Attendez une minute. Pourquoi ce champignon fait-il autant de ravages ici, alors que d’autres régions s’en sortent mieux ? Parce que depuis des décennies, la filière bananière antillaise a misé à fond sur une monoculture industrielle, hyper fragile. On a préféré planter à perte de vue le même clone, le Cavendish, sans diversité génétique, créant un paradis pour les maladies et les pesticides pour amasser les subventions...
Alors oui, aujourd’hui, on se plaint d’un rendement passé de 40 à 30 tonnes/hectare, d’un coût de revient à 1,50 €/kg contre 50 centimes chez les concurrents, et d’un surcoût de 30 millions d’euros par an. Mais qui a enfermé la filière dans cette impasse ? Ce ne sont pas les consommateurs, ni les écologistes, ni les chercheurs. Ce sont les choix des producteurs eux-mêmes, accros aux pratiques intensives, aux traitements phytosanitaires, et incapables de changer de modèle malgré les alertes.
Plutôt que de pleurer sur la perte de part de marché, il serait temps de faire une vraie autocritique. Diversifier les variétés, revoir les pratiques culturales, réduire la dépendance aux traitements chimiques… Voilà les pistes d’avenir. Mais tant qu’on continuera à s’accrocher au modèle du passé, on continuera à creuser le trou.
Alors, messieurs les producteurs, avant de lancer un SOS, commencez par tirer les leçons de vos propres erreurs. Parce qu’au fond, ce n’est pas la cercosporiose qui a tué la banane antillaise, c’est l’aveuglement d’un système agricole à bout de souffle.
Il est temps de repenser notre modèle agricole. Plutôt que de soutenir un système qui a montré ses limites et ses dangers, investissons dans une agriculture durable, respectueuse de l'environnement et de la santé humaine. Encourageons la diversification des cultures, la réduction des intrants chimiques et la valorisation des savoir-faire locaux.
Le véritable SOS, c'est celui de la terre empoisonnée, des rivières polluées et des générations futures qui hériteront de ce désastre. Écoutons-le et agissons en conséquence.
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