Présentons peut-être les choses comme ça : entre Macron et moi, il y a une différence de nature, pas de degré.
C'est entre Macron et Le Pen qu'il y a une différence de degré, et pas de nature.


Je ne me situe pas quelque part à l'extrême gauche du spectre des "républicains", dont Le Pen serait exclue et qui me donnerait quelque chose en commun avec Macron. Tout ça, c'est la vision du monde de Mélenchon et pas la mienne, et je m'étonne qu'il ne s'y tienne pas ces jours-ci (la frustration de la défaite ?)
Ce qui structure ma vision du monde, c'est la lutte des classes et pas le républicanisme et les querelles institutionnelles (c’est pour ça qu’au premier tour, je n’en ai rien eu à foutre du hochet de la VIe République.) Je me sens d'un côté de cette lutte des classes, et Macron et Le Pen sont eux bien ancrés de l'autre.


Est-ce à dire que je suis complètement indifférent à la question de savoir  quel politicien bourgeois va être à la tête de l'Etat pour en faire quoi, et que jamais je ne voterais pour un politicien bourgeois face à un autre politicien bourgeois ?
Absolument pas.


La politique de Le Pen est en gros la même mais en bien pire, et ceux qui souhaitent une victoire de Le Pen pour faire exploser le "système" et croient que quoi que ce soit de bon pourrait en sortir sont des fous dangereux. Le Pen au pouvoir serait la porte ouverte à un abîme possible (même si c'est  pas sûr non plus). Si on parle « en soi », dans une réalité suspendue en l’air qui serait par exemple celle des programmes, Le Pen est bien bien pire que Macron, aucun problème là-dessus.


Mais l'analyse concrète de la situation concrète, qui est ce qui compte en politique, c'est que Le Pen est encore très loin du pouvoir, alors que Macron y est en fait déjà. Ceux qui à gauche ont eu le nez rivé sur les sondages pour faire la connerie de voter supposément "utile" [comme si le vote, qui plus est au premier tour, pouvait avoir une autre utilité que d'affirmer ses convictions profondes], ceux-là doivent être cohérents avec eux-mêmes et constater que les mêmes sondages, et plus encore les vrais résultats du 1er tour, montrent que Le Pen n'a pratiquement aucune chance de gagner le second tour. Et encore moins les législatives qui vont suivre (que ceux qui ont peur du 49.3 entre les mains de Le Pen se rendent compte que celui-ci signifierait surtout une motion de censure victorieuse dès la première utilisation de l’article)
Bref, celui qui est concrètement à la porte du pouvoir et qui a déjà un pied dedans, c'est Macron, c’est ça la réalité.


Et donc merci de ne pas compter sur moi pour voter contre moi-même et aider Macron à mettre plus facilement son deuxième pied à l’étrier du pouvoir, parce que c’est de toutes façons le pied qui lui servira à me marcher sur la gueule dès après son élection. Que ceux du PS et de LR qui ont gouverné avec Macron ou qui s’apprêtent à le faire votent pour lui, mais qu’ils ne comptent pas sur moi pour venir au secours de leur nouvelle victoire.

Sa victoire au second tour sera plus étriquée et pas massive comme celle de Chirac en 2002 ?
Tant mieux.

Une dernière chose : l’électorat de Le Pen, largement populaire, est celui qui se trompe le plus et qui vote le plus contre lui-même, en soutenant une fille de millionnaire dont toute la politique vise à diviser les travailleurs entre eux. Mais comme toute ma politique consiste à unir les travailleurs autour de leurs intérêts fondamentaux en tant que classe, c’est l’électorat de Le Pen qu’il va falloir aller chercher et le convaincre de (re)venir dans la lutte des classes en sortant de sa haine de l’autre qui est un travailleur comme lui. Cela nécessite de ne pas faire le moindre début de concession au discours nationaliste, et d’opposer l’identité de classe à l’identité nationale (autre raison pour laquelle je n’ai pas voté Mélenchon au 1er tour). Mais si on commence à se mettre inutilement en rangs serrés derrière le banquier qui a dicté la loi El Khomri et qui incarne l’héritage du quinquennat précédent, c’est déjà très très mal barré, pour la reconquête et la clrification des enjeux.

Enfin, pour finir, je ne me sens en rien redevable à ou solidaire de l’électorat de Macron, parce que pour le coup, faire venir ces bobos dans la lutte des classes du côté des travailleurs, c’est un horizon encore bien plus hasardeux dans l'immédiat. Stratégiquement, il va falloir convaincre une partie de l’électorat de Le Pen, c’est une triste réalité sociologique, mais c’en est une. L'électorat de Le Pen est en colère, mais il se trompe très gravement de colère. L’électorat de Macron n'a pas pour sa part pas l'air très en colère contre la situation faite aux travailleurs, et il a visiblement envie d'aller plus loin dans le sens de la loi El Khomri... qu'est ce qu'on a en commun ? OK, on est tous les deux favorables à la mondialisation, mais eux sont amoureux du capitalisme qui l'encadre, alors que moi je veux  justement le détruire (et en finir avec les frontières).

Pourquoi donc, dans la situation telle qu'elle est, c'est à dire comme ça et pas autrement,  vous voudriez que je vote Macron aux côté des macronistes ?

Je ne sais pas si c’est plus clair comme ça…

YK

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