A qui profite la promotion de la désobéissance civile par El Watan ?

Dans son éditorial du 25 septembre 2019 « La désobéissance civile en marche ? », El Watan recourt implicitement à l’incitation au passage à l’acte à la désobéissance civile, qu’il énonce dans un style digne des formes performatives les plus grossières des propagandes subversives anarchistes.

 

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A qui profite la promotion de la désobéissance civile par El Watan ?

Youcef Benzatat, le 25 septembre 2019

Dans son éditorial du 25 septembre 2019 « La désobéissance civile en marche ? », El Watan recourt implicitement à l’incitation au passage à l’acte à une désobéissance civile lourde de conséquences sur la paix civile et sur les objectifs de la révolution en cours, qu’il énonce dans un style digne des formes performatives les plus grossières des propagandes subversives anarchistes.

Ainsi, dans l’hypothèse d’ouverture de cet éditorial le ton est déjà donné « Cette forme de contestation, qui a germé dans les esprits des hirakistes depuis plusieurs semaines à la faveur des slogans récurrents («la désobéissance civile arrive…») apparus lors des marches populaires appelant à la désobéissance civile, pourrait faire boule de neige à travers le pays pour une action nationale d’envergure… » Cette hypothèse est aussi bien dans la forme que dans le contenu une incitation sans ambiguïtés à la désobéissance civile généralisée. Sur la forme, elle renvoi à la thèse d’Austin, chère aux pragmatiques : « quand dire c’est faire » La désobéissance civile « pourrait faire boule de neige à travers le pays pour une action nationale d’envergure… ». Une formulation qui ne laisse aucun choix au lecteur non averti à envisager la suite du Hirak autrement que dans la désobéissance civile. Pourtant, en toute probabilité, elle pourrait ne pas faire cette boule de neige tant souhaitée par l’éditorialiste d’El Watan. Eventuellement, si des patriotes soucieux de la paix civile et de la réussite de la révolution en cours adopteraient une attitude contraire face à ce choix et inciteraient la population à la vigilance devant l’égarement à s’aventurer dans cette voie sans issue qu’est la désobéissance civile. Ces patriotes existent bien et veillent scrupuleusement sur la bonne direction à faire prendre à la révolution en cours comme un atout précieux à travers lequel dépend le salut de l’Algérie. Notamment cette position franche et honnête de l’intellectuel engagé, Lahouari Addi, que El Watan semble avoir fait la sourde oreille à son avertissement, qui disait ceci il y a peu de temps : « déclencher des actions de désobéissance civile pourrait rendre impopulaire le hirak et donner aux généraux l'occasion de se poser en défenseurs de l'intérêt national et de l'ordre public. Ils n'attendent que cela. » Comme dans sa conclusion, où l’éditorial en question ne voit aucune autre perspective possible, malgré l’écrasante majorité des manifestants qui insistent pour la continuité de la mobilisation pacifique jusqu’à épuisement de l’Etat Major et la reconsidération positive de son attitude vis-à-vis de la Révolution, que la seule issue possible au Hirak dans la désobéissance civile : « Les prémices de la désobéissance civile semblent se dessiner avec l’impasse politique dans laquelle se trouve aujourd’hui le pays, avec le risque de faire le lit d’initiatives du désespoir, comme le refus de se soumettre à la loi, dont on perçoit déjà les premiers accents sur le terrain. » Dans cette conclusion, l’éditorial d’El Watan ne nous dit rien sur ces « premiers accents sur le terrain » de désobéissance civile, comme pour dire à la population voyez-vous que d’autres ont déjà commencer la désobéissance civile, à votre tour de les imiter. Mais à y regarder de près, c’est tout le contenu du Hirak qui se présente déjà comme une désobéissance civile, par le refus des élections présidentielles et l’exigence du départ de tous les symboles du système de pouvoir en vigueur militaire et totalitaire, pour une transition vers un nouveau système de pouvoir civil et démocratique.

Cet éditorial d’El Watan que l’on peut qualifier sans se tromper de véritable appel à la désobéissance civile n’est pas une nouveauté dans la ligne éditoriale de ce quotidien devenu au cours des circonstances un média Mainstream, qui possède une capacité de nuisance démesurée à influencer un grand nombre de lecteurs en reflétant et façonnant les courants de pensée dominants. La question que l’on peut se poser dans ce cas serait pour qui « roule » El Watan ? Pour quel courant de pensée et dans quel objectif ?

