La peur des OGM : construction médiatique d'une paranoïa.

La critique des médias, telle que pratiquée par exemple par le défunt Plan B1, par sa survivante vitrine universitaire Acrimed2 ou par le site Arrêt sur Image3 a fourni beaucoup de données sur la manière dont le débat médiatique est souvent biaisé et oriente l'opinion en jouant sur les peurs qui font vendre. Par exemple, la semaine dernière, Arrêt sur Image rapportait la manière dont Abdel, un jeune habitant de Clichy, avait piégé un journaliste du Point qui tenait à -la-va-vite à vendre du papier en jouant sur les fantasmes relatifs à la polygamie. Quitte à décrire dans son article une femme qu'il n'avait jamais rencontrée, puisqu'il s'agissait d'Abdel lui-même imitant au téléphone une voix féminine africaine :

 

http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3410

 

 

Il existe beaucoup de contributions sur la manière dont le débat sur le TCE avait été totalement biaisé dans des médias dominant prenant très largement partie pour le « Oui » (celui-ci pouvait être au choix « franchement enthousiaste » ou « légèrement critique », tel était le cadre du débat censé et légitime), ou bien encore sur la manière dont les médias travestissent le débat social en délimitant un cadre de réflexion bien circonscrit (« préférez vous travailler plus ou gagner moins ? ». L'option travailler moins et gagner plus n'est pas envisageable).

 

Par contre, jusqu'ici, et à ma connaissance, il existe peu de contributions relative à la manière dont le débat public sur les OGM est biaisé par la manière dont il est posé, cette fois non seulement dans les médias dominants, mais aussi dans les médias dits alternatifs4. C'est à ce chantier que voudrait s'atteler ce billet, avec absolument aucune ambition d'exhaustivité, mais plutôt pour pointer quelques cas typiques dans l'actualité des derniers mois.

 

Prenez par exemple le récent Forum lyonnais de Libération, cette grand messe bobo, au cours de laquelle, parmi les nombreux débats « contradictoires » permettant de naviguer savamment entre social-libéralisme et libéralisme social, il était proposé aux participants de s'interroger sur le thème « Un menu sans OGM ? » :

 

http://www.liberation.fr/forum-lyon-2010/01092291806-un-menu-sans-ogm

 

La présentation du débat circonvenait assez bien le cadre du débat légitime :

 

« Des Etats devenus spectateurs, des parlementaires européens tenus à l’écart et une Commission Barroso plus préoccupée par la prospérité financière de groupes semenciers multinationaux que par l’environnement et la santé des 500 millions d’Européens, voilà comment l’Etat de droit a été remplacé par l’Etat des experts. Malgré la contamination génétique de notre environnement, de notre alimentation et de notre agriculture que portent ces décisions irresponsables, malgré l’impossible coexistence entre filière OGM et non OGM, malgré la mise en péril de la liberté de choisir, de consommer et d’entreprendre, malgré le rejet massif des peuples, y compris des agriculteurs, la logique financière et court termiste d’une agriculture productiviste continue de vouloir imposer sa loi. Un menu sans OGM suppose que les citoyens puissent trouver à la carte du choix et de la démocratie. »

 

Dans ce gloubiboulga alterantilibéral bien comme il faut, on pourrait à peu près tout reprendre, tant on nage en pleine mythologie sur quasiment tous les points énoncés. Les mots eux-mêmes sont faussés, avec par exemple cette notion de « contamination génétique ». De quoi parlent-ils ? Que veulent-ils dire ? Tout particulièrement en ce qui concerne la « contamination génétique de notre alimentation » ????!!!! « Au secours, il y a des gènes dans ma bouffe, c'est ça » ???? Il n'est pas étonnant que Libération se méfie ici de l' « Etat des experts », parce que, l'expertise, ce n'est manifestement pas leur truc. En effet, qui étaient les intervenants de ce forum ?

