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Billet de blog 26 janvier 2025

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IBIS Roissy, quand la République Française enferme et étouffe

L’hôtel Ibis de Roissy, une réalité oubliée : il y a quelques années un hôtel s’est transformé en une prison secrète pour demandeurs d'asile, masquée sous le prétexte d’un accueil "humanitaire". Le ministère de l’Intérieur, parle de « prestations de type hôtelier ». Un quotidien marqué par le sang à nettoyer, les cafards à écraser et des odeurs suffocantes dans des chambres aux fenêtres scellées.

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souvenir souvenir, à l'attention de ceux qui défendent naïvement une certaine idée de la France : 

ZAPI 1 : Zone d'attente pour personne en instance  (Prison secrète française) Aujourd'hui disparue (mais sans justice l'oubli est impossible)

Deux premiers étages d'un hôtel grand public. Invisibles pour les vacanciers, l'ascenseur monte directement au 3e. Pendant plusieurs années des personnes vulnérables se sont succédées dans des couloirs exigus sans air, sans promenade, parfois pendant des périodes prolongées. Enfermés, gardés par des policiers et des caméras. Seule porte de sortie, l'entretien avec un agent du ministère des affaires étrangères, qui sans aucun contradictoire, aucune garantie, aucun recours, motive la décision du ministère de l'intérieur... une procédure pratique qui permet de diluer les responsabilités. 

Evidemment cette zone a disparu, la procédure a légèrement évolué en terme de recours. Mais la volonté de rejet s'est durcie et l'arbitraire s'est renforcé...

Le droit d'asile en France :

Il peut être octroyé sur 3 fondements différents dont un principal :

 L’asile conventionnel de la Convention de Genève

Article 1, A, 2 de la convention du 28 juillet 1951 – définition du réfugié :

 « Toute personne qui craint avec raison d’être persécutée  en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, qui se trouve hors du pays dont il a nationalité, et qui ne peut ou ne veut en raison de cette crainte, se réclamer de la protection de ce pays. ».

La loi prévoit deux autres fondements :

Sur mandat du HCR

Article 6 des statuts du HCR :

« Sur toute personne qui, […]craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité, et qui ne peut ou, du fait de cette crainte ou pour des raisons autres que de convenance personnelle, ne veut se réclamer de la protection de ce pays; ou qui, si elle n'a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle, ne peut ou, en raison de ladite crainte ou pour des raisons autres que de convenance personnelle, ne veut y retourner ».

Et l’asile constitutionnel

Alinéa 4 du préambule de la constitution de 1946 :

« Toute personne persécutée en raison de son combat en faveur de la Liberté a le droit d'asile sur les territoires de la République ».

La pratique française s'est rapidement éloignée de ces nobles objectifs, confrontée aux conséquences de sa politique coloniale, se considérant comme déborder par des "hordes" de migrants, elle a privilégié des stratégies silencieuses et invisibles, arbitraires, dans les zones grises de notre belle République : 

ZAPI 1

Extrait du rapport de Louis MERMAZ (Mais les chambres sont petites, et dépouillées, à l'exception de quelques lits. Les fenêtres sont scellées, ce qui renforce cette impression d'enfermement, voire d'étouffement, que l'on ressent en pénétrant dans ce lieu. L'aération s'en ressent : l'odeur est forte, parfois difficilement supportable. Les personnes qui sont là, entassées, dans des conditions de promiscuité inacceptables, sont contraintes à l'inactivité du fait de l'absence d'équipement ou de lieu collectif, à l'exception d'une pièce exiguë appelée «réfectoire». Elles stationnent dans l'un des longs couloirs, près de la «cabine» téléphonique occupée en permanence ou devant les bureaux réservés aux représentants du ministère des affaires étrangères et de l'OMI, qui n'étaient pas présents le jour de la visite. Ces derniers sont chargés, en principe, de fournir aux personnes les effets élémentaires dont elles peuvent avoir besoin. Comment se fait-il, alors, qu'une femme enceinte de cinq mois puisse se plaindre d'être privée de sous-vêtement de rechange depuis plus de quatre jours ? Ses propos, ses cris, de misère et de révolte, créent un certain malaise... et semblent accréditer les dires des associations qui dénoncent le caractère virtuel de la présence des agents de l'OMI.)

Le ministère de l’Intérieur, dans un effort maladroit pour légitimer cet espace, parle de « prestations de type hôtelier ». Une définition bien étrange lorsque les témoignages révèlent un quotidien marqué par le sang à nettoyer, les cafards à écraser et des odeurs suffocantes dans des chambres aux fenêtres scellées.

un système où les êtres humains sont réduits à l’inaction, privés d’intimité, entassés dans des couloirs sans autre échappatoire qu’un réfectoire exigu. Les enfants et femmes enceintes, pourtant parmi les plus vulnérables, y sont abandonnés à leur sort, sans vêtements de rechange ni assistance digne de ce nom. Une femme enceinte, privée de sous-vêtements pendant quatre jours, crie sa détresse dans un écho qui résonne comme un aveu : celui d’une république qui feint l’hospitalité tout en pratiquant l’exclusion.

L’assistance médicale est réduite au strict minimum, les droits fondamentaux sont bafoués, et les promesses de dignité ne sont que des mots vides. Ce lieu symbolise la face sombre d’un État qui se replie derrière ses murs, oubliant que la dignité humaine est indivisible. Ce n’est pas un hôtel, ce n’est pas un centre d’accueil : c’est une honte nationale, une trahison des principes mêmes de la République.

Illustration 1
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