La FNSEA, l’éléphant qui trompe énormément avec lequel il faut compter...
Comment avoir un débat serein concernant les Méga Bassines???
Agra Presse a réalisé une analyse inédite du lobbying dans le secteur agricole, sur la base des chiffres de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), qui recensent depuis 2017 tous les représentants d’intérêts et leurs actions. Cette info toujours d'actualité date de main 2022. Elle permet de mieux mettre en évidence les liens entre le gros machin et le Ministère.
"D’après nos résultats*, la FNSEA reste le poids lourd du lobbying agricole (voir notre fichier), avec au moins 600 000 euros de budget dédié au lobbying en moyenne depuis 2017, pour environ 70 actions annuelles menées par une équipe de huit représentants d’intérêt déclarés. « Une reconnaissance de l’expertise de la maison », se félicite-t-on rue de la Baume. Le siège de la FNSEA se voit devancé par deux forces : les antennes départementales et régionales du syndicat (les FDSEA et FRSEA), ainsi que celles de Jeunes agriculteurs (les CDJA). Toutes fédérations locales prises ensemble, ces structures mobiliseraient au moins 820 000 et 680 000 euros annuels respectivement, pour environ 406 et 325 actions par an.
La rue de la Baume affirme n’avoir « aucun contrôle politique » sur ses fédérations locales, et encore moins sur celles de Jeunes Agriculteurs. « Les départements d’élevage et de grandes cultures peuvent parfois porter des positions différentes », illustre-t-on à la FDSEA de l’Eure. Mais le syndicalisme majoritaire possède encore d’autres alliés avec ses associations spécialisées comme l’AGPB (céréaliers, 4 lobbyistes déclarés, 90 000 euros de budget), la CGB (betteraviers, 18 lobbyistes déclarés, 140 000 euros de budget), ou encore l’AGPM (4 lobbyistes déclarés, 30 000 euros de budget annuel).
Le lobbying du siège du syndicat majoritaire, comme celui de ses fédérations locales, est assuré en interne. « La FNSEA n’a besoin de l’aide de personne pour être reçue », sourit Laurent Lotteau (Rivington). Selon les acteurs interrogés, la « cogestion » avec le ministère de l’Agriculture serait ainsi loin d’être terminée. Elle se serait même « intensifiée » durant le quinquennat, et notamment après l’arrivée de Julien Denormandie, à en croire Pierre Degonde (Euralia). Loin de critiquer cette proximité, le lobbyiste juge que face à la « légitimité » et à « l’expertise » de la FNSEA sur les sujets agricoles, « il n’y a pas lieu de contester son poids dans la décision publique ». Euralia, comme beaucoup d’autres lobbyistes et organisations, en a même pris son parti, en considérant le syndicat majoritaire comme « un acteur avec lequel il faut s’entendre en amont pour déminer les textes ».
La Confédération paysanne a en revanche de son côté l’impression de faire face à un « mur », confie Nicolas Girod, porte-parole du syndicat. L’aide aux 52 premiers hectares obtenue dans la Pac 2014-2022, l’une des dernières grandes victoires de la Conf’ selon lui, a été ainsi arrachée grâce à des « dissensus » au sein de la FNSEA. « Mais dès qu’il y a un consensus chez eux, notre voix a du mal à porter », déplore le syndicaliste. De même, reconnaît Philippe Camburet (Fnab), le crédit d’impôt pour le bio n’a pu être augmenté dans le PLF 2022 que parce qu’il « s’insérait dans les exigences de la FNSEA ».
*AGRA PRESSE