Violences policières : où s'arrêteront-elles ?

Alors que le pays sombre de plus en plus profondément dans la démocrature et la dictatie, seize jeunes militants viennent d'être interpellés dans des conditions scandaleuses, sans aucune preuve et sur de simples soupçons. Les sbires bottés de l'avorton de l'Elysée n'ont plus aucune limite à leurs délires paranoïaques.

Bordeaux: 16 "Black Blocs" présumés interpellés samedi. (AFP) 

 

Bordeaux, 9 déc 2019 (AFP) - 16 "Black Blocs" présumés interpellés samedi au Bouscat près de Bordeaux, dans une maison où a été saisi du matériel susceptible d'être utilisé pour commettre des violences lors d'une manifestation le même jour, étaient présentés lundi à un juge d'instruction en vue de leur mise en examen. Le parquet de Bordeaux a indiqué lundi dans un communiqué qu'il requerrait le placement en détention provisoire de tous les suspects, dix hommes et six femmes de 19 à 45 ans, venus de "tout le territoire", en Gironde, en vue de la manifestation de samedi. Ils étaient en garde à vue depuis samedi, dans le cadre d'une enquête ouverte pour dégradations en réunion, et association de malfaiteurs en vue de commettre des dégradations et violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique. Le groupe avait été interpellé lors d'une importante opération de police, samedi à la mi-journée, dans une maison du Bouscat, une banlieue cossue de Bordeaux, louée le week-end via le site AirBnB. Lors de la perquisition, les policiers avaient découvert des gants, des masques, des "bouchons équipés de clous destinés à crever les pneus des véhicules des forces de l'ordre", "des bouteilles d'acide chlorhydrique, des mèches et des boules d'aluminium", matériaux utilisés pour des cocktails molotov, a souligné le parquet. L'opération a eu lieu quelques heures avant le début à Bordeaux d'une manifestation "contre la précarité et le chômage" qui a rassemblé quelque 1.100 personnes dont des "gilets jaunes", sans incidents majeurs. Bordeaux a longtemps été, au cours de l'hiver dernier, une place forte des "Gilets jaunes", avec des manifestations dépassant régulièrement plusieurs milliers de manifestants, et des violences fréquentes. Les interpellés "ont reconnu qu'ils s'étaient retrouvés en vue de la manifestation de l'après-midi", mais "aucun ne revendique la propriété des objets retrouvés en perquisition", a précisé le parquet. Pour le syndicat policier Alliance (majoritaire en Nouvelle Aquitaine) le matériel saisi au Bouscat démontre que les seize prévenus, des "militants Black Blocks", "liés à la mouvance anarchiste", voulaient "casser du flic". Cinq des suspects, souligne le parquet, sont déjà connus de la justice, pour participation à attroupement avec arme ou trafic de stupéfiants, violences avec arme, vol à main armée, extorsion, vol en réunion notamment, à Bordeaux, Sarreguemines, Metz, Toulouse, Evry, Paris, Privas. L'un compte 14 condamnations entre 2004 et 2013 dont une pour vol à main armée, un autre 7 condamnations entre 2006 et 2013, notamment pour vol avec violence. L'enquête menant à l'opération de samedi a mêlé élements de renseignements, analyse de matériel vidéo, et surveillance de terrain, selon une source proche. La nuit précédente, des inscriptions "ACAB" ("All cops are Bastards"/Tous les flics sont des salauds) à la peinture encore fraîche avaient été repérés sur des murs du Bouscat, tandis qu'en parallèle la police était informée de la réunion du Bouscat, selon le parquet. Un "rapprochement" a été effectué entre ces faits et "l'envoi depuis plusieurs jours de courriers anonymes adressés à des CRS menaçant la vie de ces policiers et leurs familles", ajoute le parquet sans toutefois évoquer un lien explicite entre les interpellés du Bouscat et l'envoi de ces courriers anonymes.

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