 

A ma droite : le nobliau anglais ancien directeur de Greenpeace, Lord Peter Melchett, opposant de principe aux OGM.

Face à lui, à ma droite encore (j'aime bien penser que les gens sont moins de gauche que moi) : le député PS Philippe Martin, opposant aux OGM (comme l'indique le gloubiboulga cité ci-dessus, qui, si j'ai bien compris, est de sa plume).

Au total, ce face à face a donc opposé dans une confrontation terrible un farouche opposant aux OGM à un de leurs adversaires acharnés. Il fallait bien que Libération propose une solide médiatrice pour éviter que l'affrontement ne dégénérât en pugilat, en la personne de sa journaliste Corinne Bensimon...qui tient pour sa part à manifester son aversion à l'égard des OGM dès sa présentation liminaire :

 

http://video.liberation.fr/video/iLyROoaf8y0e.html

 

On peut se demander quel est l'intérêt d'organiser un « débat » entre deux personnes entièrement d'accord entre elles et répondant aux questions d'une « modératrice » encore plus d'accord avec eux...

On peut aussi se tordre les côtes de rire en entendant l'élu PS du Gers raconter n'importe quoi et aligner les perles. Par exemple à 16.20, il fait peur à tout le monde en dressant la perspective terrifiante d'une purée de pomme de terre Amflora enrichie en amidon - le fait qu'Amflora ne soit nullement destinée à l'alimentation humaine mais plutôt à l'industrie de l'amidon5 ne le gêne aucunement, et il n'y pas en face d' « adversaire » pour relever l'énormité du mensonge. Mais c'est encore peu de choses par rapport à ce moment d'anthologie à 33.08 lorsqu'il nous avertit que

« Monsanto met de nouveaux gènes à l'intérieur de son Round Up ».

Où l'on apprend que le Round Up est un être vivant...

 

 

A un moment de son topo, Philippe Martin évoque parmi les informations terrifiantes qui militent selon lui pour le bannissement des OGM le fait qu'aux Etats-Unis, des OGM se sont répandus le long des routes, accréditant ainsi sa thèse de la « contamination » dont la nature sera victime si on continue à autoriser les monstres transgéniques à se promener à l'air libre. On peut commencer par remarquer que depuis 25 ans que des OGM divers et malheureusement pas assez variés sont cultivés en plein champ sur des millions d'hectares dans le monde, on n'a pas vraiment entendu parler de cette dissémination incontrôlable tant redoutée et systématiquement annoncée par les anti-OGM. Disons qu'elle semble tarder un peu à advenir...

A quoi pensait Philippe Martin ici ? Pour avoir quelque chose à proposer en ce qui concerne les dangers terribles des cultures transgéniques, il a été obligé de s'appuyer sur une étude américaine qui a constaté que des plants de colza transgénique RR (c'est à dire « Round Up Ready » : résistant au Round Up) avaient poussé le long de certaines routes. Voici comment Le Monde a rendu compte de cette étude (qui existe vraiment, on verra que ce n'est pas toujours le cas, et que les anti-OGM sont parfaitement capables de brandir des études qui n'existent pas) :

 

http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1132168&clef=ARC-TRK-LM_01

 

Comme je ne suis pas abonné au Monde, je ne suis pas en mesure de relire l'article avant de rédiger ce billet, mais, d'après mes notes de l'époque [je rectifierai si on me pointe une erreur], le papier omettait de signaler au lecteur de l'ex «quotidien de référence » une toute petite information qu'il fallait aller trouver aillerrus, tout en bas de l'article de Futura Sciences rendant compte de la même étude :

 

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/developpement-durable-1/d/du-colza-ogm-dans-la-nature_24688/

 

Tout en bas du bas du papier, en début de conclusion, on peut lire ceci :

« Les scientifiques avouent un biais dans l’étude puisqu’ils ne se sont intéressés qu’aux bords des routes où circulent les camions emplis de graines OGM. »

 

Voilà qui change tout : contrairement à ce que propagent plus moins explicitement les anti-OGM, il n'y a pas de contamination de la nature par du colza OGM échappé des champs6, il y a seulement le fait qu'au bord des routes empruntées par les camions transportant des graines OGM, lorsque certaines d'entre elles tombent du camion, il se produit parfois un phénomène extraordinaire et terrifiant : elles germent !

