Et pourquoi La Belle Histoire de Lelouch ne nous inviterait-elle pas, au fond, à interroger le rôle du cinéma lui-même ?
Ne pourrait-on pas y voir, au-delà du simple divertissement ou de la narration, une tentative du divin pour entrer en dialogue avec l’humanité ?
Une manière subtile, presque clandestine, d’inspirer, de rappeler, de réveiller ?
Platon, dans l’allégorie de la caverne, évoque des hommes prisonniers de leurs illusions, ne percevant du réel que des ombres projetées sur la paroi. Le cinéma, par son dispositif même — une lumière projetant des images sur un écran — semble en rejouer la forme. Mais La Belle Histoire, justement, inverse cette logique. Au lieu de renforcer l’illusion, elle la transcende. Elle ne nous enferme pas dans la fiction : elle nous tend un miroir. Un miroir dans lequel chaque spectateur est invité à reconnaître une part de lui-même, à capter un écho enfoui, une mémoire ancienne, un pressentiment d’éternité.
Dans cette perspective, l’œuvre de Lelouch devient un vecteur symbolique, une œuvre médiane entre le ciel et la terre, entre le mythe et l’intime. Peut-être que les mythologies fractales que le film convoque ne sont pas seulement des structures narratives : elles sont des messages dissimulés, des pistes déposées là, à la surface des images, pour guider — non pas contraindre — mais influencer délicatement, par la beauté, l’émotion, l’intuition.
Le divin, s’il existe, ne se manifeste pas toujours par des éclairs ou des miracles. Peut-être agit-il à travers des œuvres humaines inspirées, des récits qui nous traversent et nous transforment sans que nous en ayons pleinement conscience. Le cinéma — surtout dans des œuvres comme La Belle Histoire — devient alors un langage sacré déguisé, une tentative de contact, une main tendue à une humanité encore "encavernée", à la recherche de sa propre lumière.
Non?