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Billet de blog 2 déc. 2022

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Ardèche : Alliance du sabre et du goupillon contre la laïcité

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Mercredi 30 novembre, la préfecture de l’Ardèche affichait fièrement ce post sur sa page Facebook :

Illustration 1
Capture d'écran du 2/12/22, page Facebook de la Préfecture de l'Ardèche

Avec au-dessus quelques photos de l’événement, dont celle-là

Illustration 2
Photographie publiée sur la page Facebook de la préfecture de l'Ardèche, enregistrement du 2/12/22

Et celle-là, qui est très jolie, niveau costumes d'Halloween :

Illustration 3
Photographie publiée sur la page Facebook de la préfecture de l'Ardèche, enregistrement du 2/12/22.Evidemment, la question se pose de savoir si la longueur de la robe des Messieurs déconstruits à droite est vraiment conforme à la réglementation en vigueur.

Et là, tout à coup, on est saisis d’un doute, et on vérifie vite fait dans les livres d’histoire :

Il s’est pas passé un truc en 1905, en France ?

Y a pas eu une séparation de quelque chose d’avec quelque chose d’autre ?

Y a pas eu un concept quasi identitaire pour la république française qui s’est imposé à ce moment-là, et dont on fait pourtant grand usage à tout bout de champ dans le discours politique dès qu’il est question d’une autre religion que celle des Messieurs en robe sur la photo ?

 Reprenons donc les choses à la base :

 Qu’est ce qu’un préfet ?

Selon le site officiel de l’Etat vie publique.fr, le préfet est « le représentant de l’État, représentant de chacun des membres du Gouvernement, dans les collectivités territoriales ». Donc, quand M. le préfet de l’Ardèche fait quelque chose en tant que préfet de l’Ardèche, - surtout avec un beau costume comme celui des photos – il incarne l’Etat. A ce moment-là, en quelque sorte et comme disait l’autre : « L’Etat c’est lui ».
Or, que dit la loi de 1905 qui instaure en France la dite « laïcité », ce mot qui, comme celui de « République » ou « républicain », est  tellement galvaudé dans la novlangue politicienne qu’on ne sait plus vraiment ce qu’il veut dire ?

« La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte »

 Il est donc largement question de pognon dans cette loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, et l’inventaire des biens ecclésiastiques qui s’ensuivit est ce qui a suscité les plus fortes réticences dans quelques zones du pays.

Mais il n’est pas question que de ça.

Ce n’est pas que la France ait seulement arrêté de financer la (ou éventuellement les) religion(s) ;  l’article 2 précise qu’elle ne  "reconnaît" aucun culte. Autrement dit : l’Etat est bien séparé des religions, il n’est associé à aucune religion. L’Etat n’intervient pas dans les religions, et l’Etat n’intervient pas religieusement.

 Donc, ce que fait M. le Préfet en allant - en tant que préfet et pas en en tant qu’individu libre sur son temps libre - célébrer une certaine Sainte Geneviève dans une église catholique, c’est fouler au pied le principe même de la laïcité.

 Que des gendarmes catholiques célèbrent individuellement qui ils veulent, c'est une affaire privée qui ne regarde personne. Ils peuvent en tant qu’individus ou même en tant que communauté spirituelle à l'intérieur de l'institution – bien que là ça commence à sentir le « communautarisme » - vouer un culte à qui ils veulent, en croyant ainsi se protéger des dangers qui les menacent dans l’exercice de leurs fonctions. Ils peuvent adorer le Dieu soleil, une vache sacrée, le Châtaigner-qui-nous-sauve (on est en Ardèche) ou bien cette « Sainte Geneviève », on s’en fout, chacun est libre de ses croyances.

Illustration 4
Madame Geneviève, aka Sainte Geneviève, patronne de la bonne ville de Paris et de la gendarmerie nationale catholique.

Tant qu’ils ne font aucune sacrifice d’animaux et ne massacrent aucun hérétique pour célébrer leur Patronne – même si je me méfie quand même un peu des gens qui célèbrent des patrons...- , tant que tout cela est de l’ordre du privé et n’engage en rien l’Etat, chacun est libre de ses croyances et de ses gri-gris magiques, car, fort heureusement, la République laïque garantit le libre exercice des cultes.

 Mais que le représentant de l'Etat participe ainsi officiellement à un culte catholique, c'est une atteinte directe à la laïcité par une personne censée la faire respecter.

Yann Kindo

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