Algérie : Réponse à Djamel Zenati sur « L’épreuve du moment critique »

Djamel Zenati, en tant que leader Berbériste, exploite toute occasion (ici la pandémie du Coronavirus) pour réduire systématiquement l'émergence de la résistance du peuple Algérien à la dictature aux seuls révoltes Kabyles,

 

Par Youcef Benzatat

Djamel Zenati, en tant que leader Berbériste, exploite toute occasion pour réduire systématiquement l'émergence de la résistance du peuple Algérien à la dictature aux seuls révoltes Kabyles, à partir de 1980, à savoir, ce que l'on appel "le printemps berbère", refoulant sournoisement les révoltes de 1969 où les étudiants ont manifesté dans les villes universitaires algériennes sur tout le territoire national et leur refus de la dictature, ainsi que tout les sentiments de rejet de cette dictature depuis le tournant de l'indépendance nationale. Je considère ce discours sournois et dangereux pour l'unité nationale.

Je reprend ci-dessous sa dernière contribution au débat :

« L’épreuve du moment critique »
Par Djamel Zenati.

" Le coronavirus se propage. Dans ce contexte épidémiologique, le pays a besoin de cohésion, de confiance et de solidarité.

Les citoyennes et citoyens, dans leur écrasante majorité, ont fait montre d’un sens élevé de la responsabilité. La décision consensuelle de suspendre les actions de contestation est un geste hautement symbolique, un signe de grande maturité. Ce n’est nullement un recul, le principe de sacralité de la vie humaine étant au cœur de l’idéal porté par le mouvement populaire.
On ne peut dire autant des décideurs. En effet, par devoir de communion face à la menace virale, il était légitimement attendu du pouvoir en place des mesures d’apaisement comme l’effacement des condamnations prononcées à l’encontre des détenus politiques et d’opinions, l’extinction des poursuites en cours et l’arrêt des actes de répression. Hélas, il n’en fut rien. Il a fait le choix inverse, celui d’ajouter de la colère à l’inquiétude.

Les conditions scandaleuses et inacceptables dans lesquelles s’est déroulé le procès en appel du camarade Karim Tabbou, la peine requise contre Abdelouhab Fersaoui, la mise en détention du journaliste Khaled Drareni, la convocation par la police de l’étudiante Anais Matari et de beaucoup d’autres activistes sont le signe d’un durcissement évident.
Manifester de la haine dans un moment d’une aussi grande difficulté est une preuve d’inhumanité.

Le degré infini de la provocation sera atteint avec l’appel au don populaire. Comment oser solliciter la contribution citoyenne après avoir ruiné le pays ? Comment oser s’adresser au citoyen après l’avoir spolié de ses droits ? Décidément, ils veulent le beurre, l’argent du beurre et les faveurs de la fermière. N’est-ce pas trop ?

La situation ne serait donc plus maîtrisable ?

Pourquoi refuser d’informer l’opinion ? En pareille conjoncture, les gouvernants ont en principe l’obligation de communiquer sur l’évolution de l’épidémie comme sur l’état des ressources publiques.

Il est simple de deviner les raisons de cette omerta. Il y a dilemme. Une amélioration de la situation sonnerait la reprise imminente de la contestation populaire et une aggravation nourrirait davantage le sentiment de révolte. Mais un dilemme vite converti en stratégie : inquiéter en rassurant.

Ce n’est pas de la formule. Cet exercice en apparence contradictoire répond à un objectif. Comme durant la décennie sanglante, le pouvoir entretient un niveau de menace de manière à justifier le tour de vis sur l’expression libre et l’action politique.

Cependant, la gestion opaque et désastreuse de l’épidémie sur fond de dérive policière et judiciaire installe peu à peu le pays dans un climat de peur, d’incertitude et d’indignation. Un mélange explosif susceptible de produire le pire. La cible est la révolution citoyenne. A défaut de l’anéantir, la pousser à l’erreur fatale.

