Cette semaine, dans Le Point – que l'on peut sans doute consulter en bibliothèque sans avoir à financer ce journal de droite -, il y a un truc bien.

Non, non, c'est pas du second degré, ce n'est pas une référence ironique à un dossier à la con sur les supposés  « assistés » ou une autre saloperie du même genre :

 

 

Non, là, pour une fois, il y a quelque chose de vraiment intéressant qui vaut réellement la peine d'être lu : une interview du sociologue Gérald Bronner qui présente son prochain livre, un ouvrage a priori très alléchant [tout comme dans un autre registre ses bouquins sur les super-héros, que j'ai sur mon étagère depuis un moment sans malheureusement avoir le temps de les lire]

 J'avais déjà parlé de Gérald Bronner à l'occasion du livre qu'il avait co-écrit à propos des dangers du principe de précaution :

 http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/240111/contre-le-principe-de-precaution

  

Son nouveau bouquin s'appelle La planète des hommes , et j'y reviendrai plus en détail si j'ai le temps dans les prochaines semaines. Voici déjà la présentation sur le site de l'éditeur :

 http://www.puf.com/Autres_Collections:La_plan%C3%A8te_des_hommes._R%C3%A9enchanter_le_risque

 

Son sous-titre est « Réenchanter le risque », et c'est une critique des idéologies précautionnistes, mais aussi de la décroissance ou de l'anthropophobie, cette mode natureliste consistant à systématiquement dénigrer l'humanité et sa place sur la planète (d'où le très chouette titre du livre)

 

Donc, dans l'interview, forcément, Gérald [c'est un copain, je vais pas faire semblant] s'en prend à Pierre Rabhi, et il a le bon goût de le faire en s'appuyant très précisément sur l'enquête qu'on avait faite avec l'AFIS 07 à la ferme expérimentale du triste sire :

 http://afis-ardeche.blogspot.fr/2012/09/humanisme-notre-visite-chez-des.html#more

 

Le Point a eu la bonne idée de demander à Pierre Rabhi de donner son avis sur le livre en question. C'est vraiment une bonne idée, d'abord parce que c'est bien de donner la parole de manière un peu pluraliste – ce qui est très rarement le cas quand Rabhi s'exprime très longuement dans tous les médias, où il n'y a en gros jamais personne d'invité en contrepoint pour le contredire -, mais surtout parce que dans son démenti énervé, Rabhi ne fait que confirmer jusqu'à la caricature ce que Gérald dit de lui, et même il me donne l'occasion d'en rajouter ici encore une couche !

 

D'abord, si vous doutez de ce que dit Bronner à propos d'une anthropophobie mystique dont Rabhi serait un parfait exemple, savourez ce grand moment d'anti-humanisme que Rabhi nous sert en conclusion de son discours au Point :

 « Les religions monothéistes ont fait de l'humain la cerise sur le gâteau, alors qu'en fait nous sommes des gens violents, destructeurs, tueurs [heu, parle pour toi, Pierrot, si tu veux, mais n'embarque pas l'ensemble de l'humanité dans ton sale bateau]. Le planète est un champ de bataille, d'égorgements. Et je me demande si la planète ne regrette pas de nous avoir enfantés ».

 

Remplacez « la planète » [que Rabhi dote ici d'une conscience façon Pacha Mama] par Dieu, et vous avez tout le discours pénitentiel sur lequel l'Eglise catholique prospère depuis deux millénaires. Et comme l'Eglise catholique, et même plus encore qu'elle, Rabhi envisage l'humanité en bloc, sans distinction notamment entre des classes sociales

 [J'avais déjà longuement abordé cet aspect de la pensée Rabhi  dans ce billet : http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/120714/contre-pierre-rabhi-et-qualthusser-repose-en-paix ]

 

Le pire, c'est qu'avec sa sortie contre les religions monothéistes, encore  trop humanistes  à son goût, Rabhi arriverait à nous les faire passer pour presque sympathiques, comparées à lui.

 

Mais le fin du fin se situe quelques lignes plus tôt dans son texte, lorsqu'il n'hésite pas à déclarer que :

"En Afrique, dans les villages pauvres, les gens sont gais, ils n'arrêtent pas de chanter, pourtant ils sont réduits au minimum. Donc la joie et le bonheur ne dépendent pas de la richesse ou de la non-richesse."


Oui, tout à fait.

Et les esclaves africains dans les champs de coton d'Amérique chantaient aussi beaucoup, c'est connu, ce qui montre bien que la joie et le bonheur ne dépendent pas de la liberté et de la non liberté. Les esclavagistes étaient bien d'accord avec ça.

Une fois de plus, si l'on veut bien ouvrir les yeux, on constate que, sous ses airs de gentil benêt, ce type diffuse en fait une idéologie vraiment détestable.

Beaucoup de patrons seraient ainsi ravis d'expliquer à leurs employés que leur bonheur ne dépend pas de leur richesse ou non richesse, et que si ils voulaient bien chanter un peu au boulot, ils n'en seraient que plus heureux. Et d'ailleurs, comme le dit le titre du point de vue de Rabhi dans le magazine, :

« Ce qui nous aliène, c'est le superflu ».

 Et bien, Rabhi va être content :  la bourgeoisie travaille tous les jours à désaliéner les travailleurs en les libérant de tout ce superflu.
Jusqu'à ce qu'ils soient vraiment complètement dans la misère, pour qu'ils puissent enfin chanter  leur joie d'être désaliénés de toutes ces richesses oppressantes. Pour finir comme tous ces gens si  heureux dans les villages africains que décrit un Pierre Rabhi dont la vision de ce continent semble toute droit sortie de la lecture de Tintin au Congo.

 

Beurk.

 

Yann Kindo

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