"Tu haïras ton prochain comme toi-même" 2017 chez Albin Michel
Hélène L’Heuillet rappelle, après Freud et Lacan, "qu’amour et haine sont constitutifs du psychisme humain, autrement dit que la haine, qu’on veut éradiquer vainement, gît au plus profond de l’inconscient. Si bien que son antidote n’est pas forcément l’amour, mais bien plus la civilisation, qui passe par les symboles et par le langage, dont la complexité bienfaisante permet de maîtriser la «pulsion de mort» détectée par Freud en chaque individu."
Xoreeyo partage l’analyse selon laquelle le populisme est une pathologie de la démocratie, en ce qu’il simplifie les divisions, érige des oppositions binaires et évacue la complexité inhérente au débat démocratique (les exemples ne manquent pas actuellement).
Un discours complexe, nuancé et contradictoire est en effet souhaitable dans une démocratie vivante. Xo souscris également à l’idée que les classes populaires ne sont pas par nature moralement supérieures aux élites économiques, et que leurs comportements peuvent être tout aussi influencés par des intérêts particuliers ou des biais.
Cependant, son raisonnement repose sur une hypothèse fondamentale : celle d’être dans un régime véritablement démocratique, où le débat public est libre et où les conditions d’un échange équitable des idées sont réunies. Or, force est de constater qu’à bien des égards, ce n’est pas le cas.
Dans notre Marché politique, nous évoluons dans un contexte où l’opinion publique est massivement façonnée par des médias détenus par une poignée de milliardaires, majoritairement alignés sur des idéologies de droite, qui diffusent une vision du monde servant leurs propres intérêts.
Ces structures médiatiques, couplées à l’influence croissante de think tanks de droite extrême et de personnalités fortunées comme Pierre-Édouard Sterin (Projet PERICLES), œuvrent de manière explicite à imposer un système ultra libéral, fondé sur une théorie de marché et une utopique libre compétition, tout en cherchant à réduire la "culture" au rang de produit consommable.
Dans ce cadre, les critiques légitimes contre ce système, qu’elles soient sociales, écologiques ou philosophiques, sont disqualifiées sous l’accusation de "wokisme" ou d'islamo gauchisme. Ce climat délégitime toute forme de contradiction ou de remise en question. Pire encore, ces acteurs puissants contournent les règles démocratiques : ils n’hésitent pas à corrompre le jeu démocratique et rejeter les résultats électoraux lorsqu’ils ne leur sont pas favorables, à échapper à leur juste contribution fiscale et à affaiblir les biens communs.
Ils ignorent délibérément les urgences sociales et environnementales, aggravant ainsi les inégalités et menaçant les fondements mêmes de la démocratie.
Dans un tel système, qualifier Jean-Luc Mélenchon de populiste parce qu’il appelle à l’action face à un dialogue devenu impossible semble non seulement réducteur, mais aussi injuste. L’appel à "l’action", chez Mélenchon, n’est pas un rejet de la discussion démocratique mais une reconnaissance lucide d’un contexte où le débat est confisqué par des forces économiques et idéologiques qui refusent toute remise en cause de leur domination. On qualifie les militants environnementaux d'écoterroristes on frappe des gamins avec des armes de guerre et on réprime férocement toute tentative de manifestation.
Ce n’est pas lui qui simplifie à outrance, mais le système dans lequel nous vivons qui réduit l’espace pour un débat véritablement démocratique. Dans ces conditions, l’action devient une réponse légitime et nécessaire pour rétablir un équilibre perdu.
Ainsi, bien que Xo partage les préoccupations d’Hélène L’Heuillet sur les dérives populistes, il pense qu’il est essentiel de ne pas mettre sur un pied d’égalité les populismes de droite et les mouvements progressistes de gauche qui, face à un système profondément vicié, appellent à une refondation démocratique.
La distinction entre "populiste" et "populaire" mérite ici une attention particulière, car ce qui est pathologique dans le populisme, ce n’est pas son adresse au peuple, mais la manière dont il évacue la pluralité et instrumentalise les émotions. Or, l’appel de Mélenchon à "l’action" vise précisément à reconstruire une société où la pluralité des voix et la complexité des débats pourraient de nouveau trouver leur place. La démocratie ne peut se réduire à des mots si ces derniers ne sont plus qu’un simulacre, et parfois, l’action devient la seule voie pour la restaurer.