So what ?

Quels risques de dissémination ? Le colza OGM va-t-il envahir les environs et éliminer ses concurrents ?

Ce colza a été modifié pour que dans les champs où il est cultivé, il résiste aux épandages de l'herbicide Round Up. Dans un champ, c'est pour lui un vrai avantage : il continue à pousser pendant que meurent les adventices qui viendraient lui piquer l'eau et les engrais qui lui sont destinés.

Mais hors du champ, de quel avantage sélectif dispose le colza OGM RR ?

Absolument aucun, sauf si l'on imagine qu'il pleut naturellement du Round Up aux Etats-Unis. Et même, on peut supposer que, comme toutes les espèces domestiques, le colza RR est peu adapté à ce qui n'est pas son environnement normal, et ne sera pas du tout compétitif.

Bref, il n'y a pas grand chose à signaler. Non pas que tout risque de problème futur doive être complètement écarté, mais entre ce tout petit rien du tout et la manière dont Greenpeace en rend compte en titrant « OGM incontrôlables : le cauchemar continue aux Etats-Unis. »7, il y a comme un abîme.

D'ailleurs, le cauchemar en question est tellement grave que Greenpeace USA, contrairement à Greenpeace France, n'en fait même pas mention !!!8

 

Tant que l'on en est à parler de titres d'articles, on peut s'interroger sur la pertinence de celui qui a été choisi par Futura Sciences pour son propre papier : « Du colza OGM dans la nature ! ». Notez le point d'exclamation, qui vient dramatiser l'ensemble. Et la généralité du mot « nature », terme dont on ne sait souvent pas ce qu'il peut bien désigner, donne une fausse impression au lecteur trop pressé qui ne lirait pas la conclusion...

 

Dans le même registre, on peut évoquer cet autre papier de Futura Sciences, un peu plus récent

 

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/developpement-durable-1/d/les-ogm-laissent-des-traces-dans-leau_25349/#xtor=RSS-14

 

« Les OGM laissent des traces dans l'eau », quel titre étrange ! Quels OGMs, d'abord ? Tous ? Drôle de manière d'utiliser le terme générique « OGM » sans plus de précision. Les porcs génétiquement modifiés pour produire de l'insuline, en quoi laissent-ils des traces dans l'eau ???Erreur cf message ci dessous d'Alain Godefroy du 13/10 à 16h20. Remplacer par exemple par : "En quoi une variété de riz enrichie en vitamine A laisse-t-elle des traces dans l'eau ? "

Et les plantes concernées (ici du maïs Bt) laissent-elles « des traces » uniquement parce qu'elles sont génétiquement modifiées ?

Bref, des traces de la toxine qui permet à ce maïs de résister à la pyrale ont été retrouvés dans des cours d'eau situés à proximité des champs. Mais, là encore, si l'on se reporte à la conclusion du papier, on apprend que

 

« Si la présence de la protéine aux propriétés insecticides est avérée dans certains cours d’eau, l’étude en question ne va pas jusqu’à l’analyse des conséquences pour l’environnement. Les concentrations retrouvées semblent être bien faibles pour avoir un impact sur les insectes ou les populations des cours d’eau. De plus, la protéine peut être partiellement dégradée et perdre ses propriétés »

 

Bref, RAS si l'on n'est pas un croyant e/n l'homéopathie qui pense que l'eau garde la mémoire des produits avec lesquels elle a été en contact , à que moins il y a de molécules plus c'est efficace (et même quand il n'y pas plus de molécule du tout, c'est là que c'est super efficace, tu penses !).

