Algérie : Après la disparition de Gaïd Salah, place à l'abolition du système

L'homme fort du pouvoir militaire qui règne sans partage sur l'Algérie, le chef d'état-major de l'armée algérienne, Ahmed Gaïd-Salah, est mort brutalement. Foudroyé. Terrassé. Provoquant une onde de choc qui s’est vite dissoute dans les abimes de la conscience collective comme une vague qui a causé d’immenses dégâts sur le rivage où elle a échoué avant d’avoir été absorbée par la terre asséchée...

Par Youcef Benzatat – «Je hais les victimes qui respectent leurs bourreaux.» (Jean-Paul Sartre). Gaïd-Salah est mort brutalement. Foudroyé. Terrassé. Provoquant une onde de choc qui s’est vite dissoute dans les abimes de la conscience collective comme une vague qui a causé d’immenses dégâts sur le rivage où elle a échoué avant d’avoir été absorbée par la terre asséchée pour les hommes et les femmes qui y étaient reclus.

Soudain, leurs nuques semblent de nouveau se redresser et l’espoir de prendre le large renaître en eux. Il leur a semblé un instant que le mort avait emporté avec lui le voile qui obstruait leur horizon.

Omnipotent, il était devenu le temps d’une révolte le nouveau rab dzaïr, selon la formule consacrée dans les mœurs politiques du pays. Cette formule connotée négativement et qui traduit le pouvoir absolu que l’homme fort du moment détenait sur ses sujets et en premier sur la privation de leurs libertés et le piétinement de leur dignité. Son pouvoir était devenu tellement démesuré qu’il régnait en maître absolu sur le pays. Il était l’unique source de toute décision. Ses contradicteurs étaient systématiquement emprisonnés et, au mieux, démis de leurs fonctions.

Rab Dzaïr est mort, fallait-il tuer encore une fois sa propre mort pour prétendre faire disparaître à jamais les stigmates de la brutalité de son règne injuste et sans partage et vouloir apaiser la douleur d’une conscience blessée ?

Non ! La mort d’un homme, fût-il le plus cruel et le plus cynique, ne peut à elle seule faire disparaître les maux que subit l’humanité qui en est la victime. Ce bourreau est dans tous les cas le produit d’un système qui a permis son omnipotence. Il en est la cristallisation. L’histoire se chargera de la mise à mort de sa mort et meublera la mémoire collective pour l’éternité.

C’est donc au système qui en est le géniteur qu’il faudra dresser les nuques et procéder à sa mise à mort, ici et maintenant. Car un système qui ne peut produire que des bourreaux de cette ampleur ne peut contenir dans ses fondements que la haine et la néantisation de tout ce qui lui est exogène.

Le Hirak sait ce qu’il lui reste à faire. Consolider sa détermination pour déjouer les chants de sirènes de ce système et lui renvoyer sa politesse en l’invitant à dialoguer avec lui-même, afin d’organiser la restitution de tout ce qu’il lui a confisqué illégitimement.

Y. B.

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