Municipales 2020 : le jour où la France insoumise a disparu.

"Le spectacle est l'idéologie par excellence, parce qu'il expose et manifeste dans sa plénitude l'essence de tout système idéologique : l'appauvrissement, l'asservissement et la négation de la vie réelle." Guy Debord

Elle a beau dire que l'enjeu des municipales était pour elle secondaire voire inexistant , ou que c'est grâce à elle que les écologistes ont connu l'incroyable succès électoral de ce week-end, il n'en demeure pas moins qu'en perdant son statut de centre de gravité de la gauche au profit d'EELV, la France insoumise a connu hier une perte d'autorité, de représentativité et tout simplement d'attractivité dont elle ne se remettra probablement pas.

Déjà dans les rédactions on s'active à rechercher des interlocuteurs verts, des intervenants plateau, des responsables, et des spécialistes du mouvement écologiste. Hier on ne les connaissait pas, on ne les identifiait pas. On s'en foutait assez largement et ils n'avaient aucune visibilité. Ils vont désormais pouvoir prendre la lumière, faire de la pédagogie, défendre non seulement leurs idées et leurs convictions mais aussi leurs bilans, leurs actions et réalisations concrètes alors que lfi sera bien en peine de n'en présenter ne serait-ce que le début d'un commencement.

La voie - et la voix - tonitruantes - choisies par Melenchon menaient toute la gauche au désastre avec des sondages catastrophiques qui la donnait à 25% en 2022. Il est heureux que renaisse aujourd'hui une gauche responsable, une gauche rassembleuse, une gauche crédible, une gauche apaisée. Une gauche qui ne passe pas son temps à rechercher le "clash" ou le "buzz" dont les media sont si friands, et dans quoi les têtes d'affiches de lfi sont passés maîtres tout en les dénonçant à longueur de journée. Une gauche qui ne cherche pas systématiquement à récupérer les mouvements sociaux à son avantage, une gauche qui ne s'acoquine pas avec les brutes.

Aux yeux des électeurs, lfi est désormais devenu le parti "du bruit et de la fureur" et il n'y avait qu'à traîner un peu sur les marchés pendant cette ubuesque campagne électorale pour entendre la déception (au mieux) et l'exaspération (au pire) à son encontre. 

Lfi a perdu le peuple en se radicalisant et en s'illusionnant sur une radicalisation générale de la société.

Lfi a perdu le peuple en voulant croire que les images continues de violences dans les manifestations représentaient réellement la colère du peuple alors qu'elles ne sont qu'une mise en scène, un paso doble entre les casseurs et les chaînes d'info qui en font leur beurre.

Lfi s'est perdue en tenant pour vrai le spectacle dans lequel elle a elle-même joué.

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