15 ans après le terrible massacre d'Oradour sur Glane, commémoré solennellement à juste titre chaque année, l'armée française de De Gaulle et Messmer, illustres résistants de la seconde guerre mondiale se livre à des massacres d'une férocité et d'une ampleur à faire rougir un génocidaire comme Netanyahu. Il faut pacifier un Cameroun au sein duquel un parti politique anti impérialiste révolutionnaire gagne en popularité.
Jeannette Kamtchueng témoigne, de ses souvenirs de petite fille :
« Le soir, les convois des militaires reviennent remplis des têtes qui sont déversées et exposées au carrefour qui deviendra le carrefour des maquisards (...)"
Quelques exemples de tortures :
La Balançoire : les patients, tous menottés les mains derrière le dos et entièrement nus, dans une pièce à peine éclairée, sont tout à tour attachés, la tête en bas, par les deux gros orteils, avec des fils de fer qu’on serre avec des tenailles, et les cuisses largement écartées. On imprime alors un long mouvement de balançoire, sur une trajectoire de 8 à 10 mètres. A chaque bout, un policier ou un militaire, muni de la longue chicotte rigide d’un mètre, frappe, d’abord les fesses, puis le ventre, visant spécialement les parties sexuelles, puis le visage, la bouche, les yeux. Le sang gicle jusque sur les murs et se répand de tous côtés. Si l’homme est évanoui, on le ranime avec un seau d’eau en plein visage. L’homme est mourant quand on le détache. Et l’on passe au suivant...
Vers trois heures du matin, un camion militaire emmène au cimetière les cadavres. Une équipe de prisonniers les enterre, nus et sanglants, dans un grand trou. Si un des malheureux respire encore, on l’enterre vivant...
Le Bac en ciment : les prisonniers, nus, sont enchaînés accroupis dans des bacs en ciment avec de l’eau glacée jusqu’aux narines, pendant des jours et des jours. Un système perfectionné de fils électriques permet de faire passer des décharges de courant dans l’eau des bacs. Un certain nombre de fois dans la nuit, un des geôliers, "pour s’amuser", met le contact. On entend alors des hurlements de damnés, qui glacent de terreur les habitants loin à la ronde. Les malheureux, dans leurs bacs de ciment, deviennent fous !...
« Oui j’affirme que cela se passe depuis des années, notamment au camp de torture et d’extermination de Manengouba (Nkongsamba) »
« Ils ont massacré de 300 à 400 000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques. Les Bamilékés n’avaient aucune chance. Les villages avaient été rasés, un peu comme Attila », témoigne le pilote d’hélicoptère Max Bardet. J’appris avec ces phrases le massacre littéralement inouï d’une population camerounaise au tournant des années soixante, dit encore François-Xavier Verschave. Je m’attachai à en savoir davantage. Ce ne fut pas facile, tant la terreur, là-bas, produit encore son effet. Ce n’est pas terminé. ».
C'était il y a seulement 60 ans. En pleine conscience. Après avoir vécu l'horreur nazi...
En France, ces événements passent quasiment inaperçus : la presse est préoccupée avant tout par la guerre d'Algérie. Surtout, très peu d'informations filtrent du Cameroun, parce que «c'était une guerre de professionnels», sans appelés du contingent, contrairement à l'Algérie, souligne l'historien français Gabriel Périès. D'ailleurs, la France n'a officiellement jamais été en guerre au Cameroun et le corps expéditionnaire y a été «envoyé pratiquement dans une semi-clandestinité».
«Le fait qu'on ait utilisé des armes interdites comme le napalm explique aussi ce grand silence», renchérit Gabriel Périès. François Gèze, le directeur des éditions de la Découverte.
Le grand silence prendra peut être fin ... un chantier est ouvert... par Macron le chef de l’Etat, soucieux de refondre les relations souvent tendues avec Yaoundé, a proposé de créer une commission d’historiens pour « faire la lumière » sur la période de la colonisation.
Pourtant, «cette guerre "qui n'a jamais eu lieu" est dans les archives, souligne Périès. Mais si on ouvre réellement celles-ci, il y aura un problème : la destruction totale ou partielle d'un groupe social, d'une race ou d'un groupe ethnique [les Bassas et les Bamilékés, ndlr] est considérée comme un génocide et c'est un crime imprescriptible.» Peu de chance, donc, qu'elles soient rendues accessibles tant que certains acteurs impliqués sont en vie.
Il n'y a pas eu d'épuration à l'issue de la seconde guerre mondiale... pas davantage à l'issue de cette "pacification tonique". Que sont devenus ces militaires français nazis, capable de nier l'humanité à ce point?
Comment ne pas partager la haine des africains à l'égard de ces responsables abjectes. La France n'a de leçon d'humanité à donner à personne. Il faut commencer par balayer devant sa porte. La paix est à ce prix. la justice aussi.