Et à ce stade, une conclusion s’impose : le conflit qui oppose la société au système en place n’est pas seulement d’ordre politique. Il porte sur les valeurs.

Le pouvoir n’a plus rien à perdre. Il a déjà tout perdu. Aussi, son unique planche de salut c’est le désordre. Il serait suicidaire de l’accompagner dans cette aventure. La tentation existe. Des forces subtilement disséminées dans la société s’y attachent avec résolution.

A chaque fois qu’une dynamique émerge, on s’arrange pour la pervertir et l’étouffer par mille et un moyens. Ce fut le cas en 80, 81, 88 et 2001.

Aujourd’hui une opportunité inédite se présente. Les conditions potentielles d’une transition démocratique pacifique sont réunies. Ne ratons pas cette ultime occasion.

Pour finir, j’invite à méditer cette fameuse phrase d’Antonio Gramsci.

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres». "

Djamel Zenati

De ma part, je considère que l'affaire est plus grave encore qu'elle n'y parait !

La junte militaire, les médias, les politiques et les élites sont responsables de la propagation catastrophique et meurtrière du coronavirus en Algérie.
La junte a ordonné aux médias publics de ne rien révéler sur l'ampleur de cette pandémie du coronavirus. Ceux qui se considèrent comme médias indépendants ont intériorisé volontairement cette consigne par les mécanismes de l'auto-censure.
Elle leur a ordonné de ne pas enquêter sur les véritables chiffres de contamination par le covid-19 et de décès et de répercuter aveuglement les chiffres annoncés par les autorités. Malgré que l'ampleur de la pandémie est fuitée sur les réseaux sociaux en temps réel, comme à Blida, où on dénombre des dizaines de décès par jour, non comptabilisés dans les statistiques officielles.
Surtout, de ne pas critiquer la gestion sournoise et laxiste de la propagation exponentielle de cette pandémie par la junte. Mais plutôt d'accuser la population d'être indisciplinée et inconsciente de ne pas vouloir se confiner. Alors qu'il aurait fallu qu'ils imposent des contraintes draconiennes pour amener la population au confinement total et obligatoire, pour endiguer la propagation du virus.
La junte militaire, ses clients et ses serviteurs se sont ligués contre le peuple, tout en se présentant sournoisement sous un un visage alerté et actif contre la propagation de cette pandémie dans leur expression publique ! Ils se rendent complices avec la junte en manifestant de la complaisance avec sa gestion criminelle de la pandémie et leur silence sur ce crime.
Le peuple est averti. En luttant collectivement contre le coronavirus, il aura encore une fois démontré qu’il ne peut compter que sur sa propre volonté pour assurer sa sécurité sanitaire, tellement dévoyée par un pouvoir illégitime, corrompu et antinational, qui ne pense qu’a ses propres intérêts au détriment de l’intérêt général, encore une fois attesté par la gestion irresponsable de cette pandémie meurtrière. Du reste, perçue certainement comme une bénédiction de la nature, pour mettre fin au Hirak qui menace sa pérennité. Car, laisser couler la propagation du virus, sournoisement et avec le laxisme qui le caractérise et les conséquences tragiques que cela pourrait produire sur la santé publique, détournera à coup sur la population des préoccupations politiques à court terme et affectera durablement sa mobilisation autour du Hirak.
Cette stratégie, mise en place par le pouvoir en réponse au Covid-19, a déjà été rodée par le passé et s'apparente curieusement à celle mise en place en 1992 pour faire barrage à la demande du peuple de mettre fin à la dictature militaire, et l'instauration d'un véritable état de droit, démocratique et social. Par la substitution de l'instrumentalisation des criminels islamistes de l'époque par celle d'un virus naturel aussi dangereux et meurtrier.
Une hypothèse que tout le monde pense tout bas et que personne n'ose la déclamer publiquement pour les conséquences que cela peut engendrer sur leur intégrité, tellement cynique, crapuleuse et criminelle. Pourtant évidente, pour faire durer le calvaire des Algériens et couper toute potentialité au Hirak de ressusciter de sitôt.
Désormais, il appartient aux militants les plus engagés dans les premières lignes de faire du Hirak une lutte à mort contre le coronavirus, par la sensibilisation intensive de la population au confinement total par tous les moyens à leur disposition et un soutien permanent du personnel médical par tous les moyens à leur disposition.

