Quatrième lettre à Monsieur le Présésident de la République - 1er avril 2020

Les EHPAD oubliés, un reflet du sexisme et de l'âgisme ambiant? Besoins urgents de renforts, de masques et de tests!

Monsieur le Président de la République,

En situation de crise, on fait appel à des renforts. Or, les EHPAD sont en train de passer de la crise sanitaire à la catastrophe sanitaire. Allons-nous regarder une fois de plus dans l’indifférence générale les personnes âgées mourir à la pelle dans les EHPAD ? En ce moment, les personnels sur le terrain, à bout de forces et aux limites du désespoir, n’en peuvent plus de faire ce qu’ils doivent exécuter dans des conditions d’urgence pires que l’urgence habituelle à laquelle ils faisaient déjà front depuis des années sans qu’on les entende ? Serait-ce parce que ces personnels sont en général des femmes de milieu populaire qu’on a fait si peu de cas d’elles ? Serait-ce parce que les EHPAD et leur sort reflètent deux grands travers de notre société, sexisme et âgisme, que vous avez manifesté si peu de souci ?

Les personnels des EHPAD ont un besoin urgent de renfort, Monsieur le Président ! Vous ne pouvez plus, vous ne devez plus attendre. En été, pendant la canicule, on recrute des agents supplémentaires, des agents canicule. La situation est plus grave que celle de l’été et les mesures drastiques de confinement et maintenant du confinement en chambre des résidents ajoutent du temps à consacrer à chaque personne que l’aide-soignante est supposée accompagner. Comment faut-il vous dire que c’est mission impossible pour les personnels ?  Tout était auparavant déjà en mode dégradé, qu’en est-il maintenant ? Il faut des postes supplémentaires de toute urgence.

Il ne faudra pas, quand on devra compter les morts, les cacher et dire que c’était le destin attendu de tous ceux qui auront disparu. NON ! Certes, les médias focalisent plus sur les jeunes filles mortes et si, pour parler des morts en EHPAD, il leur faut des morts en grand nombre, il n’en demeure pas moins que les personnes mortes en EHPAD étaient elles aussi d’abord des êtres humains et des personnes qui payaient cher un service qui ne leur est plus rendu correctement  depuis longtemps. Toutes ces personnes vieilles s’en vont, victimes d’un système soucieux d’économie budgétaire voire de rentabilité.  Comment expliquez-vous que les citoyens autrichiens aillent au supermarché, protégés par des masques chirurgicaux (France Inter, journal de 13h 1er avril) et que les personnels des EHPAD, mettant leur vie en danger, attendent des masques basiques ou en aient au compte-goutte ? C’est insupportable !

Les EHPAD ont été trop oubliés jusqu’à maintenant dans toutes vos mesures, prises par des gens qui semblent ignorer jusqu’à ce qu’est la vie d’un EHPAD et la vie des personnes particulièrement fragiles. Pourriez-vous comprendre que ce n’est pas humain de continuer ainsi ? Le confinement ne faisant que commencer, il faut penser aux personnels dans la durée. J’ai fait des remarques, des suggestions dans mes courriers précédents. Je ne prétends pas avoir la bonne solution, elle ne pourra être trouvée qu’en discutant avec les acteurs de terrain et à travers des mesures de bien public. Il n’est pas acceptable que les EHPAD privés ou associatifs continuent à faire de l’argent sur le dos des résidents promis à une mort rapide dans un tel contexte. Que les EHPAD recrutent puisqu’ils bénéficient de l’argent public ! La réponse est politique et humaine : l’Histoire jugera !

Face au désarroi des personnels épuisés moralement et physiquement et des familles qui n’en peuvent plus d’angoisse, je vous en prie, Monsieur le Président, réagissez, voyez au moins maintenant que des postes supplémentaires sont indispensables dans les EHPAD.

Salutations respectueuses d’une citoyenne.

Geneviève Chovrelat-Péchoux

Auteure d’Un été en EHPAD Situation critique sous le pseudonyme ROSALOU (HDiffusion 2019)

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