Monsanto : Corinne Lepage s'est encore plantée !

A force, on peut espérer que Corinne Lepage et le Criigen vont enfin passer auprès du plus grand nombre pour ceux qu'ils sont : des pipoteurs.

 A force, on peut espérer que leur omniprésence médiatique va en prendre un coup, et que, chat échaudé craignant l'eau froide, les journalistes vont arrêter de les prendre au sérieux et de les présenter comme des interlocuteurs crédibles sur la question des OGM.

Je dis ça, mais j'y crois pas moi-même, au vu de l'expérience. Prenons par exemple le cas BHL : ce type a pipoté comme pas deux dans ses « romanquêtes », et  il s'est même complètement ridiculisé en citant les recherches sur Kant menées par...un philosophe qui n'existe pas (voire la célèbre affaire « Jean-Baptise Botul », qui fera encore longtemps rire dans les chaumières). Pour autant, imperturbablement, les médias continuent à non seulement l'inviter, mais même à lui dresser un pont d'or à chaque nouvelle parution d'un de ses bouquins, et à lui servir la soupe à chaque fois qu'il veut plaider la cause d'une nouvelle guerre impérialiste.

Ils sont comme ça, les médias, ils ne lâchent pas facilement un « bon client » Y'a des chances pour que ce qui est vrai pour BHL le soit aussi pour toute la bande des anti-OGM, les Corinne Lepage, Christian Vélot, Gilles -Eric Séralini et tutti quanti, et que Arte par exemple continue à servir de rampe de lancement à chaque nouvelle parution d'un package « livre + film » de Marie-Monique Robin.

 

Mais pourquoi mettre Corinne Lepage sur le même plan que BHL, en dehors de l'orientation politique « centriste » qu'ils partagent, et qui, les fait naviguer dans la très très étroite zone qui  sépare le PS et l'UMP ? Parce que tous deux excellent dans la désinformation et le mensonge (par action... ou par omission de vérifier ses informations, ça dépend),   tout en prétendant aux yeux du monde médiatique être des autorités intellectuelles et tant qu'à faire morales sur les sujets qu'ils abordent. Alors que dans leur intervention publiques complaisamment relayées ils étalent surtout leurs préjugés et leur incompétence.

 J'avais rapporté ici en août dernier la manière dont Corinne Lepage, qui prétend être experte sur ces questions en fonction de multiples lignes sur son CV (ex ministre de l'écologie de Juppé, présidente d'honneur du Criigen, avocate spécialisée...), avait ridiculement propagé un hoax à propos des relations entre Monsanto et l'entreprise de mercenaires Blackwater [le genre de trucs qui pourrait à la limite être vrai, mais bon, c'est con, il se trouvait que c'était faux] :

 http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/060813/le-hoax-monsantoblackwater-corinne-lepage-nassume-pas

 

Et voilà qu'à l'occasion du retrait de l'article de Séralini par la revue Food and Chemical Toxicology, Lepage nous remet le couvert et se torche encore une fois avec la réalité au nom de sa supposée bonne cause.

Vous noterez qu'il existe une raison très simple qui pourrait expliquer le retrait de l'article en question par la revue en question  : le fait qu'il est complètement nul du point de vue de sa méthode, qu'il est donc tout sauf conclusif malgré ce que prétendent les auteurs. C'est ce que toutes les agences d'expertise et toutes les académies consultées à son sujet un peu partout dans le monde ont dit, ça devrait peser un peu  dans la balance, au final...

 [Voir sur ce point le très bon papier de Michel de Pracontal sur son blog : http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-de-pracontal/301113/samedi-sciences-110-seralini-victime-du-complot-de-la-science-mondiale]

 

Vous noterez aussi que du coup, le principal mystère n'est pas tant de savoir pourquoi il a été retiré, mais bien de comprendre pourquoi il a été publié dans un premier temps. Autrement dit : comment-a-t-il pu passer (peut-être péniblement, mais au final sans encombres) le filtre du peer-reviewing ?

Vous noterez encore que parmi les gens qui comme moi sont hostiles aux anti-OGM plutôt qu'aux OGM,  on n'a pas déclenché à l'époque de la parution une campagne d'opinion sur le thème du pouvoir occulte du Criigen et d'une grande conspiration derrière tout ça qui seule pourrait expliquer la publication d'une telle daube. Non, on a  certes dénoncé le phénoménal  cirque politico-médiatique du Criigen – qui dans les milieux scientifiques a mis la puce à l'oreille et énervé même les mieux disposés à l'égard de Séralini - , mais on a plutôt argumenté sur le fond scientifique de l'affaire, et sur les mécanismes politiques/sociologiques/médiatiques qui venaient ici pervertir le fonctionnement normal d'une recherche scientifique de qualité et d'une information de qualité à propos de celle-ci.

Vous noterez enfin que, en sens inverse, lorsque l'article a finalement été retiré par la revue la semaine dernière, on a immédiatement assisté à la campagne à laquelle on s'attendait de la part des anti-OGM, avec le classique couplet du martyr tombé au champ d'honneur victime de la fourberie complotiste de l'immonde Monsanto qui a placé ses serviteurs partout où il faut.