Le 01 avril 2019, j’ai moi-même fait l’objet d’un article de propagande dans lequel j’apprenais que j’étais un serviteur du système et un opposant au Hirak, dans une posture de manipulateur, qui attribuait le réveil révolutionnaire de notre peuple à « la main de l’étranger », sur la base de faux arguments et un détournement malhonnête de mes propos, en pervertissant le sens. Ce fut dans un article que ce quotidien avait publié et intitulé « les dessous de la campagne de désinformation en cours ». Mon article incriminé c’était « Un plan de destruction de l’Algérie est entré en action à partir du Maroc ». Publié le 13 mars 2019 sur le site en ligne Algériepatriotique, censuré aujourd’hui en Algérie et son propriétaire supposé vient d’écoper de 20 ans de réclusion criminelle pour atteinte à quelque chose qui n’est pas bien pour l’Algérie sans aucune autre précision. Alors qu’El Watan continue à débiter dans la sérénité ses mensonges à qui voudrait l’entendre, au profit de ses protecteurs et ses mécènes !

Sur la base d’une information qui circulait à cette époque et qui présentait un caractère très dangereux pour notre pays, véhiculé par un spécialiste Iranien des complots qui se trament contre tous ceux qui résistent aux puissances hégémoniques dans le monde, je voulais alerter l’opinion nationale sur d’éventuels intrus dans le Hirak parmi les manifestants pour les inciter à la violence à des fins de provoquer le chaos et dévier la Révolution de son principal objectif : le changement radical du système de pouvoir pacifiquement et sans risque d’atteinte à la souveraineté nationale. Au-delà de la répercussion de cette information à l’opinion nationale, mon objectif était de contribuer à la mise en garde contre toute manipulation venant de l’étranger et susceptible de nuire à la marche du processus révolutionnaire. Je disais en substance : « Même si la cohésion du peuple algérien est aujourd’hui assez importante, elle reste néanmoins suffisamment fragile et vulnérable devant toute tentative en vue de son implosion. Les clivages au sein du peuple sont une réalité anthropologique assez profonde pour les prendre à la légère. Les militants actifs, que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur le terrain, doivent redoubler de vigilance et s’investir dans une sensibilisation permanente de la population pour éviter toute tentative de déviation du mouvement populaire en cours. Le processus de transition démocratique risque de durer plus longtemps que le souhaiterai le peuple et il faut s’armer de patience et de persévérance et surtout de vigilance pour que les ennemis de l’Algérie ne réussissent pas à le détourner vers le chaos et la destruction du pays, comme cela fut le cas en Syrie et ailleurs. Le bras de fer engagé entre le pouvoir et le peuple algérien pour une transition démocratique doit rester une affaire algéro-algérienne et il est vital pour la pérennité de la nation et la préservation de la souveraineté nationale et la paix civile de faire barrage à toute tentative d’ingérence internationale pour réussir cette transition. »

Et voilà ce que retient l’auteur de l’article publié sur le quotidien de désinformation El Watan : « Entendons-nous bien, ce qui pose problème dans ces prises de position se relayant les unes les autres, ce n’est pas de vouloir attirer l’attention sur une hostilité avérée du camp occidental à l’égard de notre pays. Personne de sensé ne peut en douter. Ce qui doit être dénoncé avec vigueur, ce sont les sous-entendus selon lesquels les manifestations actuelles feraient partie d’un plan de déstabilisation visant l’Algérie. Parce que cette thèse fait l’impasse sur l’origine réelle de la crise et qu’elle tente de réveiller chez les Algériens les vieux démons de la peur, elle doit être fermement dénoncée. »

 A la publication de cet article dans El Watan, je me suis dit qu’il était inutile de gaspiller son énergie à répondre à de telles imbécilitées, il y avait fort à faire pour aider à voir plus claire et à accompagner la Révolution vers une direction sure, selon mes modestes moyens et le peu d’espace médiatique alternatif et dissident qui m’est ouvert. Il fallait redoubler de concentration et d’engagement pour que ce formidable réveil de notre glorieux peuple qui enchanta le monde, comme au temps de la glorieuse Révolution du 1° Novembre, ne se traduise par un reflux. Mais aujour d’hui l’heure est grave. La Révolution est constamment et violemment attaquée de toutes parts par la dictature qui voudrait l’anéantir pour se perpétuer au pouvoir. Les provocations par la répression, les arrestations arbitraires, les discours offensants et humiliants du chef d’Etat-Major, Gaïd Salah, dans l’objectif de pousser le peuple à la violence et justifier le recours à l’Etat d’exception et la brutalité de la répression qui le caractérise pour en finir avec le Hirak. L’heure est vraiment très grave, d’autant que le peuple est constamment bombardé par ce genre de propos de la part des médias déshonorés, comme le fut El Watan dans ce moment crucial pour son éditorial d’incitation à la désobéissance civile et donc à la violence et au chaos dont on ne saura à qui cela profitera. Certainement pas au peuple et à sa Révolution. La question reste entière…

Albert Camus avait laissé cette maxime, valable en tout temps et en tout lieu, qui tombe à point pour justifier cette mise en garde contre la dérive propagandiste d’El Watan vers le chaos que provoquerait la désobéissance civile claironnée dans son éditorial de la honte : « Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée […] court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. »

Y.B.

  

 

 

 

 

 

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