Algérie : Elites et démocratie directe pour faire triompher la Révolution

Le peuple Algérien doit choisir des révolutionnaires pour le représenter et encadrer le processus révolutionnaire en cours.

 

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Youcef Benzatat, le 13 août 2019

Le soulèvement populaire qui dure depuis le 22 février à réussi à franchir les phases cruciales du déclenchement d’un processus révolutionnaire, successivement, en impliquant la grande majorité de la population, en ayant atteint la maturation par la structuration de son objectif principale qui est le changement du système de pouvoir et en étant parvenu à sa consolidation en persévérant dans la mobilisation tout en déjouant à chaque fois les ruses du pouvoir pour détourner la Révolution de son objectif. Les mardis et vendredis résonnent comme des piques de ce processus révolutionnaire pour laisser place pendant le reste de la semaine à la concertation populaire et l’organisation de la riposte aux ruses contre-révolutionnaires orchestrées par le pouvoir et véhiculés par l’Etat-Major de l’armée en tant que détenteur du pouvoir réel.

La crise révolutionnaire engendrée par ce face à face entre le peuple et le pouvoir, qui est caractérisée par une radicalisation des positions des deux acteurs, dont l’un voudrait la continuité du système de pouvoir et l’autre son changement radical, est rentrée de plein pied dans une phase avancée d’une crise révolutionnaire que caractérise la violence. De son côté, le pouvoir a mis en place un processus de répressions, allant de l’interdiction de la liberté de mouvement de la population, par son empêchement à rejoindre les lieux de rassemblement, à la censure de la liberté d’expression, par l’incarcération des militants actifs pour leurs opinions politiques. En réponse à ce durcissement de la position du pouvoir, le peuple a été tenté par un passage à l’acte dans la désobéissance civile.

Ce choix de la désobéissance civile s’avère être un choix par défaut et non pas un choix stratégique. Par défaut, car il est le résultat de la réaction violente du pouvoir, au lieu d’être une phase stratégique dans l’avancée du processus révolutionnaire. Dans tous les cas, le choix de la désobéissance civile dans la situation actuelle apparait comme improductif, voire dangereux et menacerait la survie de la révolution. Car, le pouvoir profiterait certainement de la situation confuse engendrée par le recours à la désobéissance civile pour légitimer sa violence en proclamant l’état de siège.

Tout compte fait, ce choix de la désobéissance civile, qui menacerait à priori la Révolution, laisse planer un doute sur les intentions de ses initiateurs ! Toutes les hypothèses sur la véritable identité de ses propagateurs mènent vers le même constat : faire échouer la Révolution. On peut penser au pouvoir qui se serait servi comme une ruse de la terre brulée pour mieux se maintenir. Ou encore de quelques ennemis de l’Algérie pour mettre le pays à feu et à sang, par l’intermédiaire de leurs réseaux subversifs infiltrés dans le mouvement populaire, qu’ils soient religieux, séparatistes identitaires où simplement de faux militants, sans vertus, ni patriotisme.

Si la Révolution a réussi à franchir la phase cruciale de son déclenchement, sa maturation et sa consolidation, par la seule volonté du surgissement du peuple dans l’espace public, le passage à la deuxième phase révolutionnaire, qui devrait donc éviter le piège de la désobéissance civile, devrait naturellement doter la Révolution de représentants légitimes. Le peuple doit choisir des révolutionnaires pour le représenter. Il aura besoin de l’engagement de l’élite, par ses compétences et sa foi en la Révolution, à répondre à cet impératif. La démocratie directe semble tout indiquée pour répondre à cet objectif, tout aussi crucial que celui de la phase de déclenchement et de consolidation du processus révolutionnaire. Une élite élue directement par le peuple pendant les manifestations du vendredi et du mardi dans chaque Wilaya, de sorte à élire 48 personnalités pour former un collège national de représentants de la Révolution. Il appartient aux élites de se manifester aux côtés du peuple et de prendre la parole dans l’espace publique et laisser ce dernier désigner spontanément l’élu de chaque Wilaya. Ce collège de représentants du peuple aura pour mission de de former un gouvernement de transition et de mener les négociations avec l’Etat-Major de l’armée pour la transmission du pouvoir.

La réussite de cette deuxième phase du processus révolutionnaire, par l’élection directe d’un gouvernement de transition, élu par le peuple, aura pour vertu de positionner la Révolution sur un point de non-retour. Dans ce cas, l’Etat-Major sera contraint de négocier avec un gouvernement élu par le peuple, car toute tentative d’organisation d’élection présidentielle unilatérale sera condamnée au boycott et donc à un échec assuré. D’autre part, l’élection directe d’un gouvernement de transition élu par le peuple ne laissera sans doute aucune porte ouverte à toute tentative d’ingérence extérieure intéressée.

Y.B. 

PS : 

Ni Robespierre, ni Danton n’avaient pris leurs misérables pour des vessies, pourtant ils n’étaient pas une armée de Voltairiens, ils étaient aussi misérables dans leur conscience politique et imbus de bigotisme comme le sont les « tubes digestifs » qui battent le pavé depuis 5 mois maintenant aspirant à un monde meilleur. L’option d’un gouvernement de transition aura pour objectif de constituer un interlocuteur représentatif de la Révolution pour pouvoir la poursuivre sans tomber dans les pièges qui se dresseraient sur son chemin et être préparé à affronter l’Etat-Major dans la négociation. Cela prendra le temps qu’il faudra, ce qui est important est que le processus révolutionnaire s’installe de façon irréversible et c’est à l’élite de convaincre les « vessies » d’aspirer à devenir des lanternes…  Comme l’ont fait Ben Bella et Boudiaf en déclenchant la Révolution armée contre le colonialisme, au moment ou le peuple été considéré comme définitivement avili et incapable d’aspirer à la liberté. Le résultat nous le connaissant « mettez la Révolution dans la rue et vous verrez le peuple s’en emparer. L’option de la désobéissance civile est inscrite dans la démarche même de l’élection directe d’un collège représentatif de la Révolution. Elle aura à s’adapter par les mesures à prendre au fur et à mesure de l’évolution de la situation.

 

 

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