Black blocs : les idiots utiles de la Macronie.

"Antifa is a gift to the far right and state repression" Noam Chomsky.

Certains esprits romantiques - ils sont nombreux ici, je ne vais pas me faire des amis - croient voir dans les violences perpétrées par les cagoules noires la quintessence de son identité, et la réalisation - l'achèvement, l'acmé, ce qu'on voudra - du désir révolutionnaire. C'est une erreur : toute violence commise au nom de la gauche N'EST PAS REVOLUTIONNAIRE. Ni même de gauche. Bien au contraire, la violence des black blocs, telle qu'elle s'est exprimée lors du mouvement des gilets jaunes a indiscutablement contribué à détourner le peuple de la gauche, et par là, à son score calamiteux  aux élections européennes. 

Quiconque a suivi les manifs parisiennes de ces derniers mois - depuis le 1er décembre en ce qui me concerne - a pu constater la casse systématique opérée par des éléments violents et organisés. Les GJ ne disposant d'aucun service d'ordre, la gauche ultra et les casseurs fascistes s'en sont donnés à cœur joie. Petit à petit les BB ont évincé les fascistes, en tout cas à Paris (il est possible que ce ne fut pas le cas partout en Province). Quoiqu'il en soit le procédé est devenu de plus en plus en plus visible et les GJ de base en ont eu marre de servir de boucliers humains aux manifestants violents (et organisés) et EN MEME TEMPS de défouloir aux flics qui trouvaient plus simple de les tabasser eux plutôt que de que de courir après les casseurs organisés (beaucoup trop fatigant).

Tout le monde connaît ici la tactique du black bloc - provoquer des violences policières pour mieux les dénoncer - mais ce n'était malheureusement pas le cas des gilets jaunes qui en ont pris plein la figure. On peut à juste titre pointer du doigt la disproportion de la répression policière, mais ce n'est pas elle qui a chassé les GJ des manifs et qui a fini par tuer le mouvement. Elle est une cause seconde. La cause première c'est la violence des casseurs - fascistes et gauche ultra au départ - puis exclusivement black bloc par la suite.

David Dufresne peut faire tous les recensements du monde, les gens ont des yeux pour voir (certains n'en ont plus qu’un seul, ok). J'ai des yeux pour voir (échappé au lbd). Et j'ai vu. Et les gens ont vu. On peut accuser les media collés au pouvoir de couvrir les violences policières, il n'en demeure pas moins que le déclenchement des hostilités est toujours le fait des BB. Et de manière extrêmement brutale. Et d'une très grande lâcheté, les BB laissant encore plus qu'à l'habitude - et sans remords - les manifestants lambda - parfois des familles - se faire cogner à leur place. J'ai assisté à quelques scènes bien dégueulasses, où les habitués du "cortège de tête" remontaient en courant vers le cortège de queue" afin d'éviter la charge des crs qu'ils venaient de provoquer et laissant le "troupeau" - totalement ignorant de toutes ces choses - affronter seul la flicaille chauffée à blanc. Les gens ont vu tout ça et ça les dégoûtés. Ils ont senti le mépris profond des black blocs à leur encontre. Car mépris il y a. Encore une fois, ne nous laissons pas aveugler par le romantisme. Les black blocs sont avant tout dans une posture narcissique, jouissive et égoïste. Beaucoup à gauche - ici ou ailleurs - le savent et en font leur affaire et même s'en réjouissent : "ils sont notre force de frappe" pensent-ils. Et puis ça fait plaisir à voir. Ca console. Ca maintient l'illusion, le rêve, la flamme. La jouissance de l'instant, de l'image. Paris qui brûle, les flics défaits... Des images, des images en boucle qui finissent par faire loupe (les télés adorent ça aussi, ça fait des super audiences) . On ne voit que ça, on finit par y croire, l'image est trop belle, trop réjouissante pour ne pas y croire. Aveuglément. La gauche prise à son propre piège, fascinée par cette image flatteuse que lui renvoient les black blocs. Et tant pis si les BB sont les alliés objectifs du pouvoir, du gouvernement et de la bourgeoisie en faisant tomber un mouvement social spontané de 400 000 à 5000 personnes, et tant pis s'ils ont dégoûtés à jamais de manifester tout un tas de gens qui s'impliquaient pour la première fois de leur vie (avec joie et espérance) dans un mouvement social. Et tant pis si le soutien actif - que je pense sincère et légitime - de Mélenchon aux GJ a fini par être assimilé par ses électeurs mêmes à un soutien à la casse. Et tant pis si au bout du compte la gauche dans son ensemble s'écroule aux européennes, et tant pis si les ouvriers votent massivement à l'extrême droite...

Tout ça pour quelques décharges d'adrénaline, c'est vraiment cher payé.

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