PMA : il a osé, Bové !

Un des thèmes majeurs de ce blog est de recueillir des données et de développer des arguments  pour montrer que l'écologie politique, et tout particulièrement en son sein le mouvement anti-OGM, sont des courants essentiellement réacs.

Au sein de la gauche, et à l'exception notable de Lutte Ouvrière ou dans une moindre mesure de certains milieux anarchistes ou « lambertistes », cette manière d'aborder les choses est malheureusement devenue marginale ou tout au moins minoritaire. Au contraire, la mode  est plutôt à élaborer des constructions intellectuelles plus ou moins alambiquées du type « écosocialisme », pour expliquer que l'écologie politique est un  nouveau paradigme incontournable qui vient reféconder le marxisme [j'essaie là de causer comme ceux qui blablatent ce genre de choses]. Quitte à complètement fantasmer et à totalement se déconnecter du réel...
Par exemple, quelle n'a pas été ma surprise de lire récemment dans les colonnes de L'Anticapiltaliste, le journal du NPA, la formule suivante :

 « Dans le contexte français, le mouvement d’agriculture biologique se définissait à l’origine par une rupture radicale avec le modèle productiviste dominant. » 

 http://npa2009.org/content/agriculture-contre-la-fuite-en-avant-productiviste

 

Evidemment, dans un article du NPA qui fustige le « productivisme » et promeut l'agriculture bio, on comprend que cette radicalité politique supposée du bio des origines est censée se trouver à gauche ou même probablement à l'extrême-gauche (cf la « rupture radicale »). Pourtant, cette volonté de repeindre les Verts en Rouge est un pur et simple contresens si l'on se réfère aux faits, puisqu'en réalité l'agriculture bio a été fondée en France (et comme souvent ailleurs aussi, notamment au Royaume-Uni) par des gens dont la radicalité politique était plutôt du côté de l'extrême-droite.

Voici par exemple la bio Wikipédia de Raoul Lemaire, un des tout principaux pionniers du bio en France :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Raoul_Lemaire

 Extrait :

« Après la Seconde Guerre mondiale, il se rapproche de Pierre Poujade et de son Union de défense des commerçants et artisans. Raoul Lemaire devient président de l’Union de défense des agriculteurs de France (UDAF), mouvement agricole poujadiste, et se présente sous ces couleurs aux élections législatives de 1956 et de 1958. C’est à la même époque qu’il se lie d’amitié avec l’écrivain d’extrême droite Henry Coston. En 1957, Raoul Lemaire préside le Rassemblement paysan créé à l’initiative d’Henri Dorgères. »

 Il en va de même pour les autres fondateurs du bio hexagonal, comme Jean Boucher ou Georges Racineux : on est dans un milieu poujadiste proche des Chemises Vertes de Dorgères. Le livre de Gil Rivière Wekstein  Bio : Fausses promesses et vrai marketing  est en partie consacré à retracer le parcours de l'écologie politique, passée du camp pétainiste à celui de la gauche radicale sans avoir subi beaucoup de modifications en cours de route  (un peu comme ces temps-ci le discours souverainiste anti-Union Européenne circule  facilement du Front de Gauche au Front National ).

 

Le courant de la décroissance est évidemment celui qui est la passerelle la plus « naturelle » entre de vieilles idées moisies d'extrême-droite et de nouvelles idées moisies supposément de gauche. La décroissance, qui est fascinée par le retour en arrière, est un courant intrinsèquement réactionnaire, dont il ne faut pas s'étonner qu'il soit devenu le nouveau terrain de jeu de vieux chevaux de retour de la droite identitaire comme Alain De Benoist. Sur ce thème, voir une argumentation détaillée ici :

http://www.imposteurs.org/article-la-decroissance-ou-la-gauche-reactionnaire-par-luc-marchauciel-43606452.html

 

Dans tout ce marigot obscurantiste, si il y en a bien un que je ne supporte plus depuis des années, c'est le grotesque José Bové, une baudruche médiatique que le défunt Plan B avait très bien éclatée en son temps :

http://tvbruits.org/spip.php?article979

 

Ce cirque médiatique que le Plan B fustigeait à juste titre, Bové nous en a remis une louche cette semaine, avec un nouveau fauchage de champ OGM, pour lequel ses acolytes de Greenpeace ont sorti le costume blanc, les bottes en plastique et le masque chirurgical sur la bouche, on se demande bien pourquoi :

http://www.la-croix.com/Actualite/France/OGM-la-guerre-des-champs-reprend-2014-05-02-1144811

  

Je ne vais pas reposter ici tous les billets de ce blog consacrés à montrer le caractère parfaitement antiscientifique et obscurantiste des mouvements anti-OGM que d'aucuns s'efforcent de travestir en combattants de l'anticapitalisme, mais je voudrais quand même rappeler celui-ci, que j'avais intitulé : « Les homos c'est comme les OGM, c'est pas naturel ». J'y rapportais notamment  les positions anti mariage gay de certaines figures majeures de l'écologie politique

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/140113/les-homos-cest-comme-les-ogm-cest-pas-naturel

 

 Et là, cette semaine, dans une fort bienvenue concordance des temps, quelques jours seulement après son action de fauchage d'OGM, Bové nous fait son coming out anti PMA, avec une bonne vieille argumentation de grenouille de bénitier digne des Manifs pour Tous. Franchement, je n'en espérais pas tant. Regardez cette séquence, elle est juste totalement limpide:

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Jose-Bove-Oppose-a-la-PMA-2014-05-01-1144263

 

Il y a tout là dedans, et notamment  le discours sur l'ordre naturel des choses et sur la manipulation du vivant. Et même, cerise sur le gâteau, il invoque fort justement à son appui le hérault de la « science citoyenne », Jacques Testart, qui se trouve être le biologiste de gauche préféré des catholiques intégristes anti IVG. Et encore plus même, grosse louche de chantilly sur la cerise sur le gâteau, Bové nous fait cette sortie exemplaire directement chez les cathos, dans une émission intitulée « Face aux chrétiens ».

N'en jetez plus, la boucle est tellement bouclée que la prochaine goutte d'eau ferait déborder la coupe trop pleine.

 Rajout du 5 mai : Mon pote Guillaume Liégard vient de publier  un petit billet qui explique très bien et dans les détails pourquoi les propos de Bové dans cette interview sont hyper réacs, ce que j'avais peu détaillé ici. Je renvoie à son texte, du coup :
http://www.regards.fr/web/bove-la-pma-et-la-bouture-une,7705 

Rajout du 5 mai : Voici  la tribune dans laquelle la sénatrice écolo Esther Benbassa tape très bien  sur Bové :

http://www.huffingtonpost.fr/.../pma-europe-ecologie_b...

Si elle était logique, elle devrait aussi dans la foulée s'interroger sur la position de son parti sur les OGM, étant donné qu'elle a compris que "refuser les manipulations sur le vivant" ça ne veut rien dire.  Parions donc sur le début d'un processus de prise de conscience de ses propres incohérences, pour ne pas tomber dans la cohérence (imbécile mais effective) qui est celle de Bové.

 Rajout du 6 mai : Logiquement, Bové (tête de liste EELV aux européennes...) trouve du soutien chez les réacs, comme le journal Causeur :
http://www.causeur.fr/jose-bove-pma-benbassa-27413.html
Et ce journal de citer cette phrase - à mon sens significative et éloquente - de Vincent Cheney, Casseur de pubs et rédac cherf du journal La Décroissance : "« Il est paradoxal d’observer certains objecteurs de croissance hurler à la reconnaissance des limites de la nature quand il s’agit de la croissance et parallèlement qualifier de « réacs » ceux qui rappellent ces limites quand il s’agit de procréation. Les mêmes de s’insurger contre le prométhéisme scientifique quand il s’agit d’OGM et en appeler au progrès sans frein pour l’enfantement »
Le journal rappelle aussi à juste titre l'influence sur Bové et les décroissants de Jacques Ellul, un théologien protestant anti-technologies qui était tellement obscurantiste qu'il pensait que le SIDA était une punition divine.
Tout cela fait quand même largement système.

La morale de cette histoire est toute simple : la « critique de l'idéologie du progrès », chère au gauchisme postmoderne, est un faux nez de bonnes vieilles traditions politiques obscurantistes.

 

Quand on est anti-progrès, hé ben en fait c'est tout con : c'est qu'on est un gros réac.

 

Et parfois, ça finit par se voir.

Yann Kindo

 PS [rajout] : Pour se convaincre que cette sortie réac de Bové n'est pas un surprenant  écart de conduite par rapport à une démarche qui était totalement différente au départ, je renvoie à cet article de 2008 de mon pote Anton Suwalki, qui avait déjà très bien décortiqué l'antiprogressisme de Bové en parlant à son propos de "Grand Bond en arrière". Non seulement son analyse n'a pas pris une ride, mais elle est plus que jamais d'actualité cette semaine :

http://www.imposteurs.org/article-19584798.html

 

 

 

 

 

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