Il faut arrêter de "familialiser" les prestations sociales!

Les pauvres ne méritent ni le RSA, ni la prime d'activité, ils sont solidaires entre eux !

Si le gouvernement a vraiment la volonté de soutenir les travailleurs pauvres,comme indiqué dans l'article de Michaël Hajdenberg ci dessous:

http://www.mediapart.fr/journal/france/030315/la-prime-dactivite-une-vraie-bonne-idee

Il gagnerait à rendre ces prestations sociales individuelles et arrêter de les "familialiser"(et d'arrêter les innovations sémantiques liées au champ lexical du travail "méritant").

Lors de l’examen de sa situation par la CAF, le demandeur du RSA socle devait soumettre à celle-ci, la vérification non seulement de ses ressources propres, mais aussi celles des personnes composant son « foyer ».

Bien que communément pensé comme allocation individuelle,  le RSA et probablement la prime d'activité demain, sont des prestations sociales pensées et attribuées au  « foyer ».

Or la CAF semble donner de ce « foyer », une définition toute personnelle : Nul besoin d’être marié, pacsé. Pour deux personnes. Il suffit simplement d’être dans une situation de « vie maritale ».

Vie maritale, c’est tout ça à la fois sans les formalités.

Les agents de la CAF ne traitaient pas votre demande comme s’il s’agissait d’une demande individuelle, mais présumaient une solidarité de ressources entre vous et la/les personnes avec qui vous vivez.

Ils interprétaient extensivement cette solidarité de ressources présumée comme la mise en commun de tous les revenus d’activité de toutes les personnes du foyer. 

La familialisation des prestations sociales équivaut donc à l’abolition de toute autonomie financière personnelle pour tous les membres d'un foyer quand l'une des personnes le composant à le malheur de réclamer l'une de ces prestations sociales familialisées.

Notons que la prime d'activité qui reprend ce mode d'attribution aboutit donc à priver ou à rendre plus difficile pour les personnes qui touchaient la prime pour l'emploi, l'attribution de revenus équivalents à celle ci,puisque désormais les trois euros six cents de leur conjoint seront pris en compte.

Particulièrement intrusifs dans la vie de couple, ces critères d’examen méconnaissaient le fait que celle ci notamment dans ses formes informelles, n’entraînait pas forcément de solidarité financière. On peut en effet habiter avec son copain/copine sans se sentir le devoir  de subvenir à ses besoins.

Ils méconnaissaient le fait que la personne qui héberge un demandeur de minimas sociaux ne devait en rien être concerné, par les démarches administratives privées d’un(e) adulte majeur(e) et vacciné(e) qui n’a pas de comptes à lui rendre sous prétexte qu’il habite chez /couche avec lui/elle.

En outre, si le demandeur etait hébergé par quelqu’un qui avait une situation de revenus meilleurs que lui, l’association automatique entre « solidarité de ressources » et « foyer » aboutissait à priver le demandeur de cette prestation sociale, puisqu’elle substituait à l'examen de ses ressources propres, celle de son conjoint informel, ou celles du tiers qui l’héberge.

Curieusement, il ne semble pas que l’esprit du législateur ait été effleuré par l’idée qu’on pouvait donc coucher/vivre/être hébergé gratuitement par quelqu’un sans pour autant devoir être à sa charge financièrement, ou à plus forte raison le souhaiter.

Personne n’a manifestement avisé le législateur, que l’époque des unions indissolubles à solidarité financière matrimoniale obligatoire, et des femmes au foyer, était désormais révolue..

Cette regrettable négligence a privé le legislateur des minimas sociaux de la possibilité de se demander en vrac:

  • s’il était juste qu’une relation avec un homme ou une femme aboutisse à  priver un demandeur (eresse) sans ressources de ses prestations sociales.
  • s'il était légitime qu’une telle combinaison de critères aboutisse à accroitre la dépendance du demandeur vis-à-vis des personnes avec qui il/elle vit.
  • s'il était normal qu'en conséquence d'une demande une prestation sociale à la collectivité,l’on doive abolir en retour toute prétention à l’autonomie financière vis-à-vis, de la personne avec qui on couche pour le moment, de sa famille, ou de ses amis.

Le législateur qui dispose certainement des études récentes du Conseil économique, social et environnemental, lesquelles indiquent que les femmes sont plus touchées que les hommes par la précarité de l’emploi, que 4.7 millions d'entre elles ont des revenus inférieurs au seuil de pauvreté, que 70% d’entre elles sont des travailleuses pauvres, aurait notamment pu penser que cette disposition qui subordonne leur accès aux minimas sociaux aux revenus de leur compagnon, apparaît également discriminatoire de ce fait, puisqu’elle aggrave leur dépendance économique vis-à-vis de leur conjoint(e).

Notons que tandis que l’administration sociale présume que vous êtes solidaires financièrement, dès qu’il y a vie commune, quand il s’agit de réclamer une prestation sociale, curieusement en sens inverse, l’administration fiscale considère, elle, pour réduire vos impôts, que vous n’êtes solidaires financièrement que si vous êtes mariés ou pacsés.