Or, Djamel Zenati, ne semble pas préoccupé en premier de la tragédie qui se profile, mais de se saisir de l'occasion pour discourir encore et encore sur l'idéologie Berbériste et son projet de nationalisme ethnique. Cette posture, il l'adopte à chaque occasion et dans chacune de ses interventions dans le débat public.

Ce que j'essaie d’expliquer, moi aussi je suis Amazighe, Chaoui, de la tribu des Zaatcha et chez moi on parle également Chaoui, mais lorsque je suis en société, en face de citoyens Algériens, je m'exprime en Derja, pour pouvoir communiquer avec les autres citoyens qui composent ma Nation, aussi bien les descendants de Juifs, de Turcs, de Maltais, d'Espagnoles, d'Italiens, de noirs Subsahariens comme les Gnaoua ( Guinéens, installés depuis des siècles en Algérie et devenus des Algériens à part entière et qui parlent vertueusement la Derja), et on peut remonter jusqu'aux Arabes, vandales, Byzantins, Romains, Phéniciens, ainsi que le produit de ce métissage trois fois millénaire...
Que les cultures et les langues, il leur est matériellement impossible de se confiner derrière des frontières qui fonctionneraient comme des barrières, leur permettant de se ghettoïser. Ce processus est mental et non pas anthropologique, il relève de la psychanalyse et non pas des sciences sociales. C’est ce que l’on appel des idéologies extrémistes comme l’a été l’idéologie Nazi.
On ne peut pas continuer à refouler indéfiniment la violence symbolique inhérente à l’idéologie berbériste, dont le projet de société est le nationalisme ethnique, et dont l’idéologie est ethniciste, raciste, qui considère les métisses, soit la majorité du peuple algérien et nord-africain généralement, de batards ou les citoyens d’ethnies autres qu’Amazighes des indus citoyens ?
Le déni de la violence symbolique ethniciste, qui n’est pas celle du Mak, mais celle de tout le mouvement identitaire, aussi bien Arabo-islamiste qu’Amazigho-Berbériste, n’est pas un garant pour la paix dans un vivre ensemble à construire. Cette violence est subie surtout par les métis algériens qui sont majoritaires et à qui on veut imposer soit l’arabe soit l’amazighe alors qu’ils parlent la langue syncrétique la Derja et sont baignés dans une transculturalité ouverte sur l’universalité.
La critique sélective de la violence, lorsqu’on la réduit au seul fait de la violence de l’islam politique, n’est pas opportune pour édifier un vivre ensemble où peux se perpétuer la paix entre tous les membres de la société.
Me concernant, je reçois souvent des menaces, y compris des menaces de mort, explicitement, de la part de Berbéristes, comme autrefois les menaces de la part d’islamistes. Un jour on m’a menacé de venir me « faire la peau » à moi et mes enfants si je continu à critiquer les Berbéristes ! On m’avait envoyé une image avec la menace écrite, illustrant un fusil mitrailleur de marque israélienne posé sur fond d’un emblème Amazighe. Après enquête, j’ai découvert qu’il s’agit de kabyles engagés dans la lutte armée aux côtés des rebelles berbéristes de Lybie. Exactement comme dans les années 1980 les islamistes se sont engagés aux côtés des Talibans en Afghanistan.
Je suis vraiment consterné, j'ai l'impression de refaire les mêmes débats avec les islamistes les années 1980, c'est dire que c'est vraiment très difficile de convaincre un fanatique aliéné dans des convictions figées.

Youcef Benzatat

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