Mais alors, pourquoi avoir titré « Les OGM laissent des traces dans l'eau » plutôt que « De faibles résidus de maïs BT dans les cours d'eau » ou un truc du genre ?

Parce que la peur, ça accroche mieux ?

 

Tant qu'on en est à causer du maïs Bt, je signale au passage ce papier dans l'excellent blog du journaliste scientifique de Libé, Sylvestre Huet – l'homme qui a démonté les manips de Claude Allègre à propos des courbes de température - , qui rend compte d'une réalité toute conne : le maïs Bt, c'est plutôt pas mal, n'en déplaise à Greenpeace and co :

 

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/10/aujourdhui-la-revue-science-publie-un-article-qui-risque-de-ne-pas-faire-plaisir-aux-opposants-%C3%A0-lutilisation-des-plan.html

 

 

Venons-en pour finir à ce qui constitue le plus bel exemple récent de désinformation à propos des OGM, le fameux hoax des « hamsters nourris aux OGM et qui depuis ont des poils qui leur poussent dans la bouche », hoax qui a pris naissance pas loin d'ici, sur un autre blog de Médiapart...

 

Sébastien Portal, selon son propre site, est journaliste, « formé au journalisme exclusivement en Grande-Bretagne » et son sujet de prédilection est « Les OGM alimentaire et l'Union Européenne ». Il place parfois certains articles à ce sujet auprès de la rédaction de Médiapart, qui les reprend sur son site avec le label «Par la rédaction de Médiapart ». C'était par exemple le cas récemment à propos des querelles entre la Commission Européenne et les gouvernements des pays-membres à propos des autorisations d'OGM :

 

http://www.mediapart.fr/journal/france/280910/culture-ogm-la-commission-europeenne-est-desavouee

 

 

Le 25 avril dernier, Sébastien Portal publiait sur son blog de Médiapart un billet au titre retentissant : « OGM : l'étude russe qui pourrait déraciner une industrie »

 

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/sebastien-portal/250410/ogm-l-etude-russe-qui-pourrait-deraciner-une-industrie

 

J'en ai pris connaissance par les murs Facebook de plusieurs amis, le lien se copiant comme d'habitude à grande vitesse sans que personne ne prenne la peine d'effectuer la moindre vérification.

Lorsque l'on tape aujourd'hui « OGM ; étude russe ; industrie » sur Google, on mesure l'ampleur de la diffusion de l' « information », avec même sur Dailymotion les fameuses photos des radios de la bouche des hamsters :

 

http://www.google.fr/search?hl=fr&q=ogm+%C3%A9tude+russe+industrie+&meta=

 

 

Ce sont des centaines et des milliers de fois qu'un texte comme celui-là est repris et diffusé, contribuant à nourrir la paranoïa dans le grand public, et plus spécifiquement dans le milieux des opposants aux OGM, qui approfondissent ainsi à chaque hoax de ce genre une inébranlable conviction qu'ils ne questionnent même plus.

Or, il s'agit bien d'un hoax, un de plus, c'est à dire quelque chose qui est une fausse nouvelle à défaut d'être un vrai mensonge.

En voici le mécanisme, qui a été démonté lors de deux papiers successifs sur le site Imposteurs9 :

 

Sébastien Portal évoque « une étude, dont les résultats les plus frappants viennent d'être présentés à la presse en Russie dans le cadre de l'ouverture dans ce pays des Journées de Défense contre les Risques Environnementaux. Elle est même évoquée par Jeffrey Smith, fondateur de l'Institute for Responsible Technology aux Etats-Unis. »

 

Si elle est même évoquée par Jeffrey Smith....

