Motocultor 2017 : Giedré superstar !

Il est désormais archi convenu de présenter le Motocultor comme  le « petit frère du Hellfest », étant donné que c’est aussi, mais en plus petit, un festival de métal qui a aussi lieu en Bretagne, ce qui fait quand même un max de points communs vous en conviendrez.

Pour ceux qui comme moi ont le bonheur de travailler dans l’Education Nationale, le Motocultor a même un très gros avantages sur le Hellfest : il a lieu en plein pendant les vacances d’été, et pas en plein pendant le Bac, ce qui est quand même vachement plus pratique. Et ce qui explique aussi sans doute la moyenne d’âge sensiblement plus basse qu’au Hellfest ( à vue de nez).

Et donc, puisque c’est un festoch de djeuns, on y est allés entre djeuns ardéchois, pour voir (on a quand même prudemment dormi chez l’habitant plutôt qu’au camping du festival, parce que là y’a pas marqué « ado fêtard » non plus, faut pas déconner)

Alors certes la programmation n’est pas celle du Hellfest, et il faut bien dire que la plupart des groupes des après-midi n’étaient vraiment pas terribles et que j’ai passé pas mal de temps à plutôt bouquiner dans l’herbe et à regarder/photographier les gens, ce qui est bien agréable aussi.

 

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Mais n’empêche que, en gros à partir de 17h00, on a vu plein de bonnes choses pendant ces trois jours, et que les têtes d’affiches étaient souvent de grande qualité. Avec le regret quand même de ne pas pu avoir assister au concert terminal de Possessed –les fondateurs du death-metal, dont le line-up original incluait le guitariste de Primus -, parce qu’il fallait aller se coucher tôt à cause de la longue route du lendemain pour rentrer en Ardèche (en vrai, on n’est plus aussi djeuns qu’on veut bien le faire croire, hein…)

Alors certes, l’organisation n’est pas autant au top que celle du Hellfest, notamment parce que l’absence de points d’eau sur  le site se faisait cruellement ressentir et parce que la bouffe proposée était plutôt pas bonne et pas bon marché (ça manquait cruellement de food trucks pour varier les plats, et notamment proposer une offre végétarienne/vegan digne de ce nom). Mais n’empêche que l’armée de bénévoles était aussi conséquente qu’efficace – merci à eux !!! ,et  qu’on ne faisait quasiment jamais la queue nulle part. Et l’orga a semble-t-il essayé de tenir compte des critiques en cours de route, avec une baisse du prix de la bouffe et l’offre d’eau gratuite au bar le dernier jour.

Un gros bon point : le souci des normes d'hygiène au stand bouffe Un gros bon point : le souci des normes d'hygiène au stand bouffe

Autre problème majeur du festival, mais ça l’organisation n’y peut rien : ça pue en permanence la marijuana dans les concerts, on se serait crus à un putain de festival de reggae, man. Déjà qu’en salle certains ont du mal à respecter les interdictions et surtout les autres gens et fument parfois une de leurs deux saloperies (le tabac ou l’herbe), mais alors en plein air ou sous tente, y a plus de restriction, et ça pue de partout. Il y  avait tellement du fumeurs de marijuana qu’à un moment donné j’en suis venu à souhaiter que l’Etat interdise la consommation de cette substance pour qu’on en soit débarrassé.. [pardon, vous dîtes ?....]

En ce qui concerne les groupes, et c’est vraiment ça la vérité vraie et je le dis  pas juste pour faire chier Mélenchon, c’est la délégation allemande qui m’a offert les meilleurs moments du week-end avec le show de Kreator, toujours réglé au millimètre et hyper puissant, mais aussi celui de Uli Jon Roth, l’ancien guitariste de Scorpions, que je voyais pour la première fois. On peut lui reprocher d’être vis-à-vis de son groupe actuel dans une logique très « petit cheval blanc » (tous derrière et lui devant, quoi), mais quel guitariste !!! Et, en dehors de deux reprises de Hendrix à la fin, il n’a rien joué de sa (médiocre) carrière solo, mais se repose (à raison, donc) sur ses lauriers du Scorpions de l’époque « Tokyo Tapes » (à savoir les années 1970, je dis ça pour les jeunes qui n’y connaissent rien et qui feraient mieux d’écouter les Grands Anciens). Quel plaisir de mon point de vue que d’entendre pour la première fois en live ce répertoire que j’écoute chez moi depuis 35 ans (Oups ! ça sonne plus « Ancien » que « Grand, pour le coup)

Kreator Kreator

Uli Roth Uli Roth

Les têtes d’affiches attendues ont pour la plupart très bien tenu leur rang, comme par exemple Opeth, Blues Pills, Primordial  ou bien encore Obituary – qui joue au moins  une division au-dessus de tous les autres groupes de death-metal du festival. Avec une mention spéciale pour Candlemass et son chanteur Matt Levens, l’homme dont le registre vocal réunit ceux de RJ Dio et de Rob Halford, pour vous donner une idée.

Candlemass Candlemass

Parmi les déceptions (plus ou moins attendues), je citerais Bloodbath et Paradise Lost, deux groupes qui partagent le même chanteur, je me demande s’il n’y pas comme une cause commune, du coup (surtout quand on voit comment il doit en live être soutenu par pas mal d’effets sur sa voix, notamment pour les growls)

Parmi mes découvertes, il faut évidemment évoquer le show très attendu d’Igorrr, un truc français bien barré à la Mike Patton (en plus électro), avec sur scène un DJ, un batteur, un chanteur et une chanteuse. C’était vraiment excellent, mais j’aimerais revoir ça avec plus de vrais instruments en live (au moins une basse et une guitare, par exemple).

Igorrr Igorrr

Je connaissais le stoner instrumental  de Glowsun, et j’ai pas été déçu, ça sonne vraiment très bien sur scène aussi. Dans un registre similaire, j’ai été moins emballé par Monkey 3 dont j’espérais beaucoup, mais je ne peux pas dire où était le (petit) problème (sans doute un coup de fatigue de mon côté, plutôt).

Côté black métal, j’ai été très content de la prestation live des lovecraftiens de The Great Old Ones, que je connaissais sur disque, et j’ai complètement découvert les américains de Uada, dont le black épique est très accrocheur quoique un peu monochrome.

The Great Old Ones The Great Old Ones

Uada Uada

Le rayon fok-métal a été une fois de plus une déception, et ce n’est pas ce que j’ai vu là qui m’a consolé de l’annulation du Ragnard Rock, un festival qui était vraiment métal mais aussi vraiment folk (avec des concerts purement acoustiques, ce qui est une très bonne chose). Comme d’hab, ce sous-genre a des allures de fête de la bière, et ça mélange du mauvais métal avec du mauvais folk. Quand on voit Eluveitie monter sur scène, ça a vraiment de la gueule, et c’est beau de voir ces guitares électriques aux côtés d’un buzuki, d’une harpe, d’une flûte et d’une vielle à roue.

Eluveitie Eluveitie

Sauf qu’en fait les instruments médiévaux ne donnent qu’une vague couleur et sont complètement noyés par la  batterie/basse/guitare, qui jouent un métal sans intérêt particulier. Quand on connaît le Tri Martolod d’Alan Stivell et qu’on entend à la fin de leur concert la manière dont Ensiferum massacre ce thème célèbre, on se dit qu’en fait le mariage du folk et de l’ électricité a atteint son summum en 1972 avec le live à l’Olympia de Stivell, et que depuis c’est moins bien [oui, je fais un peu exprès de sonner « vieux con », et ça va s’aggraver dans la suite de ces lignes, je vous préviens]

ALAN STIVELL - Suite Sudarmoricaine (A l'Olympia) (1972) © Patrick Breizh

Pourquoi est ce qu’en 1972 Stivell pouvait sonner aussi bien et pourquoi la quasi totalité des groupes de folk métal sonnent aujourd’hui aussi mal ?

Oui, je sais, parce que c’était mieux avant, on est bien d’accord.

Mais sinon, le moment très spécial de ce festival, ça a été le concert de la très rigolote Giedré. Première surprise : la tente est déjà bondée un quart d’heure avant qu’elle n’arrive sur scène. A ce moment-là, je suis très inquiet pour elle, et je me demande comment ça va se passer. Quand j’entends des mecs à côté de moi entonner un détestable « A poil Giedré », j’interviens courageusement pour faire arrêter ça et mon inquiétude grandit, d’autant plus que plein de gens font un signe obscène façon « trou de balle » et chantent des trucs paillards. La pauvre…
Mais en fait, je m’étais gouré, parce que ce que faisaient les gens, c’était juste anticiper le set de Giedré, qu’ils connaissaient à l’avance. Elle n’a même pas eu à conquérir ou à retourner la salle : elle lui était complètement acquise d’avance, et le public a chanté tous les refrains avec elle, vu que beaucoup  les connaissaient par cœur. Un truc de ouf…

Voici une idée de l’ambiance depuis le public :

Giedré au Motocultor 2017 (I) © Yann K.

Et, pour ceux que ça branche,  voici l’intégrale de concert très particulier :

GIEDRÉ @Motocultor 20 08 2017 © France Metal Live

Bref, je m’étais inquiété pour rien, et j’ai été très heureux de constater que l’ouverture d’esprit des organisateurs était en phase avec celle du public, qui a aussi très bien réagi au concert de Tragedy, un truc marrant qui mélange des classiques du métal avec des standards disco.

Tragedy au Motocultor : YMCA © Yann K.

Mais tout cela, qui me convient bien, ne va pas m’empêcher de m’interroger voire de râler un peu. Parce que, quand même, ça me questionne, le fait qu’au Motocultor Giedré casse la baraque plus que Kreator et attire trois fois plus de monde que la légende Uli Roth qui lui a succédée. Qu’est ce que tout cela nous dit de la culture de ma communauté musicale, quand de la chanson minimaliste orientée pipi-caca (ou bite/vagin, surtout) déclenche plus d’enthousiasme que des musiciens fantastiques qui te jouent des trucs de ouf à toute vitesse??? C’est ça, l’éducation qu’on a donnée à nos jeunes métalleux ? Faudrait-il en conclure que dans le métal comme ailleurs, décidément, y a plus de jeunesse ? C’est la faute des parents, je vous dis, il y a une transmission des valeurs qui ne se fait plus comme avant. C'était mieux avant.

Non pas que je regrette le sectarisme qui était celui de ma génération (Giedré ou Tragedy se seraient sans doute fait jeter d’un festival de ce genre dans mes folles années de jeunesse), et non pas que je rejette l’idée d’ouverture vers d’autres horizons musicaux dans les festivals de métal, loin s’en faut. Tant que les festivals métal ne deviennent pas ce que sont devenus des festivals de jazz comme les NJP, où le jazz n’occupe plus la majeure partie de la programmation, et dont l’ouverture est assez racoleuse à mes yeux, allons y, ouvrons gaiement. J’étais par exemple hyper content de voir que Magma ou 16 Horsepower ont été programmés au Hellfest, où ils avaient toute leur place (Magma sera d’ailleurs au Fall of Summer en septembre, ils commencent à être des habitués de ce genre de lieux). Mais justement, avec Magma ou 16 Horsepower, si on n’est pas dans un registre métal, on est dans un univers dont la noirceur évoque bien des choses directement connectées au  genre que l’on préfère. Il y a une vraie cohérence dans tout ça.

Ce qui peut m’inquiéter un peu avec ce que j’ai vu au Motocultor, c’est que les festival s’ouvrent selon une dimension purement festive, et pas intrinsèquement musicale.

Et pour tout dire, la fête, en général,  moi ça me fait un peu chier, je préfère la musique pour la musique. Dès qu’on accole « festif » à « rock », je commence à bailler et à m’ennuyer. C’est très bien les plans disco et les gens déguisés en nounours ou en Blanche-Neige, c’est bon esprit, je dis pas,  mais c’est pas ma came.

En fait, ce dont je rêve, ça serait un festival de métal dans lequel, entre deux concerts de death ou de black, on puisse tranquillement aller se poser sur l’herbe pour, dans un silence respectueux, écouter un orchestre de chambre jouer du Brahms ou un groupe de jazz reprendre du Coltrane. Un peu comme le Ragnard Rock le faisait avec sa scène folk acoustique, mais ils ont tout gâché en invitant des groupes néo-nazis et en gérant semble-t-il très mal le pognon qu’ils n’avaient pas.

Je verrais donc bien un festival qui montrerait que les vrais métalleux sont avant tout des gens amoureux de la musique elle-même, des "mélomanes" qui acceptent d’entendre des morceaux longs aux structures compliquées et avec des passages instrumentaux ou atmosphériques conséquents. Qu’on les perçoive comme ça, plus que comme des mecs qui montrent leur cul dans les émissions pour bobos sur Canal + ou comme  des zouaves qui font n’importe quoi façon  gens bourrés en fin de fête de mariage (ce qui était quand même un peu le cas pendant le concert de Giedré, qui pourtant  se suffisait  à lui-même question franche déconnade)

Pardon, vous dîtes, les jeunes ?

Que je suis vraiment un vieux con ?

Mais je te merde, le jeune.

Tiens, prends mes cornes dans ta face, le jeune.

METAL UP YOUR ASS !!!!!!

Yann Kindo

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