En immersion dans les Coquelicots

Initialement, j'étais parti comme on part au front.
Parce que quand le rédacteur d'un blog rationaliste s'en va plonger dans une manif d'écolos radicalement anti-pesticides, il va quand même un peu s'aventurer sur le territoire de l'ennemi.

Initialement, le reportage devait s'appeler « La Faucille fait son Meurice chez les coquelicots », parce que ce que j'avais en tête, c'était de reproduire ce que fait Guillaume Meurice dans ses chroniques, à savoir aller récolter des sons chez des gens dont il a envie de se moquer, puis de faire rire à leur dépens via le montage et des commentaires rajoutés en studio.
Je voulais faire sur cette manif  ce que Meurice ne fera jamais, parce que lui est écolo et diffuse dans ses chroniques des idées fausses ou stupides venues de ce milieu qu'il n'attaque pas pour ne pas s'attaquer à lui-même.

Mais en fait j'ai pas fait ça.


D'abord, parce que la méthode Meurice me gêne quand même beaucoup, même quand elle me fait rire, parce que c'est trop facile de faire ça. C'est trop facile de profiter du pouvoir qu'on a en étant celui qui est du bon côté du micro, celui qui a préparé et prend les gens plus ou moins par surprise, celui qui a la parole facile et dont c'est le boulot et qui se moque de ceux qui n'ont pas ses ressources à ce niveau. Et quand on rajoute la possibilité de s'amuser a posteriori avec le montage  dont on est le seul maître et avec les commentaires en OFF auxquels les gens ne peuvent pas répondre, c'est un peu « pile je gagne face tu perds », son truc.


Pas envie donc d'aller trop loin dans cette voie facile qui souvent franchit allègrement la limite de la manipulation.

Mais aussi, j'ai pas fait ça parce que j'avais pas le cœur de le faire. Parce que, si je pense par exemple que les Faucheurs Volontaires sont à peu près aussi cons et réacs que les militants anti-IVG, les gens que j'ai croisés à la manif n'étaient pas vraiment les horribles fanatiques que je me préparais affronter. Pour tout dire, j'étais face à des gens que je trouvais pour la plupart très sympathiques et que je n'avais pas envie de trop enfoncer ou d'humilier. Des gens qui à mon avis ont la tête bourrée d'idées absurdes (voire dangereuses), mais qui sont sincères et pas complètement obtus. En fait, je n'avais pas face à moi les incarnations locales de François Veillerette, de Fabrice Nicolono ou d'Elise Lucet, qui eux sont des gens puissants et manipulateurs que je me ferais un plaisir de vraiment cartonner si j'en ai l'occasion.

Là, j'étais plutôt en compagnie agréable de plein de gens qui pourraient très bien être mes potes, dont par exemple une ancienne élève très sympa ou un photographe naturaliste dont plusieurs œuvres ornent depuis des années les murs de mon salon !

Bref, j'étais parti pour rire d'eux, mais j'ai fini par plutôt rire avec eux, et c'est très bien comme ça.

J'ai quand même fait un montage qui correspond à ce que j'avais envie de montrer - évidemment ! - , mais au final ce n'est pas tant pour me moquer que pour montrer qu'on peut faire réfléchir en allant au contact pour informer et interroger les a priori naturelistes.

Les plus pointus remarqueront enfin que même le gars qui a fait le reportage et l'a un peu préparé commet ici quelques erreurs factuelles à l'oral (notamment sur des noms), et il n'y a donc aucune raison de trop se moquer de ceux qui de l'autre côté du micro se plantent sur ceci ou cela ou bafouillent leurs réponses (j'ai d'ailleurs choisi au montage de réduire les cafouillages plutôt que de les mettre en exergue).

Enfin, on remarquera à l'écoute qu'il n'y a qu'un seul abruti qui ne sait pas parler correctement dans le micro malgré les années de radio derrière lui, et qui donc parle trop près de l'objet en faisant résonner les consonnes explosives.

C'est l'auteur du reportage.

En immersion dans les Coquelicots © Yann K.


Yann Kindo

 

 

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