Algérie : Serment pour la libération de la servitude et l'avilissement

J’en fais le serment d’accompagner mon peuple dans sa lutte, pacifiquement, avec tous les moyens à ma disposition, quoi que cela me coutera, jusqu’au triomphe de la justice sur la lâcheté de l’usage de la force pour avilir son humanité. Youcef Benzatat

Le Hirak se dissous dit-on ! Il est fini. Il a atteint ses objectifs et désormais, il nous reste qu’à se mettre au travail. Ce constat n’est devenu possible qu’une fois le vide laissé par la chute fracassante de la bande à Bouteflika a été comblé, après que les rouages du système, que le Hirak avait durement malmené, se sont de nouveau reconstitués. Un vide qui a métamorphosé un instant les hyènes en nobles combattants vertueux aux côtés du Hirak avant de se raviser et de retourner à leur pitance de charognards désœuvrés. Les médias « indépendants » ont vite fait de ranger leurs plumes militantes, que le Hirak dans ses moments terrifiants avait galvanisé. Les politiques de l’opposition, qui à ce même moment croyaient rafler la mise en comptabilisant à leur profit les dividendes d’un peuple indigné, ont vite fait de reprendre leurs veules reflexes à venir se bousculer devant la mangeoire, l’échine courbée. Les élites, plus avisées, avaient un pied dedans et un pied dans l’autre dedans, avant de se lancer pieds joints, le cerveau noué autour des boyaux, à faire l’éloge du vainqueur présumé. Il faut dire que la junte avait bien veillé sur l’accès au robinet et au dévoilement de la vérité sur les crimes de tout genre qu’elle aurait commise, avec à sa tête le parrain conjoncturel du moment, épaulé par la police politique et accessoirement par les services de sécurité et résiduellement en appoint par ces voyous surnommés les baltajjyas. Un Président fut désigné et un gouvernement vite monté. La normalisation s’est mise en marche et la recréation semble être terminée. La junte peut rentrer dans sa tanière pour hiberner, loin des indiscrétions et des suspicions, l’œil omniscient et le bras omnipotent. Le Président et ses obligés assumeront toutes les corvées et endosserons l’apparat du plus épouvantable des épouvantails. On peut l’entendre comme étant le crime parfait et la Révolution aurait été prématurément avortée. En effet, le peuple s’est retrouvé seul face à ses bourreaux, se contentant de se remémorer le soutient de ces braves et courageux complices, qui le haranguait avec détermination et abnégation, aujourd’hui, pris dans leur nasse et séquestrés dans leurs geôles pour un temps indéterminé. Ou alors, convoquant les martyrs de la glorieuse Révolution pour être pris à témoins. En vain ! l’annonce prématurée de l’avortement de l’élan libérateur et l’assassinat du rêve d’un peuple qui a ressurgie des geôles de l’histoire pour se défaire de ses chaînes est le propre de la trahison et des traîtres, des vils et des veules qui ne peuvent et ne savent vivre sans maître. Oubliant à la fois que le rêve a déjà été accompli et la libération acquise. Dix mois durant, le peuple a chanté, dansé, déclamé sa volonté de vivre souverain sur sa terre et a pris goût à toute l’étendue des libertés. Il ne saura plus régresser à ses enchaînements passés, ceux de vivre dans l’humiliation de l’exclusion et du dépouillement de ses richesses et de sa dignité. Même s’il lui faudra cent ans pour venir à bout de ces maîtres chanteurs et de ces escrocs qui lui ont confisqué son destin, il continuera à vivre libre dans la dignité et la résilience jusqu’à la victoire finale sur cet ennemi si cruel et crapuleusement réanimalisé. J’en fais le serment de l’accompagner dans sa lutte, pacifiquement, avec tous les moyens à ma disposition, quoi que cela me coutera, jusqu’au triomphe de la justice sur la lâcheté de l’usage de la force pour avilir son humanité.

Youcef Benzatat

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.