Depuis des millénaires, la représentation du divin a été façonnée par des sociétés dominées par des structures patriarcales. Dieu est presque toujours masculin, qu’il soit Yahvé, Allah ou Dieu le Père. Dans le christianisme, la Sainte Trinité ne laisse aucune place explicite au féminin sacré : le Père, le Fils et le Saint-Esprit forment un ensemble exclusivement masculin. Cette absence interroge.
Dans les traditions anciennes, le divin n’était pourtant pas exclusivement masculin. Les cultes païens honoraient des déesses mères, incarnations de la fertilité et de la sagesse.
Dans l’hindouisme, le divin est conçu comme une complémentarité entre le masculin et le féminin, avec des couples sacrés comme Shiva et Shakti. L’hindouisme présente des divinités androgynes. En Égypte, Isis était vénérée comme la grande initiatrice et détentrice du pouvoir divin.
L’instauration du monothéisme, en marginalisant les figures féminines, a progressivement réduit le divin à une expression uniquement masculine.
Ce choix n’est pas anodin.
Il légitime un ordre social où l’homme détient l’autorité spirituelle et temporelle. L’exclusion du féminin sacré n’a pas été seulement théologique, elle a aussi été politique.
Certains indices laissent pourtant entrevoir une présence occultée du féminin dans les traditions monothéistes. Dans la tradition hébraïque, le mot Ruach, qui désigne l’esprit divin, est féminin.
Dans certaines interprétations gnostiques, la sagesse divine, Sophia, est une entité féminine qui complète l’œuvre de la création. Dans le catholicisme populaire, Marie a fini par occuper une place quasi divine, compensant cette absence sans jamais être officiellement intégrée au dogme.
Alors Dieu est-il incomplet ?
Si l’on reste sur la vision d’un Dieu masculin exclusif, alors oui, il manque quelque chose. Une entité purement masculine ne peut être ni complète ni créatrice seule. C’est pourquoi, dans les traditions qui insistent sur l’unité divine, il y a toujours une forme d’union entre ces deux principes (Shiva/Shakti en hindouisme, Yin/Yang en taoïsme).
Si Dieu est l’Un, alors il ne peut être qu’une union et non une exclusion. Ce qui pose la question : pourquoi l’Église a-t-elle voulu effacer cette union ?
Si l’on considère que Dieu est une projection des sociétés humaines, alors cette masculinisation du divin peut être vue comme une supercherie culturelle destinée à légitimer l’ordre patriarcal. Et franchement un vieux pape tout rigide, c'est pas un peu dépassé??
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