 

Car il faut l'avoir en tête si l'on veut comprendre tout ce qui se passe sur ce sujet : Monsanto est à l'anti-OGM ce que le juif est à l'antisémite. Il voit sa main partout,  et il devine son influence occulte et toute-puissante derrière tous les événements qui le contrarient. Monsanto contrôle aux yeux des anti-OGM le monde de l'édition scientifique comme les juifs contrôlent les médias en général aux yeux de l'antisémite.

 

Et c'est ainsi que Corinne Lepage a une fois de plus dérapé lors de la conférence de presse organisée par le Criigen pour dévoiler les vraies raisons (selon eux) du retrait du papier de Séralini. Bien entendu, comme il y a désormais à la direction de le revue FCT un gars qui a travaillé pour Monsanto jusque il y a... 9 ans ! (si j'ai bien suivi), la tentacule de l'hydre monsantesque est évidemment derrière tout ça, cela va de soi. Evidemment. Ça doit pas être trop fatiguant d'être militant anti-OGM façon Corinne Lepage, à essayer de traquer sur les CV de tout le monde une relation éventuelle avec Monsanto (ou une autre boite privée qui fait des OGM) quand on est dans le domaine des biotechnologies. Comme on vit dans une société capitaliste dans laquelle les activités industrielles sont pour l'essentiel menées par des boîtes privées, on peut s'attendre à ce que pas mal de gens compétents aient été embauchés à un moment de leur carrière par une boîte privée de leur domaine. Pour tout dire, c'est le contraire qui serait vraiment très surprenant ! Retrouver dans le comité éditorial d'une revue qui traite entre autres des effets sanitaires des OGM un type qui a bossé pour Monsanto, c'est un peu comme retrouver dans le comité éditorial d'une revue spécialisée dans le matériel audio pour groupes de rock'n'roll un type qui aurait bossé pour Marshall ou Fender. Un truc de fou, t'as du mal à y croire tellement ça sent le complot....

 

Ce qui est rigolo, c'est qu'avec cette logique de traçabilité des experts, on pouvait constater que la revue FCT était déjà infestée de suppôts de Monsanto... à l'époque où elle a accepté le papier de Séralini ! On peut alors ensuite se demander, si on reste dans le délire, si ils ne l'ont pas accepté exprès pour ridiculiser Séralini, ou un truc du genre. Faudrait demander à Thierry Meyssan comment il voit ça....

[http://alerte-environnement.fr/2013/12/05/seralini-serait-il-la-victime-dun-complot-en-deux-temps-de-lindustrie/]

 

 Et donc, emportée par sa dénonciation du pouvoir croissant des « lobbies », Corinne Lepage en est venue au cours de cette conférence de presse à accuser une conseillère scientifique de Barroso d'être une « ancienne de Monsanto »    [ils sont partout, je vous dis, ils sont partout ! Je vous donne un tuyau utile  : on les reconnaît au fait qu'ils ont une raideur dans le petit doigt de la main]. La dame en question, Mme Glover, a trouvé ça moyennement rigolo et a fermement protesté, ce qui, dans le petit monde des institutions de l'Union Européenne, dont Corinne Lepage fait partie, a dû avoir un certain écho. Au final, il semble que du coup Corinne Lepage ait été amenée à  « bien volontiers s'excuser ».

http://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/ogm-la-conseillere-scientifique-du-president-barroso-dement-etre-une-ancienne-de-monsanto-article_86870/

 

C'est très bien que Corinne Lepage « s'excuse bien volontiers ».

Mais ce qui serait encore mieux, ça serait que dans ses très officielles et très retentissantes conférences de presse - et non pas dans la dîners du Criigen en fin de soirée quand tout le monde a trop picolé et se lâche un peu -, Corinne Lepage arrête de lancer des accusations sur tout le monde,  et qu'elle vérifie plutôt ses informations AVANT de les présenter aux médias sur un air de « laissez-moi vous expliquer la vérité vraie  que moi je la connais en tant que spécialiste».

 Plus globalement, ça serait bien si Corinne Lepage arrêtait de raconter n'importe quoi sur les OGM, voire sur Monsanto.

 

Là aussi, c'est comme pour BHL,  on peut toujours rêver....

 

Yann Kindo

 

 Nb rajouté : Dans le genre spécialiste de la diffamation et des affirmations scientifiques hasardeuses, on voit sur cette vidéo de la conférence de presse :

 

https://www.youtube.com/watch?v=4VSqeKd7M9k#t=964

 

que le Criigen, qui n'a décidément honte de rien, a fait monter au créneau à son appui le statisticien Paul Deheuvels - il cause à 16 mn dans la vidéo. C'est  je crois bien le  seul membre de l'Académie des Sciences à avoir soutenu Séralini, comme il avait été un des très rares soutiens de Allègre dans la controverse climatique. Avant de copiner avec le Criigen, Deheuvels avait ainsi copiné avec les fachos du Club de l'Horloge, pour lesquels il avait remis le sinistre "prix Lyssenko" au climatologue Jean Jouzel. Climatosceptiques et anti-OGM : même combat contre la science, même délires complotistes. 

 

 

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