Les informations venant au jour, la juste émotion et la compassion qui ont saisi les Français pendant la tuerie de Toulouse laissent aujourd'hui la place au doute. Plus qu'au doute, à des mises en cause profondes de l'action policière et des organes gouvernementaux qui en sont responsables. Car nous sommes bien en face de 5 échecs :
1er Echec : celui du renseignement. A quoi servent le fichage, les écoutes téléphoniques, les enquêtes approfondies menées par la DCRI sur les djihadistes dont Mohamed Meral, s'ils ne permettent pas de les empêcher de commettre leurs actes terroristes. S'ils ne servent qu'à expliquer à posteriori leurs crimes. Le Ministre des affaires étrangères Alain Juppé, rompant la solidarité gouvernementale, ne s'y est pas trompé et s'interroge sur une faute possible des "services". Conséquence de cet échec : un terroriste djihadiste théoriquement surveillé achète des armes et prépare une série d'attentats sans que l'alerte soit donnée.
2ème Echec : celui de l'enquête. Après la deuxième tuerie de Montauban, les enquêteurs ont privilégié la piste néonazie et n'ont pas mis de moyens importants sur la piste djihadiste. En particulier la liste des 15 suspects djihadistes possibles dressée par la DCRI et intégrant le nom de Meral n'est arrivée à Toulouse que quelques heures avant l'assassinat des enfants. Les renseignements étant mal tenus, les adresses mal vérifiées, il a fallu plusieurs jours aux enquêteurs pour en venir à suspecter Meral. Conséquence de cet échec, un doute affreux : n'aurait-on pas pu éviter la mort des 3 enfants de l'école Ozar-Hatorah ?
3ème Echec : celui de l'interpellation. De l'avis de tous les spécialistes, à commencer par Christian Prouteau le fondateur du GIGN, l'interpellation de Meral a été mal conçue et mal menée. En particulier, le fait que les policiers n'ont pas utilisé d'explosifs pour ouvrir la porte mais seulement un bélier inopérant, déclenchant la riposte immédiate du forcené. Le choix du Raid, pour mener cette opération n'est pas neutre dans cette affaire. Cette unité étant plus conçue pour mener des opérations en direction du grand banditisme qu'en direction des terroristes. Conséquence de cet échec , un siège de 30 heures où un homme seul, sans otage, dicte sa loi et humilie les forces de l'ordre.
4ème Echec : celui de l'assaut. Là encore les spécialistes, à commencer par des anciens du GIGN, pointent la manière non professionnelle dont l'assaut a été mené. Il aurait été largement possible (et autorisé) d'utiliser des gaz incapacitants pour mettre Meral hors d'état de nuire et ce bien avant la 31ème heure. Au lieu de cela, une fusillade de 5 minutes (!) s'est engagée au cours de laquelle la police s'est retrouvée sur la défensive, incapable d'appréhender Meral sans l'empêcher de mener un baroud d'honneur dans une atmosphère à la "Nikita" ou à la "Léon". Conséquence de cet échec : Meral va devenir une icône pour tous apprentis salafistes de banlieue. Celui qui a résisté jusqu'au bout aux "keufs". Et sans doute Luc Besson commettra-t-il un film ambigü comme il en a le secret, en guise de biopic...
5ème Echec : celui de la justice, enfin. Conséquence du quatrième échec, la justice n'aura pas le dernier mot. Meral n'a pas été capturé vivant. Il a été abattu alors qu'il se jetait par la fenêtre (du rez de chaussée). On ne le pleurera pas, mais son procès n'aura pas lieu. Conséquence de cet échec : on n'aura pas l'occasion de rendre compte de l'inanité de ses thèses absurdes, de la monstruosité de ses crimes, de déréliction complète du sens moral de ceux qui prétendent agir au nom de leur religion. L'affaire se clôt dans un déchainement de violence sans que la justice puisse ramener la paix des esprits et le repos des âmes.
Ces cinq échecs patents sont ceux de Claude Guéant qui dirige directement ou indirectement aux côté de Nicolas Sarkozy la police nationale depuis si longtemps. Ce sont les échecs du gouvernement. Il est fort douteux que les Français en fassent un succès personnel de Nicolas Sarkozy qui aimerait pourtant sans prévaloir en paradant sur les tréteaux.