Le premier réflexe du sceptique est plutôt de se dire que cette étude n'a surtout pas été publiée là où elle serait censée l'être, à savoir une revue scientifique à comité de lecture, qui en confirmerait ainsi la validité. Ce filtre n'empêche pas complètement les coquilles (cf le coup de la mémoire de l'eau, qui a été dans un premier temps validé, certes avec des réserves, par Nature), mais il reste quand même à ce jour la meilleure protection disponible contre les fraudes et les erreurs. Or, ici, point de publication. Il n'est jamais très bon signe que des scientifiques fassent des déclarations fracassantes à la presse sans avoir respecté ces procédure de validation, et ce n'est pas la première fois que cela arrive du côté des opposants aux OGM (voir l'affaire Pusztai). A partir de là, la machine est lancée : alors que rien n'a été publié, Sébastien Portal annonce déjà qu'une industrie pourrait être déracinée.

 

M. Portal fera aujourd'hui certainement valoir ce qu'il écrivait dans son billet le 25 avril :

« Quelles conclusions peut-on tirer de cette expérience ? A ce stade, aucune, comme le reconnaissent eux-mêmes les scientifiques qui ont fait ces observations. D'ailleurs, leur étude qui doit être rendue public dans ses détails en juillet prochain indique Jeffrey Smith dans son billet (repris notamment par The Huffington Post), ne pourra être reconnue comme valide uniquement dans la mesure où elle sera publiée dans une revue scientifique internationale avec un comité de relecture par des pairs. »

 

Mais alors, si on ne peut tirer aucune conclusion à ce stade, pourquoi commencer à en tirer quand même en spéculant sur la fin possible d'une industrie (rien que ça !) et sur le fait que

 

« le dossier des OGM alimentaires - dont de très nombreuses pages restent encore floues à ce jour - pourrait bien s'alourdir prochainement alors qu'une nouvelle pièce en provenance de Russie est sur le point d'y être ajoutée » ?

 

Sur le point de ?

Nous sommes en octobre, et les conclusions de l'étude auraient dû être rendues publiques en juillet selon Sébastien Portal citant aveuglément Jeffrey Smith. On ne voit rien venir, et les commentaires postés ici et là par Sébastien Portal en réponse à ceux qui le critiquent laissent à penser que l'on ne verra en fait jamais rien venir. Et pour cause, nous le verrons...

Par ailleurs, le dossier des OGM alimentaires paraît à M. Portal comporter de « nombreuses pages » « encore floues à ce jour». On ne sait pas très bien à quoi il fait référence précisément, mais cela lui permet d'entretenir cette aura de mystère qui nourrit si bien la paranoïa. Une chose est sûre : la page que lui vient d'écrire dans ce dossier est quant à elle d'une grande clarté, et illustre parfaitement la mauvaise foi et l'incompétence dont font preuve les relais médiatiques des opposants aux OGM.

Venons-en à cette soi-disant étude, jamais publiée.

Sébastien Portal nous la présente ainsi :

 

« Menée conjointement par l'Association Nationale pour la Sécurité Génétique et l'Institut de l'Ecologie et de l'Evolution Servetsov, cette étude russe a duré deux ans avec pour cobaye des hamsters de race Campbell, une race qui possède un taux de reproduction élevé. Ainsi, le Dr Alexey Surov et son équipe ont nourri pendant deux ans et d'une manière classique les petits mammifères, à l'exception près que certains d'entre eux ont été plus ou moins nourris avec du soja OGM (importé régulièrement en Europe) tolérant à un herbicide. »

Nous apprécierons le « plus ou moins nourris avec du soja OGM »....

