Une traitrise de plus : le 6 juillet l’opposition fera allégeance à la dictature

Car il est naïf de croire que la hiérarchie militaire puisse abandonner aussi spontanément et volontairement le pouvoir et les privilèges qui en découlent et se soumettre à un ministre de la défense, civil, issu d’un suffrage universel émanant de la légitimité populaire,

 

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Youcef Benzatat, 5 juillet 2019

Le 6 juillet se tiendra une conférence initiée par des partis politiques de « l’opposition », des associations de « la société civile » et des personnalités « indépendantes. » Tout ce monde n’est en réalité qu’une clientèle potentielle au service de la dictature militaire, qui s’est manifesté volontairement pour appliquer la feuille de route de l’Etat-Major, en usurpant la représentativité de la Révolution sans se sentir obligé à rendre des comptes au peuple et de recueillir son approbation. A savoir, la neutralisation de la volonté populaire de refondation de la République sur la base d’une véritable transition vers un état civil, démocratique et souverain. En échange, ils auront la tâche ingrate d’organiser des élections présidentielles à la hâte, pour élire un président de la République, qui leur ouvrira le chemin de la mangeoire institutionnelle et étatique. Un personnage au visage de cire comme il y en a à la pelle dans les tiroirs de la dictature, sans scrupules, ni dignité, avide de figuration auprès du pouvoir, qui liquidera les espoirs du peuple nés de la glorieuse Révolution du 22 février en reconduisant le système à l’identique.

Car il est naïf de croire que la hiérarchie militaire puisse abandonner aussi spontanément et volontairement le pouvoir et les privilèges qui en découlent et se soumettre à un ministre de la défense, civil, issu d’un suffrage universel émanant de la légitimité populaire, synonyme de fin des privilèges et de l’impunité sur toutes sortes de crimes commis contre le peuple, ses richesses et sa souveraineté.

Les élites ont manqué une fois de plus à l’appel du peuple pour recouvrer sa souveraineté sur un pays qui lui revient. Alors qu’elles devraient s’investir à produire sans relâche des contenus pédagogiques révolutionnaires, pour contrer la propagande contre révolutionnaire de la dictature, afin d’accompagner la Révolution à renverser cette dictature et son système de pouvoir.

Cette même propagande contre révolutionnaire qui est en passe d’imploser le mouvement révolutionnaire en cours, menés par des stratèges qui n’ont que mépris pour le peuple, pour ses désirs de liberté et de souveraineté. A commencer par l’offensive d’une justice sélective, qui a pour but la liquidation de toute menace contre le clan à la manœuvre du système en vigueur, tout en faisant croire au peuple qu’il s’agit d’une lutte radicale contre la corruption et la dilapidation des deniers publiques, de la préservation de la morale des troupes de l’ANP, de la préservation de l’unité du peuple, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale. Une propagande qui est en passe de réussir, après avoir convaincu une partie du peuple du bien fondé de cette justice sélective et son revirement au soutient aveugle de l’état-major, en délaissant le principal objectif de la Révolution, qui est la fin de la dictature militaire. Car si c’était réellement le cas, rien n’aurait empêché les dictateurs à restituer au peuple sa souveraineté législatrice pour élire ses propres représentants, qui auraient pour tâche, dans ce cas, de mettre en place un système judiciaire véritablement indépendant, conformément à un état de droit, civil, démocratique et souverain.

Au lieu de cela, c’est l’éternelle stratégie de la dictature qui s’est ébranlée pour contrer la Révolution : le recours au clientélisme et à l’allégeance pour une façade démocratique à l’image des conférenciers du 6 juillet et des diversions spectaculaires à l’image de cette justice sélective et punitive.

Il appartient aux élites de revenir de leur démission avec abnégation et d’éclairer le peuple et de le faire revenir de ses défections, conséquentes à cette puissante propagande contre révolutionnaire, tout en dénonçant toute compromission intéressée avec la dictature, avec force, courage et détermination. Rejeter tout dialogue, tout processus électoral initié par sa propre volonté ou délégué trompeusement à sa clientèle, en exigeant une véritable transition vers un état civil, démocratique et souverain de toute tutelle qui ne serait pas l’émanation de la souveraineté législatrice populaire.

Y.B.

 

 

 

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