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Billet de blog 11 mai 2024

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"Descendez les flics!"

"Front rouge" est un poème écrit par Louis Aragon en 1931, publié dans la revue Littérature de la Révolution mondiale, puis dans le recueil Persécuté persécuteur.

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"Quand les hommes descendaient les faubourgs

et que Place de la République

le flot noir se formait comme un poing qui se ferme

les boutiques portaient leurs volets à leurs yeux

pour ne pas voir passer l’éclair

Je me souviens du Premier Mai mil neuf cent sept

quand régnait la terreur dans les salons dorés

On avait interdit aux enfants d’aller à l’école

dans cette banlieue occidentale où ne parvenait qu’affaibli

l’écho lointain de la colère

Je me souviens de la manifestation Ferrer

quand sur l’ambassade espagnole s’écrasa

la fleur d’encre de l’infamie

Paris il n’y a pas si longtemps

que tu as vu le cortège fait à Jaurès

et le torrent Sacco-Vanzetti

Paris tes carrefours frémissent encore de toutes leurs narines

Tes pavés sont toujours prêts à jaillir en l’air

Tes arbres à barrer la route aux soldats

Retourne-toi grand corps appelle

Belleville

Ohé Belleville et toi Saint-Denis

où les rois sont prisonniers des rouges

Ivry Javel et Malakoff

Appelle-les tous avec leurs outils

les enfants galopeurs apportant les nouvelles

Les femmes au chignon alourdi les hommes

qui sortent du travail comme d'un rêve

le pied encore chancelant mais les yeux clairs

Il y a toujours des armuriers dans la ville

des autos aux portes des bourgeois

Pliez les réverbères comme des fétus de paille

Faites valser les kiosques les bancs les fontaines Walace

Descendez les flics

Plus loin plus loin vers l'ouest où ils dorment

Les enfants riches et les putains de première classe

Dépasse La Madeleine Prolétariat

Que ta fureur balaie l'Elysée

Tu as bien droit au Bois de Boulogne en semaine

Un jour tu feras sauter l'Arc de Triomphe

Prolétariat connais ta force

Connais ta force et déchaine-toi."

A mettre en parallèle avec le suprême NTM :

 https://www.youtube.com/watch?v=yAvmIYdIj1E

Citer ces vers d'Aragon pourrait il être constitutif d'un appel à la violence contre les forces de l'ordre? 

Un poème détesté par tous à son époque, riche de nombreuses références historiques, communistes ou anarchistes, d'une rare violence politique, un poème comme celui-ci ne peut laisser indifférent.

"Descendez les flics" trois mots d'une violence extrême, en aucun cas un appel à l'action directe, mais bien un cri du cœur, tout comme l'acronyme ACAB dont s'empare aujourd'hui une partie de la jeunesse. Quel contresens malhabile d'y voir un appel à la haine lorsqu'il n'est que le triste reflet d'une déviance institutionnelle et un appel au changement. 

C'est cette police politisée, fanatisée, instrumentalisée par un pouvoir politique, abandonnée pour partie qui est visée de manière récurrente à travers les époques, jamais l'individu.

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