Là où M. Portal ne fait plus du tout dans le « plus ou moins », c'est lorsqu'il nous bombarde de chiffres issus de cette étude, dont on oublierait pour le coup qu'elle n'est pas publiée ! :

« Au départ, quatre groupes de cinq paires (mâles / femelles) ont été constitués : le premier a été nourri avec des aliments qui ne contenaient pas de soja, le second a quant à lui suivi un régime alimentaire qui comportait du soja conventionnel, le troisième a été alimenté avec en complément du soja OGM et enfin le quatrième groupe a eu des plateaux repas dans lesquels la part de soja transgénique était encore plus élevée que dans ceux du troisième. A la fin de cette première phase, l'ensemble des quatre groupes a eu en tout 140 petits. L'étude s'est poursuivie dans une deuxième phase par la sélection de nouvelles paires issues de chacun de ces premiers groupes. Et dans la logique du déroulement, les nouvelles paires de la deuxième génération ont elles aussi eux des petits, créant de fait la troisième et dernière génération de cobayes. Ainsi, il y a eu au final 52 naissances parmi les spécimens de troisième génération qui n'ont pas consommé du tout de soja, 78 parmi ceux qui ont consommé du soja conventionnel. Mais le troisième groupe, celui qui a été nourri avec du soja OGM, n'a eu que 40 petits, dont 25% sont morts. Et pire, dans le groupe qui a mangé le plus de soja génétiquement modifié, une seule femelle a réussi à donner naissance, soit 16 petits au total dont 20% sont finalement morts. Ainsi, à la troisième génération, les hamsters qui, pour les besoins de l'étude ont eu dans leur menu une part importante de soja OGM, n'étaient plus capables de se reproduire... »

 

Un premier réflexe de béotien peut consister à se dire que 4 groupes de 5 paires de hamsters, ça ne fait pas lourd pour produire des résultats qui vont déraciner une industrie. Surtout si l'on se dit que des animaux d'élevage nourris aux OGM, il y en a eu dans la vraie vie certainement nettement plus de 3 générations (depuis 1996), et que à ce jour les éleveurs n'ont rien constaté de la sorte. Mais, encore une fois, il ne sert à rien de spéculer et de discuter de chiffres non publiés dont on ne sait pas où Sébastien Portal les a trouvés.

 

C'est d'ailleurs la question que s'est posée un lecteur d'Imposteurs, notamment à propos du gros scoop de la mort qui tue que révèle M. Portal dans son billet :

 

« une autre surprise de taille a été observée : certains de ces hamsters issus de la troisième génération se sont retrouvés avec des poils... dans la bouche, un phénomène d'une extrême rareté. (voir les photos ici) »

 

Et, effectivement, si l'on clique sur le lien, on voit apparaître des radios de bouches de hamster, l'une sans poils, et l'autre avec poils !

Oui mais... d'où viennent ces photos, encore une fois, si l'étude n'a pas été publiée ? Sébastien Portal ne le dit pas, ne donne aucune référence pour la source de l'image qu'il publie en lien.

Par contre, on l'apprend en lisant le premier papier consacré par Imposteurs à cette affaire. Les photos sont tirées d'un autre article, paru en 2009 dans la revue Doklady Biological Science, et intitulé : « A New Example of Ectopia: Oral Hair in Some Rodent Species ».

 

Voici le lien vers ce papier :

 

http://imposteurs.over-blog.com/ext/http://ogm.wdfiles.com/local--files/forum:thread/Oral%20Hair

 

 

Parmi les signataires figure effectivement un certain A.V. Surov., mais l'article n'a pas grand chose à voir avec l'étude comparative à base de 4 groupes de 5 paires évoquée plus haut. C'est un papier purement descriptif rendant compte d'un phénomène étrange d'”ectopie”, qui fait apparaître un organe à un endroit où il ne devrait pas s'y trouver. De plus, en fin d'article, les auteurs précisent à propos de ce phénomène :

 

It remains unclear why these hair structures appear in the oral cavity of mammals. We may only speculate

on the origin of this phenomenon. The gingival pouches may result from paradontitis and paradonto

sis caused by feeding on compound food in the vivarium, i.e., by a suboptimal diet. This pathology may be

exacerbated by elements of the food that are absent in natural food, such as genetically modified (GM)

ingredients (GM soybean or maize meal) or contaminants (pesticides, mycotoxins, heavy metals, etc.).

