Hygiène

Anthropologie thermale en forêt noire.

Au deuxième étage des thermes de Caracala à Baden-Baden, celui qui surplombe les bassins aux eaux bienfaisantes, la mode, c'est plutôt vieux et rasé. Je ne parle pas ici des crânes, mais des sexes. Dans les thermes de Baden-Baden, il y a beaucoup de vieux et beaucoup de sexes. Rasés. On y reconnaît assez facilement les français par le fait qu'ils sont plutôt moins vieux et moins rasés (je parle toujours de sexes), et, la plupart du temps, pas vraiment nus.

Dans les thermes de Baden-Baden, les français se comportent indiscutablement comme des personnes inférieures.

Mais pas comme les turcs, non. Les turcs qui ricanent entre hommes dans les vestiaires, engoncés de leurs mini-slips de bains trop serrés, ont la décence de ne pas dépasser la piscine dans les degrés qui mènent ici jusqu'à l'impudeur. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, les turcs de Baden-Baden ne s'aventurent pas à fréquenter le sauna ni le hammam, mixtes et "textil free". Les turcs n'ignorent pas ce qui leur est interdit, ou du moins qui se trouve au-delà de leur capacité d'impudeur. Mais les français si. C'est d'ailleurs leur marque de fabrique. Entre le turc et l'allemand, il y a donc le français. On reconnait les français, dis-je, dans les thermes de Baden-Baden, à la serviette qui ceint leur taille. A la serviette qui, le plus souvent est même ramenée sur leurs épaules, et, si sa taille le permet, couvre également leur tête. On reconnaît les français, dans les thermes de Baden-Baden , à l'index qui pointe à l'extérieur de la serviette qui les entoure. La serviette est alors habitée d'une onde. Un rire. L'index pointe un sexe. Vieux. Le plus souvent rasé. Le français, sous sa serviette, n'en croit pas ses yeux. L'allemand désigné passe, indifférent. Satisfait de son rasage et de ses couilles impeccablement pendantes, il déambule.

Il est parfois possible de voir, dans les thermes de Baden-Baden, un juif américain venu solder quelque vieux compte avec l’Etat et le peuple bourreaux de ses ancêtres. Sur sa poitrine velue, il arbore, en pendentif, une énorme étoile de David qui se balance au-dessus de son sexe circoncis et de ses couilles remarquablement bien rasées, elles aussi. Nerveux, agité et scrutateur, il souhaite manifestement être remarqué, le cas échéant provoquer un incident (c’est quelque chose que l’on pourrait comprendre et pardonner), mais, pas plus qu'au turc pudique, ou qu'au français malveillant, l'allemand sexagénaire, ventru mais musclé, sûr de lui et par-dessus tout méprisant, ne semble lui prêter la moindre attention.

Dans les thermes de Baden-Baden, l'allemand a gagné la guerre.

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