De la bêtise écolo chez les fachos

Commençons par rendre compte d'un article qui rend compte d'un article.

Sur son site Agriculture et environnement, Gil Rivière-Wekstein vient de publier un papier intitulé "Enquête sur la réacosphère écologiste", qui s'appuie largement sur un travail effectué par  Catherine Vincent et Damien Leloup pour le journal Le Monde :

https://www.agriculture-environnement.fr/2020/01/06/enquete-reacosphere-ecologiste?fbclid=IwAR24szzAmUC1jmhsCzs8JICjGoj2v1y5lM7ry294Pt7yudkuG2148hHHBB0 

Cette synthèse utile fait très bien le point sur ce qui n'est pas tant des passerelles ou des collusions qu'un fond intellectuel commun  entre la mouvance écologiste et l'extrême-droite. Ceux qui ne connaissent pas - sans doute parce qu'ils ne lisent pas assez régulièrement La Faucille et le Labo - apprendront plein de choses intéressantes sur le rapport à l'écologie  de la Nouvelle Droite ou des Néocathos radicaux, avec comme matrice commune une vision du monde essentiellement "conservatrice", voire "réactionnaire".

Je ne développe pas tout ça, il faut lire l'article, d'autant plus que Gil Rivière-Wekstein a eu la bonne idée de compléter le papier du Monde avec des éléments qui débordent du cadre de l'extrême-droite stricto sensu pour rappeler quelques vérités à propos des flirts de Rivasi ou de Bové avec tout ce petit monde qui quelque part pense fondamentalement comme eux.

Je rajoute juste deux photos que j'ai découvertes aujourd'hui via Facebook, et qui illustrent à  leur manière cette thématique.

Voici d'abord une affiche électorale du Rassemblement national à Echirolles (près de Grenoble), qui nous rappelle par la bande que le biais intellectuel de l'"appel à la nature", aujourd'hui très populaire dans les milieux écolos même de gauche, est une thématique historiquement d'extrême droite - ce n'est pas pour rien que l'agriculture bio a été développée en France à l'origine par des gens d'extrême-droite.

nature-a-echirolles

Je crois que le Monsieur en cravate sur la photo n'a pas bien compris qu'il n'y a pas et qu'il n'y aura jamais de "nature" à Echirolles, parce que par définition Echirolles est une création humaine, et que si c'est Echirolles ce n'est pas la nature. Et si c'est de la nature, ce n'est pas  Echirolles (sauf à envisager un territoire relevant du ban d'Echirolles où les activités humaines n'influeraient pas du tout, ce qui est en gros impossible). Le monsieur d'extrême-droite veut sans doute parler d'"espaces verts" dans Echirolles, ce qui est sans doute une bonne idée (surtout sur une affiche de campagne, ça ne mange pas de pain), mais ces espaces en milieu urbain n'auront strictement rien de naturel, ils auront été directement créés par des humains d'Echirolles en fonction de leurs envies et de leurs besoins.
Hypothèse éco-anthropologique : les espaces verts en milieu urbain, c'est un choix politique, ce n'est pas plus naturel que par exemple  la connerie raciste dont le parti du monsieur en cravate est le principal porte-drapeau en France aujourd'hui.
Si vraiment le Monsieur veut faire appel à la nature, on lui signalera que ce qui est naturel pour les êtres humains, c'est de circuler sur la planète pour essayer de trouver une vie meilleure. Et que, pour le coup, ce qui est complètement artificiel et par ailleurs  infiniment plus toxique que des millions d'hectolitres de glyphosate, ce sont les frontières.


Autre photo vue aujourd'hui, qui d'une certaine manière est encore plus croustillante :

Photos d'affiches sur le campus de l'univeristé de Metz, 6/01/2020 Photos d'affiches sur le campus de l'univeristé de Metz, 6/01/2020


Si vous ne l'avez pas repéré parce qu'on pourrait ne pas y prendre garde, regardez bien l'affiche du dessous, fort opportunément placée sous une  très altermondialiste affiche anti-Amazon - peut-être même ont-elles été collées en même temps, je suis incapable de le dire. En tous cas, si ce sont des colleurs différents, aucun n'a recouvert l'autre....

Vous avez vu ?

Malgré l'esthétique écolo-alter, l'affiche du bas est signée de l'Action Française, qui est un des plus vieux et des pires groupuscules d'extrême-droite. L'AF, ce n'est même pas l'extrême droite moderne,  païenne et new age façon Nouvelle Droite, c'est en fait la plus pure tradition monarchiste, catho et antisémite. C'est fou comme cette organisation qui fondamentalement sent le moisi par tous ses pores peut facilement se donner un look branchouille via la vogue écolo altermondialiste (qui trop souvent sonne "antimondialiste", d'où ce genre de passerelles).
Le slogan, qui surfe sur la fort gonflante mode du "manger local" en recyclant un même écolo-alter ("penser global, agir local"), est quelque part très habile dans son insondable bêtise. On ne me fera pas croire que la mode protectionniste/localiste qui séduit les milieux antilibéraux n'a rien à voir dans l'élaboration de cette affiche qui se présente à côté d'une autre qui combat une "multinationale" (américaine, donc étrangère).

Mais si tout ceci est bien joué de la part des nationalistes qui veulent surfer sur une mode qui peut favoriser le repli local (ou national), cela n'en reste pas moins parfaitement risible sur le fond.

En effet, si la vérité est dans le : "chacun chez soi à bouffer sa bouffe à lui", alors  la présence de la tomate pour illustrer l'affiche est particulièrement cocasse.
Un chou, ça aurait été vachement plus identitaire, mais peut-être moins sexy.
Parce que la tomate, chers fachos royalistes, c'est plutôt de votre point de vue le parti de l'étranger, étant donné que cette plante est une immigrée, originaire d'Amérique du Sud, qui n'est présente en Europe et en France que depuis 5 petits siècles, soit somme toute assez peu de temps à l'aune de votre amour des choses immémoriales dont la durée a prouvé la validité.


Bref, penser local, ça rend généralement un peu idiot, on s'en rend compte de plus en plus ces derniers temps.

Mais il y a longtemps que l'on sait sait que "penser national", ça rend à coup sûr vraiment très bête.
Et très méchant.



Yann Kindo

 

 

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