 

Autrement dit : ils n'ont pas la moindre idée de l'origine du phénomène... Alors, pourquoi ne pas l'attribuer à la consommation d'OGM, par exemple ? Pourquoi se gêner ?

 

Plus loin, les auteurs de l'article publié précisent même :

« It is unknown whether this phenomenon occurs in natural populations of rodents and, if so, how common it is. »

 

 

Autrement dit : on ne sait pas si ce phénomène n'existe de toutes façons pas dans la nature parmi les populations de hamsters sauvages. On en sait juste rien.

 

Et voilà comment on est passé de ça à... « L'étude russe qui pourrait déraciner une industrie » !!!

 

Là où c'est particulièrement piquant, c'est quand Anton Suwalki, l'auteur du blog Imposteurs, envoie à Sébastien Portal le pdf reproduisant l'article sur l'ectopie, et que M. Portal répond le 29/09 à 18h21 :

 

«Anton,

Je dois prendre le temps d'y regarder de plus prêt, ce que je n'ai pas pu faire pour le moment. »10

 

Autrement dit : le 29 septembre, Sébastien Portal n'avait pas encore lu l'article d'où était tirée la photo qui avait pourtant illustré le 25 avril précédent son papier qui allait déraciner une industrie !!!

 

Depuis, Sébastien Portal a prudemment fermé le fil qui suivait le papier de son blog11.

Allez savoir pourquoi...

 

Une dernière chose, pour finir : dans le cadre d'un programme d'exploration océanographique, des milliers de « nouvelles » espèces sous-marines viennent d'être découvertes :

 

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/oceanographie-1/d/loperation-census-of-marine-life-decouvre-6000-nouvelles-especes_25449/#xtor=RSS-8

 

 

Mon attention a été attirée par une bestiole particulièrement charmante, qui a été découverte près de l'Ile de Pâques et dont la photo illustre la fin de l'article : un crabe aux pinces poilues !!

 

A quand un article sur un blog anti-OGM pour nous expliquer que les résidus d'OGM présents dans la mer font pousser les poils aux pattes aux crabes ?

 

Yann Kindo

 

 

1http://www.leplanb.org

2http://www.acrimed.org

3http://www.arretsurimages.net

4Un exception est fournie par l'ouvrage La querelle des OGM, publié au PUF en 2006 par Jean-Paul Oury, un auteur dont les opinions politiques me débectent (il fait partie du groupuscule quasi libertarien « Alternative Libérale »), mais dont la contribution sur le sujet est malgré tout intéressante.

5http://fr.wikipedia.org/wiki/Amflora . On peut penser que si une entreprise de l'industrie agroalimentaire s'essayait à développer des purées Amflora super farineuses, elle s'exposerait à une chute drastique de ses ventes.

6On peut rappeler ici que le colza ayant des cousins avec qui il peut se croiser dans la nature, la politique européenne a jusqu'ici toujours été de refuser de donner des autorisations de culture de soja transgénique sur le continent. On puet penser que cette très grande prudence est une bonne chose, mais cela n'empêchera pas les anti-OGM de propager les bobards selon lesquels les autorités européennes autorisent tout et n'importe qui sans aucune précaution environnementale.

7http://ogm.greenpeace.fr/ogm-incontrolables-le-cauchemar-continue-aux-etats-unis

8http://www.greenpeace.org/international/en/campaigns/agriculture/

9http://imposteurs.over-blog.com/article-hamsters-nourris-au-soja-gm-l-origine-d-une-legende-57652325.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-hamsters-nourris-au-soja-gm-rebondissements-cocasses-58072785.html

10http://imposteurs.over-blog.com/article-hamsters-nourris-au-soja-gm-l-origine-d-une-legende-57652325-comments.html#anchorComment

11Enfin , pas complètement. Le 6 octobre, M% Portal annonce qu'il a fermé le fil le 1er. Ce qui n'empêche pas un opposant aux OGM de poster malgré tout quelque chose sur le fil le 9 octobre...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.