Covid-19 : J'accuse la junte et ses serviteurs de crime de masse contre les algériens

La junte militaire, les médias, les politiques et les élites sont responsables de la propagation catastrophique et meurtrière du coronavirus en Algérie.

La junte militaire, les médias, les politiques et les élites sont responsables de la propagation catastrophique et meurtrière du coronavirus en Algérie.

La junte a ordonné aux médias publics de ne rien révéler sur l'ampleur de cette pandémie du coronavirus. Ceux qui se considèrent comme médias indépendants ont intériorisé volontairement cette consigne par les mécanismes de l'auto-censure.

Elle leur a ordonné de ne pas enquêter sur les véritables chiffres de contamination par le covid-19 et de décès et de répercuter aveuglement les chiffres annoncés par les autorités. Malgré que l'ampleur de la pandémie est fuitée sur quelques réseaux sociaux en temps réel, comme à Blida, où on dénombre des dizaines de décès par jour, non comptabilisés dans les statistiques officielles.

Surtout, de ne pas critiquer la gestion sournoise et laxiste de la propagation exponentielle de cette pandémie par la junte.

Mais plutôt d'accuser la population d'être indisciplinée et inconsciente de ne pas vouloir se confiner. Alors qu'il aurait fallu qu'ils imposent des contraintes draconiennes pour amener la population au confinement total et obligatoire, pour endiguer la propagation du virus.

Il aurait fallu également mettre sous quarantaine l'épicentre de cette pandémie, qui s'est déclaré en premier lieu dans la ville de Blida, dès l'annonce des premiers cas de contamination.

Il a fallu que des citoyens dressent spontanément un barrage à l'entrée du village d'Akfadou, ou des cas de contamination se sont déclarés, pour ne pas propager le virus dans les villages avoisinants, au moment où la junte refuse le confinement total de la population sur tout le territoire. Malgré cela, au lieu d'accompagner cette initiative d'auto-organisation de la population pour le confinement, la gendarmerie est intervenue pour briser ce barrage.

Pire, la junte a même empêché un laboratoire de l'université de Tizi Ouzou de procéder au dépistage de la population à raison de 550 tests par jour, dont il maîtrise les techniques, pendant que l'institut pasteur ne peut faire que 60 tests. Parce qu'ils savent très bien que le laboratoire de Tizi Ouzou va annoncer les vrais chiffres par rapport aux leurs et dévoiler leur mensonge à l'opinion nationale et internationale. Alors qu'il revient aux autorités d'assumer ce dépistage qui tarde à venir.

Ils ont peur aussi que cette initiative autonome se propage aux autres universités et qu’ils perdent le contrôle sur leur activités, chose que la junte ne peut admettre.

La junte militaire, ses clients et ses serviteurs se sont ligués contre le peuple, tout en se présentant sournoisement sous un un visage alerté et actif contre la propagation de cette pandémie dans leur expression publique ! Ils se rendent complices avec la junte en manifestant de la complaisance avec sa gestion criminelle de la pandémie et leur silence sur ce crime.

Le Pr Bessedik Khedidja, chef de service de psychiatrie adulte à l’hôpital de Blida accuse le Président Abdelmadjid Tebboune et l’Etat algérien d’homicide volontaire et d’assassinat de son peuple :

« ... Pendant 7 heures de temps, le personnel paramédical du service de réanimation de l’hôpital Frantz-Fanon de Blida a fait grève car ils n’avaient aucun moyen de protection : ni bavettes, ni gants, ni gel, ni solution hydroalcoolique, ni blouse jetable… Rien, absolument rien !

Du coup, les malades en isolement sont restés seuls et sans surveillance, ni assistance, pendant 7 heures de temps ! Le comportement des infirmiers est légitime et je les soutiens et je leur donne raison. Eux aussi, ils ont une famille et des enfants qui les attendent une fois rentrés du travail !

Où est l’Etat algérien ? Où est le ministère de la santé ? Où est le directeur de la santé de la wilaya de Blida ? Où sont les 50 millions de bavettes monsieur le Président ?

Le résultat, c’est 3 décès ce matin, non déclarés sur les statistiques et les médias, complices avec le système algérien, font croire au peuple que la situation est maîtrisable !

L’Institut Pasteur ne peut pas faire plus de 60 tests par jour et, pire encore, les résultats apparaissent tardivement, une fois les personnes décédées ; sans parler des faux négatifs ! Des milliers de porteurs saints circulent dans la nature…

Monsieur le Président, c’est nous qui sommes face au danger, c’est inadmissible de voir les gens mourir sans pouvoir les sauver !

Monsieur le Président, le peuple algérien est sous votre entière responsabilité, et demain vous aurez des comptes à rendre à Dieu !

C’est de l’homicide volontaire sous un autre angle, l’Etat algérien est en train d’assassiner son peuple au lieu d’essayer de le sauver ! »

Toujours à l'hôpital Frantz-Fanon de Blida, un témoignage anonyme vient de déclarer la mort de dizaines de personnes par jour contaminés par le Covid-19 et qui ne sont pas déclarés dans les statistiques officielles.

Le Professeur Khaloui, du même Hôpital, vient de lancer un appel de détresse sur la page Blida services, pour demander aux autorités un soutien logistique au personnel médical, dont ils manquent de tout, y compris de la nourriture pour le staff médical, dont la cantine de l'hôpital n'est pas en mesure de le leur fournir, au moment où tous les restaurants de Blida sont fermés. Alors même que l'hôpital se trouve à proximité d'une très grande caserne d'aviation militaire, doté certainement d'une grande cantine, qui pourra leur livrer des repas.

Le peuple est averti. En luttant collectivement contre le coronavirus, il aura encore une fois démontré qu’il ne peut compter que sur sa propre volonté pour assurer sa sécurité sanitaire, tellement dévoyée par un pouvoir illégitime, corrompu et anti national, qui ne pense qu’a ses propres intérêts au détriment de l’intérêt général, encore une fois attesté par la gestion irresponsable de cette pandémie meurtrière. Du reste, perçue certainement comme une bénédiction de la nature, pour mettre fin au Hirak qui menace sa pérennité. Car, laisser couler la propagation du virus, sournoisement et avec le laxisme qui le caractérise et les conséquences tragiques que cela pourrait produire sur la santé publique, détournera à coup sur la population des préoccupations politiques à court terme et affectera durablement sa mobilisation autour du Hirak.

Cette stratégie, mise en place par le pouvoir en réponse au Covid-19, a déjà été rodée par le passé et s'apparente curieusement à celle mise en place en 1992 pour faire barrage à la demande du peuple de mettre fin à la dictature militaire, et l'instauration d'un véritable état de droit, démocratique et social. Par la substitution de l'instrumentalisation des criminels islamistes de l'époque par celle d'un virus naturel aussi dangereux et meurtrier.

Une hypothèse que tout le monde pense tout bas et que personne n'ose la déclamer publiquement pour les conséquences que cela peut engendrer sur leur intégrité, tellement cynique, crapuleuse et criminelle. Pourtant évidente, pour faire durer le calvaire des Algériens et couper toute potentialité au Hirak de ressusciter de sitôt.

Désormais, il appartient aux militants les plus engagés dans les premières lignes de faire du Hirak une lutte à mort contre le coronavirus, par la sensibilisation intensive de la population au confinement total par tous les moyens à leur disposition et un soutien permanent du personnel médical par tous les moyens à leur disposition.


Youcef Benzatat

 

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