Ce blog, « La Faucille et le Labo », est largement consacré aux rapports entre science et politique.
Or, à l’occasion de ces élections présidentielles, si ce thème n’a pas été au cœur de la campagne – en dehors des perspectives de conquête de Mars par Cheminade et des laïus à la limite encore plus délirants de Mélenchon à propos d’une énergie 100 % renouvelable et d'une agriculture 100% bio en 2050-- , il a quand même fait l’objet de quelques prises de positions, notamment à travers  des questionnaires envoyés aux candidats par des associations spécialisées dans ces thématiques.

Je me suis fondé ici sur deux d’entre eux, que chacun pourra consulter pour voir les réponses des autres candidats non évoqués ici et lire l’intégralité des réponses de Nathalie Arthaud pour  Lutte Ouvrière..

Le premier est le questionnaire réalisé par l’assoc anti-OGM InfOGM . Il concerne évidemment avant tout la question des OGM, mais déborde au-delà :

https://www.infogm.org/-ogm-demandez-le-programme-

Le deuxième est, un peu à l’autre bout du spectre intellectuel autour du rapport entre science et société, proposé par un groupe de chercheurs désireux d’amener les candidats à se positionner sur le sujet

http://science-et-technologie.ens.fr/

 

Ce blog étant rédigé par un sympathisant de Lutte Ouvrière, je voudrais ici présenter et pour tout dire promouvoir  les réponses apportées par Nathalie Arthaud à ces questions, parce que :

 1) Ses réponses sont sans surprise celles dans lesquelles je me reconnais

2) Surtout, elles tranchent franchement avec celles de tous les autres candidats. De tous, et notamment des candidats « les plus à gauche », qui sont aussi ceux dont le discours est le plus nettement ascientifique voire antiscientifique.

En l’absence dans le débat français actuel de représentants du créationnisme, du climato-scepticisme ou de telle ou telle parole divine (même si Fillon est le candidat de la droite catholique), c’est logiquement sur des  questions telles que les OGM (et l’agriculture en général)  ou le nucléaire (et les énergies en général) que l’on voit les différenciations se faire dans le rapport des uns et des autres aux technologies ou au progrès scientifique.

Voici donc un florilège de réponses d’une candidature qui ne confond pas les technologies et le système économique qui les produit, et qui explique que en matière de sécurité le but n’est pas de sortir du nucléaire mais du capitalisme.


Comme les questionnaires-sources, c'est organisé par thème, et ceux qui ne veulent pas tout lire peuvent regarder les titres pour consulter ce qui les intéresse.

Yann Kindo


SANTE PUBLIQUE

« Je ne serai pas élue. Je me présente pour défendre les intérêts du monde du travail, mettre en avant les revendications vitales des travailleurs, celles pour lesquelles il faudra lutter collectivement quelque soit le prochain gouvernement. Ceci dit, je pense que l’état de la recherche et de la santé publique est aussi une conséquence de la guerre sociale que mènent tous les gouvernements depuis plusieurs décennies contre la population. Dans cette guerre, les crédits publics ont été détournés par dizaines de milliards au profit des entreprises et de leurs actionnaires, laissant à la recherche la portion congrue. Un Etat au service des intérêts de la collectivité commencerait par arrêter toutes ces subventions et exonérations de cotisations sociales et investirait dans la recherche publique, rétablirait les crédits amputés ces dernières années, embaucherait des chercheurs, des techniciens, des ouvriers dans des laboratoires. Il en va non seulement de l’emploi nécessaire à des millions de travailleurs au chômage, mais aussi de l’avenir de la société. Les industriels, les capitalistes de la pharmacie n’investissent que lorsqu’ils pensent que des profits sont à la clef. Ils n’en ont que faire de la santé des populations. Pour satisfaire les enjeux à venir en matière de santé publique, il ne faut pas les laisser faire, il faut au contraire organiser rationnellement la recherche en la mettant sous le contrôle de la collectivité. »

[Source : Questions de science  et de technologie]

VACCINATION

« Il y a toujours eu une fraction de la population pour s’élever contre la vaccination au motif qu’elle serait dangereuse ou qu’elle porterait atteinte aux libertés individuelles, ou encore qu’elle s’opposerait à dame nature voire à dieu et à la providence. Ce courant continue d’exister, alimenté par tous ceux qui font l’éloge du « naturel », en oubliant que si l’espérance de vie à la naissance a pratiquement doublé au cours du siècle dernier, c’est en grande partie grâce à la vaccination, du moins dans les pays riches, là où les populations y ont eu accès. Mais si aujourd’hui en France, la défiance envers la vaccination grandit, c’est surtout du fait d’une défiance envers l’industrie pharmaceutique.
À l’heure actuelle, seules les vaccinations contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite sont obligatoires. Jusqu’en 2008, il existait un vaccin dit trivalent qui immunisait contre ces trois maladies, le DTPolio. Depuis il a été suspendu par l’Agence du médicament en raison d’une augmentation du nombre d’allergies qu’il entraînait. Les enfants sont désormais vaccinés avec des vaccins combinés : un vaccin tétravalent qui protège en plus contre la coqueluche, un pentavalent qui ajoute une protection contre des méningites et un hexavalent qui associe l’hépatite B. Depuis 2015, les deux premiers sont en rupture de stock et seul l’hexavalent est disponible… qui est aussi beaucoup plus cher. De quoi occulter la discussion sur l’utilité incontestable de la vaccination, pour la remplacer par celle sur la non moins incontestable soif de profit des laboratoires qui fabriquent les vaccins.

Il en va de même de la discussion sur la dangerosité des adjuvants, des sels d’aluminium entrant dans la fabrication des vaccins pour augmenter la force et la durée de la réponse immunitaire. Utilisés depuis bientôt 100 ans, ces sels d’aluminium se retrouvent dans 50 % des vaccins. Des organismes officiels de santé publique affirment que cet adjuvant ne pose pas de problème de sécurité, surtout si on le met en rapport avec les avantages qu’il procure. Mais le doute s’installe quand des spécialistes mettent en cause ces sels d’aluminium dans la survenue de maladies rares et surtout parce que la confiance dans les organismes de santé a été mise à mal ces derniers temps. De l’hormone de croissance au Médiator en passant par le traitement de la grippe H1N1, ce sont les scandales sanitaires, tous engendrés par la soif de rentabilité, qui ont largement entaché la confiance dans la vaccination.
On en arrive aujourd’hui à ce que certains proposent la suppression de l’obligation de vaccination, pour la remplacer par la responsabilité et la conscience de chacun de la nécessité de se faire vacciner. Voilà qui pourrait mettre en péril les progrès apportés par la vaccination qui, par définition, ne peut être efficace que si elle est générale et collective, parce que l’immunisation envers les bactéries n’est efficace que si elle concerne l’ensemble du groupe humain. »

 [Source : Questions de science  et de technologie]

BIODIVERSITE

« Il en va du climat et de l’environnement comme du chômage : les objectifs de développement durable sont irréalisables dans le cadre du capitalisme. Tout simplement parce que ce sont les capitalistes qui sont les véritables maîtres de l’économie et qu’ils ne connaissent que le marché et le profit. Ce sont leurs décisions d’investissement qui structurent l’organisation de la production, de l’énergie, des transports, du BTP.
Tant que l’on accepte cette mainmise sur l’économie, on peut discourir sur la sauvegarde de la mer ou sur les énergies renouvelables, mais on parle pour ne rien dire. Les États se sont engagés à réduire les émissions de carbone mais, refusant d’imposer des mesures contraignantes aux industriels, ils se sont contentés de mettre en place un marché des droits à polluer que peuvent s’échanger les capitalistes. Pour que les capitalistes acceptent de se préoccuper de l’écologie, il faut que cela leur rapporte !

L’écologie fait maintenant partie de la stratégie publicitaire de tous les groupes capitalistes : c’est à qui sera le plus « vert », le plus soucieux de développement durable. Certains fabricants en ont fait un argument de vente face à leurs concurrents. Pour d’autres, l’écologie a été l’occasion de trouver de nouveaux marchés, dans la construction de panneaux solaires ou d’éoliennes. Mais la révélation des fraudes au diesel organisées par Volkswagen et tous les autres constructeurs automobiles montre les moyens que les capitalistes sont capables de mettre en œuvre quand une réglementation fait obstacle à leurs profits. »

 [Source : Questions de science  et de technologie]

OGM

« Dans cette société inégalitaire, les plantes transgéniques peuvent être autant un bienfait qu’un malheur, selon à qui et comment elles servent !! Par exemple, celles qui permettent de supprimer les traitements insecticides - les plantes incorporant un gène du bacille de Thuringe bien connu des agriculteurs bio qui s’en servent pour lutter contre les chenilles - sont bien utiles ! Ce qui n’est pas le cas des plantes transgéniques qui permettent de répandre sans limite des herbicides, car elles sont devenues résistantes à l’herbicide grâce à un gène incorporé !
Je défends l’idée que la population travailleuse des villes comme des campagnes puisse contrôler les travaux des firmes semencières qui fabriquent ces plantes transgéniques. Certains scientifiques ont pris à cœur ce rôle et essaient de faire comprendre les possibilités immenses comme les enjeux de ces recherches. Mais pour aller plus loin, il faudrait aussi que la confiance s’établisse entre les fournisseurs, les chercheurs, les producteurs et les consommateurs... ce qui est une impossibilité dans une société capitaliste fondée sur la recherche du profit maximum et immédiat et où règne le secret des affaires ... mais qu’une société dirigée par le monde du travail, sous le contrôle permanent de la population pourrait organiser !»

 [Source : Questionnaire InfOGM]

SUR LES DITS « NOUVEAUX OGM » [vocabulaire des « anti »]

« Je suis pour un contrôle de tous les OGM, car - je le répète souvent au cours de ces réponses - je ne fais, au-delà des scientifiques qui expérimentent, aucune confiance à la logique de ce système capitaliste, de ceux qui appliquent les découvertes et dont le but premier n’est pas le bien commun. Le contrôle a ses limites puisque même dans la mise au point de moteurs moins polluants on a fini par apprendre -pour une fois !- que les constructeurs automobiles ont réussi à utiliser impunément, et ceci pendant des années, des logiciels informatiques pour contourner la loi et tromper le monde afin d’augmenter les « marges » déjà colossales de leurs actionnaires !
Comme on le voit, le contrôle de l’État est parfois illusoire et limité car l’Etat n’est pas au-dessus de cette logique économique dite de « libre concurrence », il en est l’émanation et au bout du compte il défend « ses » entreprises capitalistes contre les concurrentes étrangères.

Les techniques nouvelles de « génie génétique » ouvertes par l’utilisation « d’outils chirurgicaux » moléculaires comme Crispr/Cas9 et autres sont puissantes et pleines de promesses pour la recherche pure en biologie mais aussi en médecine, et, espère-t-on, notamment comme moyens de réparation très efficaces et précis de gènes déficients porteurs de maladies graves et actuellement irréparables (comme il y a 30 ans la PCR qui a permis par exemple, par analyse rapide de l’ADN, d’affiner considérablement la phylogenèse du monde vivant et le recensement des espèces vivantes sur terre et dans les milieux aquatiques).

Certains scientifiques eux-mêmes expriment cependant des craintes sur leur utilisation en dehors de labos contrôlés et en marge de la recherche, tant leur mise en route semble abordable à peu de frais. Les alertes et informations transmises par la communauté scientifique elle-même sont une certaine garantie en la matière, très précieuses pour être relayées un jour par des lois nouvelles… Mais il suffit de voir les obstacles qu’a dû vaincre le docteur Frachon concernant les méfaits délétères du Médiator pour se rendre compte que, même avec des lois, c’est le combat de David contre Goliath... dans le système capitaliste avide de profits à tout prix. Et encore, une fois le scandale dévoilé, ces puissances d’argent font-elles tout pour que les indemnisations des victimes se fassent au compte-goutte !
Mais il faudra qu’un jour - et le plus tôt sera le mieux, même si cela semble illusoire dans la société actuelle, élitiste et individualiste - que les questions scientifiques et techniques soient une préoccupation d’une partie de plus en plus large de la population, éduquée dès l’école pour cela, au-delà même du droit qui devrait dès maintenant être élémentaire pour un citoyen quelconque d’alerter d’un danger ou d’une malversation.

Oui, il faut que la population impose le droit de tout contrôler, le droit de tout dire ce que certains ont intérêt à cacher. Que la population soit en mesure d’avoir, en collaboration éclairante avec des scientifiques bons vulgarisateurs, un avis sur beaucoup de ces questions. Les moyens, internet et la télévision, existent pour les diffuser… et en discuter ! Ce sera ensuite l’apanage d’une société libérée de tous les sortilèges de cette économie démente que de décider de son chemin, les yeux grands ouverts. »

 [Source : Questionnaire InfOGM]

 

SUR L’ORGANISATION DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

« Je ne pose pas la question de l’avenir du monde en termes de pays isolés et rivaux et donc pas la recherche en termes « d’indépendance française » : l’avenir est à mon sens dans une coopération mondiale des peuples, des ressources et de la recherche, afin de mettre en commun les connaissances qu’aucun peuple ne peut avoir à lui seul. Les domaines les plus féconds, en biologie par exemple, ont été irrigués dès les XVIIIe et XIXe siècles par exemple par des découvertes venant d’Italie, de Hollande, d’Angleterre, d’Espagne, d’Allemagne, de Belgique ou de France. Les échanges mondiaux décidés par les peuples eux-mêmes amplifieront les bienfaits de la coopération (qui existe déjà en partie aujourd’hui), au-delà de la course stérile au « premier qui publie » une découverte sous l’alternative dérisoire « publish or perish » (« publier ou périr ») qui donne la mesure du gâchis de cette concurrence dans la recherche.
Je suis pour l’élargissement de la recherche à tous les domaines possibles, y compris donc à celui des « modifications génétiques » (dans les limites évidemment du respect de la personne humaine -hormis tout critère religieux- et en restreignant au possible l’expérimentation animale). C’est le propre de l’espèce humaine de chercher, d’innover, depuis la nuit des temps… et d’en découvrir après coup d’éventuelles conséquences inattendues et inespérées.
Il est du rôle et du devoir des scientifiques d’expérimenter pour mettre à la disposition de tous des éléments d’appréciation sur la dangerosité ou le bienfait de telle ou telle modification sur le vivant ou de telle ou telle substance.
Dans tous les domaines de la recherche on aboutit parfois à des applications, des outils technologiques. Le problème de ces outils ne réside généralement pas en eux-mêmes (un couteau peut couper quelque chose ou aboutir... à se couper !) mais dans la question de savoir qui « a la main » sur ces outils et dans quel but ils sont utilisés. Non pas que les outils scientifiques et leurs retombées technologiques soient par définition eux-mêmes sans danger (on connaît en effet a contrario, des effets néfastes de l’utilisation, de produits « naturels » comme le pétrole ou le charbon !), mais dans le fait qu’utilisés -sans contrôle réel, profond et informé de la population - par des sociétés capitalistes (telles, dans le domaine agro-génétique, Monsanto bientôt rachetée par Bayer qui ont pour but essentiel de faire à tout prix des profits, ces outils (comme tel ou tel médicament, telle prothèse mammaire), peuvent parfois être, en eux-mêmes, un bienfait... ou un danger voire une catastrophe.

Dans le système capitaliste basé le profit, toute technologie, toute production - ou presque - peut déboucher sur une catastrophe, et pas seulement dans les pays pauvres : le pétrole transporté par l’Amoco Cadiz, ou utilisé par l’industrie à Bhopal ou par AZF, les camions formant de dangereux « trains routiers pollueurs » plutôt que d’être transportés par le rail, la fabrication de textiles dans des usines au Bangladesh et ailleurs, telles centrales nucléaires sous-équipées et à la portée d’un tsunami voire d’un tremblement de terre (sans parler des déchets nucléaires), la fabrication de prothèses mammaires en réponse au cancer du sein en France ou de tel médicament, la culture de vergers à grande échelle dont les insecticides en Amérique centrale ou du Sud ravagent la santé des enfants voisins, la surproduction ou la sous-production de denrées alimentaires ou de matières premières appauvrissant brutalement des régions entières sous l’action de spéculateurs fonctionnant à la virgule près, le regard fixé sur l’écran de leur ordinateur donnant le cours instantané par internet de ces produits !....
Toutes les innovations au cours de l’histoire humaine ont suscité des réactions… réactionnaires sur les « dangers du progrès » avec la tentative de faire tourner la roue de l’histoire en arrière.
Mais les dangers peuvent être cependant bien réels. Encore faut-il viser la bonne cible : est-ce « le progrès ? », est-ce l’utilisation de ces découvertes par l’Homme ?… ou plus précisément leur utilisation par des hommes qui détiennent, au mépris de l’immense majorité de la population, tous les moyens de production et ne font produire que dans le but de faire du profit ? Ce n’est pas pareil ! Contrôler l’utilisation des découvertes, les instruments technologiques et scientifiques implique de contrôler l’organisation sociale, suppose une société qui ne serait pas sous l’emprise et le contrôle quasi exclusifs, comme aujourd’hui, des seuls gros trusts et de leur actionnaires, soutenus par une nuée de politiques, journalistes, « spécialistes » à leur service ! Cela est vrai dans le domaine de la génétique comme dans les autres…
En ce qui concerne les contrats, je suis pour que la recherche scientifique soit organisée en fonction des besoins, et non en fonction du profit. Cela implique une recherche publique sous le contrôle de la collectivité scientifique et de la population informée, cela implique le même contrôle sur la recherche privée, cela implique que l’argent public soit utilisé pour la collectivité. Celui-ci n’est pas illimité, dites-vous, pour le secteur de la recherche ? Mais il l’est pourtant dans le domaine de « l’aide aux entreprises » (en tout cas d’aide... à leurs profits) sans aucun avantage sérieux pour l’emploi, pourtant infiniment prioritaire. Combien de secteurs de recherche auraient pu être ouverts (de chercheurs, techniciens, employés, ouvriers de maintenance, agents d’entretien, etc.) avec les 40 milliards donnés à ce titre dans le seul dernier quinquennat ?

Les restrictions budgétaires de la recherche dénoncées par exemple par « Sauvons la recherche » amènent nombre de chercheurs à… chercher des ressources auprès de « mécènes privés » qui ne financent souvent des petites entreprises de type « start-up » de biologie et génétique -pionnières, explorant un nouveau domaine - que le temps de voir si un nouveau marché est rentable… et de les avaler à la première occasion. Et parfois les contrats public-privé ne sont qu’une fausse réponse face aux besoins insatisfaits de la recherche publique, et ne sont parfois que l’occasion d’orienter le secteur public vers des explorations scientifiques en fonction de pistes intéressantes… pour le privé. »

 [Source : Questionnaire InfOGM]

LES BREVETS SUR LE VIVANT ET « L’AUTONOMIE PAYSANNE »

« Les brevets sur le vivant sont un scandale mais ils ne sont que le reflet de notre société basée sur le profit et l’accaparement des richesses produites dans ces entreprises. La firme semencière par exemple qui a déposé son brevet s’arroge le droit de s’enrichir du travail des chercheurs et tous les travailleurs qui y ont contribué y compris les paysans qui ont fait les essais au champ ! Il parait qu’il leur faut cet appât pour qu’ils continuent à investir dans ce secteur ? C’est la force de la propriété privée et des actionnaires propriétaires qui permet cet état de choses. Mais que seraient-ils sans ces travailleurs ? Eux, à l’origine de ces innovations, le font parce que c’est leur travail mais avec l’idée que cela peut faire avancer la société. Celles-ci sont-elles de réelles innovations ou un piège ou même un inconvénient ? Cela devrait être débattu au sein de ces entreprises ainsi que publiquement, devant de toute la population informée et la décision devrait être prise collectivement, les investisseurs ne devant pas avoir plus de droit que tout autre citoyen !

Dans la société actuelle, l’autonomie paysanne n’a pas de sens. Il serait dommage de refuser ce qu’il y a de positif dans l’innovation agricole d’aujourd’hui, de ne pas profiter par exemple d’une nouvelle variété OGM alliant robustesse d’une espèce sauvage et prolificité d’une espèce domestiquée depuis longtemps. La réponse à ce dilemme entre l’autonomie paysanne et l’industrie est dans le contrôle des firmes capitalistes et la fin du système des brevets qui renchérissent le prix des innovations.

La menace sur la diversité cultivée ne peut être levée par un repliement des producteurs agricoles sur le local. Personne n’y a intérêt ! Et qui le désire ? De plus, c’est sans doute impossible tant la division du travail aujourd’hui se fait à l’échelle mondiale. La diversité cultivée est sans aucun doute un réservoir à conserver. C’est là où on pourra trouver des solutions à des problèmes qui surgiront dans l’avenir ! Pour la préserver, il faut y mettre les forces de toute la société et par exemple de la puissance publique qui pourrait l’assurer. On peut avoir une idée de ce qui serait possible aujourd’hui en analysant le travail immense réalisé par le chercheur soviétique Nikolaï Vavilov au début du 20° siècle soutenu dès le début par le régime bolchevick et Lénine en particulier (malgré les pénuries et la guerre civile) qui lui a donné tous les moyens nécessaires pour recenser les variétés cultivées sans les dissocier des méthodes des paysans, aux quatre coins du monde. Il explora 64 pays, créa un immense conservatoire de graines et d’arbres fruitiers qui existe encore aujourd’hui même s’il est menacé ; son but : mettre fin à la famine dans le monde en utiliser les richesses qui existent isolément dans le monde. »

 [Source : Questionnaire InfOGM]

SUR LES SEMENCES PAYSANNES

« Une agriculture basée sur les semences paysannes (produites pour le paysan lui même à partir de sa production) ne peut l’être que dans le cadre d’une agriculture familiale, ou sur des exploitations de petite taille. Je n’ai rien contre ces petits paysans - je salue leur courage - mais je vois mal comment ce mouvement peut se généraliser. Les grandes exploitations elles, préféreront toujours acheter leurs semences à des grandes firmes qui leur garantissent qualité et quantité. Dans les petites exploitations forcément plus artisanales, ce système de production nécessiterait davantage de travail manuel. Cela impliquerait que de nombreux salariés acceptent de travailler dans ces conditions ! Est-ce comme cela que les gens de la campagne veulent vivre ? Peut être ? Mais il faudrait alors garantir un niveau de vie satisfaisant.

Je pense que les firmes semencières ont réalisé des progrès techniques ! Ceux-ci devraient profiter aux producteurs des campagnes et à toute la société. Certaines de leurs recherches peuvent être contestées certes mais bien d’autres ont simplifié la vie paysanne ... pour ne prendre que l’exemple des betteraves monogermes qu’il n’est plus nécessaire de démarier une à une alors qu’avant une graine donnait plusieurs germes ! Certes, on peut contester chez les semenciers une production trop homogène, d’avoir un catalogue moins riche et moins adaptée aux réalités locales comme peuvent le faire les semences de pays (parce qu’il est plus facile pour un semencier de produire peu de variétés - du moins pas trop nombreuses - que de maintenir un nombre considérable de variétés). Mais l’industrialisation de leur production permet aussi de mettre de nouvelles semences à la portée d’un plus grand nombre de paysans. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain ! Ces progrès pourraient être à la disposition des paysans et de toute la population ! Pour cela, il faudrait que les producteurs des campagnes et les consommateurs des villes contrôlent les semenciers pour qu’ils produisent selon les besoins et en fonction de l’intérêt général.
Organisés, ces producteurs et ces consommateurs peuvent représenter une force face à ces quelques firmes toutes puissantes, véritables trusts impérialistes. Sur le plan de la qualité de l’environnement, ils pourraient exiger de promouvoir le maintien d’une biodiversité importante. Ce serait un pas vers un meilleur état sanitaire des plantes et des animaux domestiques et sans doute aussi de la santé des populations vivant à la campagne.

Voilà le sens vers lequel je milite. En tous cas, je fais confiance dans la capacité des travailleurs de ce secteur économique pour contrôler ces firmes et pour que les recherches se fassent sur des sujets intéressants l’ensemble de la société. »

 [Source : Questionnaire InfOGM]

LES ENERGIES RENOUVELABLES

« La loi sur la transition énergétique du gouvernement de Hollande a surtout permis d’ores et déjà à quelques entreprises et au BTP de récupérer des centaines de millions de subventions.
La réduction de la part du nucléaire de 75 % à 50 % de la production d’électricité n’apportera pas une plus grande sécurité. Les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima ont eu lieu à cause du dérèglement d’une seule centrale. Maintenir 50 % de l’électricité d’origine nucléaire peut en partie réduire les risques, certainement pas les supprimer.
Mais cette décision en entraînerait une autre : pour le moment, les deux seuls pays qui ont décidé de supprimer ou réduire le nucléaire, le Japon et l’Allemagne, ont compensé cette réduction par une augmentation de la production des centrales thermiques, au charbon et lignite en Allemagne, au gaz naturel et au fioul au Japon, avec dans les deux cas un rejet plus important de gaz carbonique. Et cela même en Allemagne où il y a beaucoup d’éoliennes. C’est que personne n’a encore trouvé le moyen de faire fonctionner les éoliennes quand il n’y a pas de vent, ni les panneaux solaires le soir ou la nuit. Il faut donc des centrales thermiques pour relayer les énergies intermittentes, et ce n’est pas différent en France.

Les éoliennes et le solaire fonctionnent pour l’instant à grands coups de subventions. L’écologie est à la mode. Mais les hommes politiques qui font des « lois de transition énergétique » s’en servent pour se faire de la publicité mais ne raisonnent pas plus à long terme que les capitalistes, les vrais maîtres de l’économie. Dans le cadre de ce système, il n’y a pas de bonne solution. »

[Source : Questions de science  et de technologie]

SUR LA RECHERCHE DANS LE NUCLEAIRE DE 4e GENERATION

« Je pense d’une manière générale que la recherche scientifique et technologique est nécessaire, et cela dans tous les domaines. Le vrai problème est l’utilisation que l’on fait des résultats de la recherche. C’est une question de société, une question politique, et non une question scientifique. Tout dépend alors des intérêts qui dominent les décisions : les intérêts d’une poignée d’actionnaires qui ne pensent que par leurs profits, ou les intérêts de la collectivité… »

[Source : Questions de science  et de technologie]

SUR L’ENSEIGNEMENT DE L’INFORMATIQUE A L’ECOLE

« La question de fond qui se pose dans l’éducation nationale n’est pas la révision des programmes. Bien sûr qu’ils doivent évoluer en même temps que progressent les techniques et les connaissances. La question de fond est d’accorder les moyens indispensables pour donner à chaque élève, quelle que soit son origine sociale, les moyens d’acquérir les savoirs et les savoir-faire indispensables.

L’Éducation nationale devrait être vraiment une priorité, et ce à plus d’un titre. L’urgence est déjà de réparer les dégâts causés par la baisse importante des moyens alloués ces dix dernières années, qui frappent en premier les enfants des quartiers populaires, eux qui n’ont souvent que l’école pour leur permettre d’acquérir des connaissances et qui ont souvent besoin d’être épaulés dans leurs études. Et, pour qu’il y ait égalité des chances, il faudrait commencer par augmenter le nombre d’enseignants ainsi que les moyens alloués aux établissements scolaires des cités ou quartiers réputés difficiles, pour que l’école devienne un pôle d’attraction pour tous les jeunes. Des moyens en matériel et en enseignants, pour toutes les matières »

[Source : Questions de science  et de technologie]

SUR L’INFORMATISATION DU MONDE

« L’informatisation du monde ouvre surtout des perspectives gigantesques à l’humanité en termes de satisfaction de ses besoins, en santé, en biens de consommation, en accès à la culture et à l’information. Les techniques modernes ouvrent des perspectives illimitées dès aujourd’hui. Mais il y a un sérieux obstacle à ce qu’elles servent l’humanité : la loi du profit. Dans bien des industries, c’est toujours le moyen-âge. Le patronat impose toujours une surexploitation féroce et des salaires les plus bas possibles. Même quand il investit dans des moyens de production hightech, c’est pour mieux licencier et pressurer encore plus ceux qui restent à la production. Et puis, le problème des techniques modernes se résume à ceux qui les contrôlent. Il est notable de savoir que les satellites surveillant la production agricole mondiale sont avant tout connectés sur les marchés boursiers alors qu’ils pourraient servir à répartir les productions sur la planète »

 [Source : Questions de science  et de technologie]

SUR LES UNIVERSITES

« La compétitivité devrait être un mot étranger à l’université. L’autonomie financière des universités vis-à-vis de l’État implique une dépendance accrue de ces mêmes universités vis-à-vis des financements privés. Est-ce mieux ? Non. Par ailleurs, cette autonomie financière n’a rien à voir avec une liberté supplémentaire en matière de recherche et d’enseignement. L’État peut très bien continuer à imposer des règles strictes en termes d’enseignement et de recherche.

L’autonomie en soi ne veut rien dire. Aux Etats-Unis certaines universités sont largement autonomes de l’État mais elles ont des budgets incomparablement plus importants que n’importe quelle université française. Chacune des plus grosses universités américaines peut avoir un budget du même ordre que celui de tout le CNRS, par exemple. Alors, en France, l’autonomie des universités cache d’abord un désengagement de l’État de ce qu’on pourrait appeler le service public de l’enseignement supérieur.

Les scientifiques devraient évidemment avoir la totale liberté de penser et la liberté de pousser leurs recherches dans la direction qui leur semble fructueuse dans la limite des possibilités de la société. Car ils ne peuvent pas être déconnectés de la société et de ses besoins. La recherche doit aussi bien sûr rendre compte de ce qu’elle fait : diffuser ses savoirs, ses travaux, ses questionnements, vulgariser auprès du plus grand nombre possible.
Enfin, une société humaine digne de ce nom devrait chercher à abolir la coupure qui existe aujourd’hui entre l’ensemble de la population et une intelligentsia spécialisée. L’éducation devrait viser à ce que tout le monde participe à l’innovation scientifique, technique ou artistique. »

 [Source : Questions de science  et de technologie]

SUR L’EFFORT DE FINANCEMENT DE LA RECHERCHE

« Cette manière de chiffrer la partie de la richesse produite qui va prétendument à la recherche et au développement cache en réalité bien des choses qui ont peu à voir avec la science et en tout cas avec l’intérêt de l’humanité. Des instituts financiers font passer leurs activités spéculatives pour de la recherche et ont obtenu de l’État du crédit d’impôt à ce titre. On pourrait aussi évoquer toutes les sommes qui servent à la recherche pour l’industrie d’armement. Je ne vois pas en quoi augmenter les investissements dits de R&D dans ces deux secteurs, par exemple, serait quelque chose de positif. Et sur le fond, cette manière de comptabiliser l’effort en direction de la recherche se place bien plus du point de vue du progrès des profits que du point de vue du progrès scientifique et du progrès de la société.

Je suis pour la transparence totale des comptes des entreprises privées et de l’État. Cela permettrait à tout un chacun de voir où vont les capitaux, y compris ces 2% prétendument pour la R&D. Et puis, l’argent public ne doit pas être utilisé comme subvention aux entreprises privées. Donc l’argent public destiné à la recherche doit aller à la recherche publique. Il faut même prendre sur les profits privés pour subventionner cette recherche publique dont l’industrie privée profite considérablement, et qui se trouve avoir de plus en plus de difficultés comme les mobilisations de chercheurs l’ont montré à plusieurs reprises ces dernières années. Car dans les faits, les moyens de cette recherche publique ont, dans bien des laboratoires, reculés »

 [Source : Questions de science  et de technologie]

SUR LE CREDIT IMPOT RECHECHERCHE

« Plutôt que de financer la recherche publique et les universités, l’État préfère consacrer des milliards au CIR (Crédit Impôt Recherche), dont 80 % va aux grandes firmes multinationales. L’ensemble du CIR, 6 milliards d’euros, représente plus de deux fois ce que l’État alloue annuellement à tout le CNRS. L’industrie pharmaceutique s’est octroyée deux milliards de CIR entre 2008 et 2012 tout en détruisant 2 400 emplois de recherche et développement. Renault, qui touche 140 millions d’euros de CIR par an, avait créé des filiales fantômes, tout en réduisant ses investissements et ses effectifs en recherche et développement. 140 millions d’euros, c’est ce qui est nécessaire pour faire fonctionner une université de 20 000 étudiants.
Alors il faut arrêter ces subventions de toute forme aux entreprises privées. Il faut que l’Etat se serve de ces sommes pour embaucher lui-même, directement, dans tous les services publics où les besoins sont criants. »

 [Source : Questions de science  et de technologie]

SUR LE PRINCIPE DE PRECAUTION

« Je pense que le principe de précaution n’est pas suffisamment appliqué et que les entreprises privées ont trop de liberté. Elles peuvent mettre sur le marché leur production sans véritable contrôle. Il suffit pour cela de se remémorer le scandale du Médiator, celui de l’amiante, celui des prothèses PIP… Il faut un véritable contrôle de ce que font les entreprises, non seulement par leurs travailleurs mais aussi par les consommateurs. Un tel contrôle n’est possible qu’avec la suppression du secret industriel, commercial et bancaire. »

 [Source : Questions de science  et de technologie]

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.