut survivre, il faut donc sortir de cette logique et retrouver une dynamique d’expansion basée sur la diversité et l’équilibre plutôt que sur la prédation et l’uniformisation.

 Et pourquoi pas une lecture radicalement différente du Léviathan de Hobbes, en le détachant du pouvoir autoritaire (Etat) pour en faire une évolution de la conscience, un état d’équilibre symbiotique du vivant, une forme d’auto-organisation où l’homme, en dépassant ses instincts de prédation, deviendrait véritablement un dieu pour l’homme et pour le vivant. Une forme d’anarchie consciente au sens noble.

La dispersion écologique, en tant que processus naturel, n’est ni bonne ni mauvaise en soi. C’est un phénomène évolutif qui participe à l’équilibre des écosystèmes et à la résilience des espèces.

Mais lorsque des humains, animés par la peur et une vision étriquée du contrôle dans une peur panique d’être grand-remplacés (comme Retailleau, Sarkozy, Le Pen, Darmanin, Zemmour), cherchent à figer les flux naturels, ils deviennent les véritables prédateurs du vivant. Ils s’arrogent le droit de décider quelles espèces peuvent voyager, quelles graines génétiquement modifiées peuvent voler au grès du vent, quelles identités culturelles ou génétiques sont légitimes, dévoilant une forme de dérèglement anthropique, une maladie cognitive du pouvoir.

Ces individus égarés, ignorants, sont un peu comme des frelons asiatiques ou des lapins en Australie, des espèces invasives et destructrices dans un milieu où elles ne trouvent pas de régulation naturelle. C’est une ironie puissante : ceux qui prétendent lutter contre une supposée « invasion » sont en fait eux-mêmes l’invasion qui déséquilibre le vivant.

L’exemple de l’ile de Cayo Santiago est fascinant (Revue Science : Ecological disturbance alters the adaptive benefits of social ties). Un ouragan a forcé les macaques à dépasser leur hiérarchie rigide et à adopter un nouveau paradigme social basé sur l’entraide. L’adversité ne les a pas rendus plus compétitifs, elle les a rendus plus solidaires. Et cette coopération, bien loin d’être un simple accident, augmente leur taux de survie. (Les singes qui ont choisi de partager l’ombre après le passage de l’ouragan affichent un bien meilleur taux de survie que ceux qui sont restés bagarreurs. )

Or selon les prévisions nous ne devrions pas manquer de catastrophes en tout genres dans les prochaines années...

Cette observation contredit frontalement le dogme du darwinisme social, souvent invoqué par les élites qui se croient supérieures. La survie du plus apte ne signifie pas survie du plus fort mais survie de celui qui sait s’adapter intelligemment. Et dans un monde où les écosystèmes sont de plus en plus fragiles, la meilleure adaptation est la coopération, pas la domination.

 Si cette dynamique se transmet aux générations futures, alors la nature elle-même nous offre une leçon d’anarchie au sens noble : une société autogérée, où la coopération devient la norme, non par idéalisme, mais par nécessité évolutive.

Dans cette perspective, le Léviathan de Hobbes devient autre chose, quelque chose de plus grand. Non plus un monstre bureaucratique et autoritaire, mais une conscience du vivant, une intelligence collective qui régule les flux, non par la contrainte, mais par l’équilibre.

Et si le chaos climatique, les crises écologiques et sociales étaient l’équivalent de l’ouragan sur Cayo Santiago ? Une épreuve qui nous force, collectivement, à choisir entre la guerre de tous contre tous (Homo homini lupus) et l’émergence d’une nouvelle conscience (Homo homini deus).

Peut-être que l’évolution elle-même nous offre une opportunité de transformation, à condition que nous ne soyons pas, nous aussi... des Frelons asiatiques.

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