Yann Kindo
Enseignant en histoire géographie.
Abonné·e de Mediapart

205 Billets

1 Éditions

Billet de blog 13 mars 2022

Yann Kindo
Enseignant en histoire géographie.
Abonné·e de Mediapart

Souvenirs d'Alain

Le plus ancien souvenir que j'ai d'Alain Krivine, c'est un passage télé, sans doute à l'occasion d'une campagne électorale.

Yann Kindo
Enseignant en histoire géographie.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le plus ancien souvenir que j'ai d'Alain Krivine, c'est un passage télé, sans doute à l'occasion d'une campagne électorale.

Pas pour sa première candidature en 1969, quand il était bidasse et portait le costume cravate alors qu'il regardait fixement la caméra pour dire des trucs transitoires du genre : "Notre programme est d'installer la dictature du prolétariat en brisant l'appareil d'Etat de la bourgeoisie, au pire dans les 3 semaines qui viennent" - il était marrant quand il racontait avec ironie ses premiers passages télé, des années après.

Pas celle-là, j'étais pas né.

Je ne pense pas que ce soit pour celle de 1974, parce que j'avais deux ans et forcément je ne me souviens de rien. Si ce n'est que j'aurais paraît-il reconnu Mitterrand sur la couverture d'un magazine dans la salle d'attente du docteur Muller, et crié "Mitterrand Président !" suffisamment fort pour que ma grand-mère soit gênée. On n'y comprend que dalle à la politique, quand on a deux ans. Je ne savais alors pas que Krivine et ses potes de l'UEC avaient été exclus en 1965 précisément parce qu'ils avaient refusé de suivre le PC dans son appel à voter Mitterrand dès le premier tour (contrairement à Mamie, d’ailleurs, qui elle a fait ça toute sa vie, mais qui concédait quand même qu’elle aimait bien Krivine, selon cet axe politique particulier : « parce que c’est un beau mec ».)

ça devait donc être 1981, et j’avais 9 ans. C’était plutôt les législatives, vu que la LCR n’avait pas réussi à présenter Alain faute des 500 signatures. Mais je me souviens très bien que ma mère regardait la télé dans le bureau, que je lui avais demandé qui était ce gars, et qu’elle m’a répondu un truc du genre : «C’est un peu un extrémiste, il veut refaire une révolution ». Etant donné que pour moi la révolution c’était tous les trucs qu’on apprenait sur la révolte du peuple en 1789, ça me semblait pas mal, comme perspective.

Après, en 1988, j’ai pas pu voir Alain à la télé, parce que le candidat soutenu par la Ligue c’était Juquin. Mais ça me bottait quand même, et c’est par ce biais que j’ai commencé à vouloir prendre contact avec des militants, et très vite rejoint la Ligue, parce que, à l’image d’Alain, c’était les plus militants dans le type de militantisme qui m’attirait alors. Et là on rencontrait forcément très vite Alain, puisque comme il faisait un gros travail d’organisation et pas seulement de représentation, on avait rapidement affaire à lui. Et invariablement, tout le monde trouvait que c’était un gars en or. Je me souviens de ce qui devait être le premier meeting à l’organisation duquel je participais à Metz, de la LCR ou d’une structure unitaire genre antifasciste, et que quand il est arrivé il avait refusé de boire le pot qu’on lui offrait en tant qu’intervenant, en expliquant que tout le monde paye.

J’ai eu la tronche d’Alain dans mes chiottes pendant deux ans à Forbach, sur une affiche de campagne commune LO-LCR pour des européennes, avec un slogan qui disait « votez pour l’extrême gauche parce que » ...parce que je sais plus quoi, mais c’était une très bonne raison.

Il se trouve aussi que mon père et Alain se sont ressemblés physiquement à une époque, et que quand mon père allait dans une manif où Alain pouvait être présent, par exemple à Paris, y a plein de gens inconnus qui le saluaient plutôt chaleureusement, je crois.

Car il y avait une foule de gens qui aimaient bien Alain.

Et surtout, je crois qu’Alain aimait vraiment bien les gens.

Y compris les gens en foule.

Forcément.


YK

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte