Aux ami·e·s du genre humain

Attention aux personnes âgées.

Au restaurant, derrière moi, trois dames, entre deux âges, devisent de la galère des jeunes, oubliés du confinement. L’une d’elles d’ajouter :  «  Je ne comprends pas que l’on fasse tant de bruit autour des morts en Ehpad » et sa voisine de poursuivre : « Les familles devraient comprendre que la vie a une fin. » Et nos dames de philosopher, avec la profondeur qu’il sied aux commensales d’un restaurant végétarien, sur la mort retrouvée… J’attends Montaigne au détour d’une phrase : « Tu meurs de ce que tu es vivant ». Mais non !

Navrée d’entendre la fracturitournelle intergénérationnelle – ah Brassens où es-tu ?  – l’envie me prend de leur demander ce qu’elles savent de la vie en Ehpad, de la longue attente pour pisser ou chier, de l’impossibilité d’ouvrir une fenêtre, du souvenir d’un fruit frais, du lilas et des artichauts, des miasmes de détergents, des repas au lance-cuillère, du coucher à trois heures de l’après-midi… Des images en vrac me submergent, je note les plus légères sans prétérition. Je ne leur parle pas des cris de douleur… non, pas de prétéritions incroyables !

Sûr ! Bon nombre de jeunes sont dans la galère : donc à l’aune de cette galère envoyons les vieux croulants ad patres ? Irrévérence de l’âge ! La révérence, vite les vieux, tirez vite votre révérence ! Vous êtes lents, vous nous retardez les weekends dans les magasins et les piscines. Dans les Ehpad vous êtes « à charge », c’est officiel ! Pourquoi vos vies « à charge » ?

Les dames parlent et partent, je reste baba sans rhum à me demander qui appartient au genre humain...

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