Il paraît que l’on observe un non recours massif à cette prestation. il est peu probable que cela change. Après tout, pourquoi risquer le coût politique d'une baisse/réductions des prestations sociales attribuées à ces pauvres qui votent de moins en moins, quand il suffit de multiplier les obstacles administratifs à leur attribution.

 Il n'est donc point besoin de se mettre en delicatesse budgétaire avec Bruxelles.

Bien sûr, l’observateur naturellement sourcilleux face à la propension naturelle des pauvres à jeter les deniers publics par la fenêtre objectera que la "familialisation" des prestations sociales  est nécessaire afin de préserver la pérennité d’une telle générosité face à la malhonnêteté compulsive des pauvres qui souvent vivent des allocations au lieu de travailler. L’aide sociale, chacun le sait,c’est le vol.

« Si un homme est un travailleur pauvre, mais que sa femme gagne plus de 5 000 euros par mois, on ne va pas la lui verser », a ainsi fait valoir avec bon sens M. Christophe Sirugue qui connait bien son sujet, les stratégies matrimoniales des travailleurs pauvres, qui pour s’épargner les conséquences fâcheuses d’un chômage probablement dû à leur négligence crasse, choisissent très souvent d’épouser une personne dont les revenus  se situent au-delà du 9eme décile de revenus (soit plus de 37430€ par an en 2012, soit 3119€ par mois), qu’ils ont probablement rencontré en sortant de leur pôle emploi  local.

La situation décrite ci-dessus étant réputée être la plus représentative pour le législateur. Examinons cependant quelques situations minoritaires:

  • foyer à pauvre + Smicard
  • foyer à pauvre + 1.4 smicard, salaire princier de région parisienne.

Notons que dans ces cas pauvre = 0€ de revenus.

A l’heure actuelle et s’il faut en croire le simulateur CAF, si un pauvre sans revenus, vit avec un pauvre qui a un smic, soit environ 1100€ net, le montant de RSA socle auquel le pauvre sans revenus a droit est d’environ 229€.

Cependant, la formule de calcul RSA activité indiquée sur la page dédiée du ministère social, de la santé et des droits des femmes indique des résultats différents : RSA = montant forfaitaire + 62% des revenus d’activité du foyer – ressources du foyer. Soit avec les mêmes données que précédemment,  la somme de 352.82€.

Si malheur à lui, le pauvre sans revenus est hébergé par quelqu’un qui gagne un salaire de 1.4 smic : 1500€ et des poussières, il a droit à ses yeux et quelques poussières dedans pour pleurer.

Récapitulons, pauvre(sse). Si tu vis dans les mêmes murs avec un malheureux(se) un peu moins malheureux(se) que toi parce qu’il/elle touche un salaire, ou pire que tu couches avec.

Tu devras donc te contenter d’un revenu oscillant entre des poussières et 352,82€, que la nation dans sa grande générosité, non dépourvue cependant d’un brin de sagesse parcimonieuse, t’assure pour garantir les moyens convenables d’existence prévus par le Préambule de la constitution de 1946 repris dans la constitution de 1958:

« […] Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence. ».

L’important, c’est que ça reste convenable.

Quelle est la morale de ces dispositions morales ?

  1. Si tu demandes le RSA, et demain la prime d'activité, apparie toi avec ton semblable pauvre(sse). S’il gagne moins que toi qui ne gagne rien, l’aumône nationale suppléera peut être à vos dignités déchues. Oublie cependant que dans ce cas de figure, le RSA couple (prime d'activité couple demain?) (770.82€) etait inférieur à deux RSA célibataires (2x513.88€) d’environ 25%. Ne cherche pas à comprendre. Souviens-toi qu’il est oublieux d’être sourcilleux quand on dépend de la charité du législateur.
  2. Si tu travailles pour un salaire, oublie toute idée de coexistence/relation de couple/etc. avec les autres pauvres(esses), tes semblables moins chanceux(ses). Refuse de les héberger par pure charité. Tu pourrais en effet, compromettre leur accès aux fabuleux subsides généreusement pensés par le législateur, et d’autre part, tu les empêcherais de vivre la formidable expérience qui consiste à vivre seul avec 513.88€ de revenus maximum en région parisienne au hasard.
  3. Peaufine ta stratégie matrimoniale. fréquente principalement le parvis des pôles emploi et des CCAS des beaux quartiers.
  4. Vire le législateur et change les lois. On commencera par celle ci: "Les prestations sociales ne sont pas le vol". et par celle ci:"Le législateur de demain a comme devoir impératif de concilier les critères d’attribution des prestations sociales avec le refus de méthodes d’examen et ou de critères d’attributions attentatoires à l’égalité et au maintien de la dignité des demandeurs.

Bonus : une page du blog de mélange instable à ce sujet et le site du collectif les CAFards de Montreuil.

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