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Billet de blog 25 décembre 2024

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La fluidité de genre du patriarcat

La virilité, loin d'être une identité naturelle, est un capital mobilisé stratégiquement par l'homo politicus pour répondre aux attentes normatives de genre, de sexualité, de classe et de couleur dans le champ politique. Cette virilité est opportunément adaptable aux exigences du contexte politique dans une certaine fluidité...

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Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade du Président : Catherine Achin et Elsa Dorlin (dont la lecture est délicieuse)

Dans cette analyse d'une grande finesse, les autrices alimentent l'idée que la masculinité, tout comme la féminité, loin d'être naturelles sont une construction performative et contextuelle.

Sarkozy bismuth, "la Créature" utilise ces codes pour renforcer sa position politique tout en exposant les contradictions d'un système qui repose sur la domination genrée. Cette perspective pourrait être utile pour déconstruire les usages politiques des normes de genre au-delà du cas Sarkozy, et en particulier à propos des nouvelles recrues de l'improbable gouvernement Bayrou.

La figure politique de Nicolas Sarkozy, analysée avec brio par Catherine Achin et Elsa Dorlin dans leur article sur la "masculinité mascarade", offre un terrain fertile pour explorer les subtilités de la fluidité de genre dans les stratégies de pouvoir.

Cet ancien président déchu, souvent perçu comme l’incarnation d’une virilité conquérante, déploie une dynamique plus complexe où la masculinité se révèle être un outil malléable, adapté aux contextes et aux adversaires, au point de brouiller les lignes traditionnelles du genre politique.

L’agression verbale de Sarkozy contre Najat Vallaud-Belkacem, dans le cadre de la polémique sur les théories du genre, illustre parfaitement cette mécanique. En se rangeant ostensiblement du côté des positions conservatrices du pape (lui même en robe), il s’approprie le rôle du défenseur des valeurs traditionnelles. Cette posture hyperviriliste répond à une attente normative claire, où l’homme politique se positionne en garant de l’ordre patriarcal face à une menace perçue. Cet usage stratégique de la virilité – ressource analysée par Achin et Dorlin – témoigne de la manière dont Sarkozy mobilise ces capitaux identitaires pour renforcer son autorité et séduire une frange électorale conservatrice.

Pourtant, cette virilité affichée contraste fortement avec l’image qu’il cherche à projeter face à Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle de 2007.

En affirmant qu’il a "changé", Sarkozy neutralise temporairement sa masculinité ostentatoire et se présente comme un homme plus sensible, profond et ambivalent.

Ce repositionnement tactique n’est pas anodin. Il lui permet non seulement de répondre aux critiques d’une classe politique perçue comme coupée de la réalité, mais aussi de désarmer une adversaire qui avait su capitaliser sur une "féminité gouvernante" inédite. Comme l’ont souligné les autrices, "la virilité n’est plus un privilège implicite, mais une détermination sociale à manipuler avec précaution". Ce réajustement tactique incarne une fluidité de genre qui n’a rien d’innocent, mais qui participe d’une mise en scène soigneusement orchestrée de son identité politique.

Cette dynamique trouve un écho contemporain dans les choix de François Bayrou, dont les récentes recrues – Retailleau, Valls et Darmanin – prolongent cette "mascarade" politique au sein du paysage français face à la candidate du NFP Lucie CASTETS. Ces figures, chacune à leur manière, mobilisent des performances de genre pour affirmer leur positionnement dans un contexte marqué par la radicalisation des discours et des postures. Retailleau, en s’appropriant un discours viriliste teinté de conservatisme extrême, renforce une posture de "chevalier de la tradition". Valls, oscillant entre un progressisme affiché et des prises de position autoritaires, navigue habilement entre les codes. Quant à Moussa Darmanin, son positionnement évolutif, parfois contradictoire, illustre une fois encore cette stratégie d’adaptation opportuniste aux attentes normatives, empruntant à la virilité ostensible de Sarkozy tout en cultivant une ambiguïté calculée.

Les analyses de Catherine Achin et Elsa Dorlin, par leur profondeur et leur finesse, permettent de décrypter ces stratégies genrées avec une acuité remarquable.

Elles mettent en lumière comment "la masculinité fonctionne toujours comme une mascarade", comme un capital socialement acquis et historiquement construit, mobilisé pour valider et pérenniser les dispositifs normatifs de pouvoir.

Cette interprétation éclaire non seulement les pratiques politiques de Sarkozy, mais aussi celles d’une classe politique plus large, qui utilise les normes de genre pour asseoir sa domination tout en prétendant les transcender. 

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