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Billet de blog 4 mai 2019

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Algérie : Dernière ruse du système dialoguer avec lui-même

En effet, qui doit dialoguer avec qui ? Les deux principales parties dans cette situation révolutionnaire ne peuvent être que les représentants du peuple et le pouvoir. Or, ce dernier est considéré comme non qualifié à mener un quelconque dialogue, parce que rejeté par le peuple et donc illégitime.

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Dernière ruse du système dialoguer avec lui-même

Par Youcef Benzatat, le 04 mai 2019

Rien n’y fait devant la détermination du peuple à vouloir défaire définitivement ses chaînes et s’approprier son territoire. Le pays est à nous et nous n’entendons appliquer que notre solution, répètent en cœur les manifestants de vendredi à vendredi (Lebled bledna wendirou rayna). Pendant ce temps, le système ne désarme pas. Tous les mardis une nouvelle reformulation de la même solution est proposée et sitôt rejetée. Provoquant son orgueil par des réactions de désinformations, intimidations, manipulations, allant jusqu’à des menaces, à peine voilées, contre tous ceux qui rejetteraient ses solutions, notamment le rejet des élections du 4 juillet, en les traitant de traitres à la patrie. Impassible dans son mépris pour la chose publique, il persiste à vouloir faire croire que l’état civil, l’état de droit, l’état démocratique c’est lui. Le système est avec le peuple et nous allons nettoyer le pays des voleurs et nous irons avec lui jusqu’au triomphe de ses demandes. Comme si le peuple lui demande quelque chose. Alors que ce dernier ne cesse de l’inviter à dégager et exiger de lui à lui restituer sa justice, son pays et sa souveraineté qu’il lui avait usurpée.

Son obstination à vouloir appliquer l’article 102 de la Constitution en vigueur, malgré le rejet catégorique par la foule des manifestants, lui préférant clairement le « dégagisme du système » dans son intégralité, ses hommes, ses symboles, ses procédures et ses solutions, en a fait l’article le plus célèbre dans le monde entier et dont certains n’hésitent pas à en faire un motif de moquerie, en ont faisant un mot d’esprit, une taquinerie, comme au temps où nous étions gouvernés par un spectre. D’ailleurs, ce dernier cédera sa place et son rôle à un autre vielle homme grabataire, les 80 années consommées, dont quinze au service du fantôme déchu, qui entend à son tour faire la pluie et le beau temps, en dressant de plus en plus ses muscles sur la trajectoire des hommes et des femmes à la nuque raide sorties en masse le défier, lui et son système agonisant, incapable de lucidité et de réalisme devant le surgissement pacifique de la vérité en plein lumière. Faisant de lui autant un motif de moquerie devant l’humanité entière.

Comment faire alors, si le peuple ne veut pas aller voter ce 4 juillet ? Comment légitimer un nouveau locataire à El Mouradia, alors que les auteurs de la soixantaine de candidatures à la candidature présidentielle annoncés n’osent même pas se montrer et plaider leur supercherie devant leurs électeurs potentiels supposés. Comme les ministres, les Walis et tout le personnel illégitime qui meublent l’Etat et les institutions, qui ne savent plus quoi faire de leurs prérogatives institutionnelles, car raillées à chacune de leur excursion en dehors des sièges de leurs fonctions. Une situation sans précédent de blocage de l’état et des institutions sans recours à une quelconque désobéissance civile. Une seule phrase commise en cœur par une foule de badauds à leurs vues dans l’espace publique aurait suffi pour les neutraliser et rendre leur mission impossible : vous avez mangé le pays bande de voleurs (klitou lebled ya seraquines) !

Bien évidemment que le système n’entend pas de cette oreille l’injonction « dégagiste ». Les intérêts et les culpabilités sont tellement importants, qu’il faudra résister par tous les moyens, y compris de recourir à cette dernière ruse, qui consiste à suggérer un dialogue avec soi-même pour espérer duper et réaliser un passage subtil vers son auto reconduction.

En effet, qui doit dialoguer avec qui ? Les deux principales parties dans cette situation révolutionnaire ne peuvent être que les représentants du peuple et le pouvoir. Or, ce dernier est considéré comme non qualifié à mener un quelconque dialogue, parce que rejeté par le peuple et donc illégitime. L’armée, à travers son représentant, le chef d’état-major, est, elle aussi, considérée comme non qualifiée à ce dialogue, car cela ne relève pas de ses prérogatives, qui ne peuvent se limiter qu’a la sécurisation des procédures politiques que le processus transitionnel aura déterminé. Il y a donc un déficit d’interlocuteur. Bien que ce déficit est comblé depuis le début du processus révolutionnaire par l’armée, qui s’est substitué au pouvoir civil, mais sans l’avouer, allant jusqu’à prétendre soutenir le peuple dans son adversité avec le pouvoir en l’aidant à atteindre ses objectifs révolutionnaires. Une situation absurde, car l’armée ne peut être à la foi partie au dialogue et soutient de son interlocuteur, ce qui revient à dialoguer avec soi-même. Dans ce cas, autant remettre le pouvoir immédiatement au peuple et mettre fin à la crise.

Mais n’est-ce pas là une ruse de plus pour amener l’opposition traditionnelle, elle-même rejetée par le peuple, à un dialogue avec le système pour un partage du pouvoir au détriment des intérêts et de la volonté populaire. Ce qui aggraverait encore un peu plus la crise et fera perdre un temps important à son dénouement, par ce que le peuple est déterminé à en finir avec le système et aucun personnel politique qui aurait conclu un accord avec l’armée et qu’il n’approuvera pas sera rejeté à son tour et amènerait la situation à son point de départ. Alors que, sans vouloir ruser et préserver le système et en choisissant de soutenir la transition révolutionnaire, comme elle le prétend, l’armée devrait accompagner la volonté populaire en faisant sienne le choix du peuple. Sachant qu’une solution radicale existe bel et bien et pourrait mettre un terme à cette situation de crise dans l’immédiat. Il aurait été simple que chacune des 48 Wilayas désigne son représentant pour constituer un groupe de 48 personnes, qui auront la tâche de désigner parmi eux un représentant consensuel pour diriger la transition avec sérénité et efficacité.

Y.B.

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