La campagne Mélenchon : 50% Mitterrand, 50% Rabhi, 100% pipeau

 Je pense bien qu'il ne le fait pas exprès, mais Mélenchon, avec sa campagne et sa manière de faire,  synthétise plein de travers qui m'exaspèrent dans des secteurs pourtant au départ différents de la gauche politique. En effet, on voit ces temps-ci se développer via sa personne candidate un espèce de syncrétisme étonnant entre d'un côté la veille gauche social-démocrate vendeuse d'illusions, et de l'autre la mode écolo bobo....source d'autres illusions additionnelles. D'où ce problème particulier d'une campagne qui est toute entière dans l'illusion, mais qui est aussi fédératrice (c'est indéniable) et qui rassemble des choses que l'on ne pensait pas voir fonctionner ensemble. Ce qui est à l'image de Mélenchon lui-même, dont j'avais montré dans un billet précédent qu'il est capable d'être tout à la fois contre le nucléaire civil (au nom de sa conception de l'écologie) et pour la dissuasion nucléaire (au nom de la grandeur de la France).

https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/090514/melenchon-et-le-nucleaire-la-bombe-plutot-que-lelectricite

La campagne de Mélenchon telle qu'elle est aujourd'hui rassemble le pire de deux cultures politiques traditionnelles : la tradition de la gauche réformiste qui mise sur l'Etat, façon Jean-Pierre Chevènement disons, et la tradition de la gauche écolo prêcheuse d'apocalypse façon René Dumont (pour citer le meilleur d'entre eux, qui avait quand même encore un peu les pieds sur terre). Sauf qu'au lieu de prendre ce qui pourrait éventuellement être le meilleur de ces deux traditions, la fusion opérée autour de Mélenchon pioche au contraire dans ce qu'il y a de pire des deux côtés, pour produire cet hybride que j'ai essayé de résumer en titre avec la formule : « 50% Mitterrand, 50% Rabhi, 100% Mélenchon ».

 Commençons par ce qui est le plus classique, et que je ne vais pas développer ici en me contenant plutôt de renvoyer à des articles où cela a déjà été développé  par d'autres : Mélenchon est avant tout un politicien réformiste de l'espèce des « sauveurs suprêmes », dans la version " tribuns du peuple" . Le problème numéro 1 avec cette campagne, c'est que comme celle de tous les politiciens professionnels (ce qu'est Mélenchon), elle repose fondamentalement sur la logique suivante : « Vote pour moi, et je vais t'arranger les choses ». C'est là la très classique illusion électoraliste, celle qui mobilise pour démobiliser, celle qui te fait croire qu'en arrivant au sommet de l'Etat ton Elu va signer des lois qui vont « changer la vie », et qu'on fera ainsi l'économie de la confrontation frontale et avec la bourgeoisie et avec l'Etat à son service. Mélenchon est en ce sens au mieux un Salvator Allende, au pire un Alexis Tsipras, et le plus probable est qu'en cas d'élection il finirait comme le dernier nommé à appliquer les plans d'austérité qu'il avait auparavant fermement condamnés quand il disait « votez pour moi ».

 Ce que veut faire Mélenchon, c'est ni plus ni moins ce qu'a réussi à faire son modèle en politique, à savoir : François Mitterrand. En ce qui concerne l'idolâtrie de Mélenchon à l'égard de cette sombre crapule qu'était Mitterrand , on peut voir ces deux vidéos qui nous en apprennent plus sur la nature politique de Mélenchon que des heures et des heures de ses discours éloquents. Celle-là :

Jean-Luc Mélenchon & François Mitterrand © Lanu Ance

ou celle-là :

 http://www.francetvinfo.fr/culture/tv/video-quand-melenchon-parle-de-mitterrand-je-l-admirai-beaucoup-il-etait-d-une-extreme-courtoisie_826479.html

 
Tout ça c'est le cadre général, qui encore une fois est celui de tous les politiciens réformistes quels qu'ils soient, avec pour Mélenchon comme pour Mitterrand le choix spécifique d'utiliser le PC comme marchepied pour parvenir à ses fins, tout en l'abaissant et désormais en l'humiliant au passage.

 Au sein du groupe social des politiciens de gauche, une spécificité de Mélenchon est quand même son côté un peu plus nationaliste et patriotard que la moyenne. On le voit dans le texte que j'ai cité plus haut à propos de la dissuasion nucléaire française, où il peut écrire des choses de ce genre :

 « Déjà, depuis 2007, nous dépendons de General Electric pour les turbines des sous-marins d’attaque. Cette situation nous place dans une dépendance technologique inadmissible à l’égard des Etats-Unis. » 

 Pour Mélenchon, il existe bien un « nous » qui inclue sa personne et dans le même groupe les généraux de l'armée française et la bourgeoisie dont ils protègent les intérêts. C'est le propre du nationaliste que de se sentir faire partie du même Grand Tout que ces gens-là, du fait de papiers administratifs qui indiquent une nationalité commune (et éventuellement de restes de traditions culinaires spécifiques ou de soutien à une même équipe de foot). Avec comme corollaire assez logique, pour expliquer les malheurs du monde, la tendance à attirer la méfiance vers un autre « peuple » que le sien (les allemands, en l'occurrence, dans la variation mélenchonienne de la xénophobie)  Ce n'est évidemment pas le propre de Mélenchon que de distiller le nationalisme dans les rangs du mouvement ouvrier, et le PC stalinisé l'avait déjà par exemple fait avant lui :

 http://mensuel.lutte-ouvriere.org/2016/05/28/le-mouvement-ouvrier-francais-face-au-nationalisme_68271.html

 Les historiens du stalinisme nous diront si à ses grandes heures du « produisons français » le PC a jamais utilisé une formule aussi marquée à l'extrême droite que de dire que le travailleur détaché « vole le pain » du travailleur autochtone, comme Mélenchon a pu le faire dans un discours (préparé et aux mots choisis) à la tribune du Parlement Européen.

Dérapage Mélenchon © Bernard Adrian


 A chacun son « nous », à chacun son camp. Pour Mélenchon, ce n'est pas celui des « travailleurs », mais celui des « français ». Et pour protéger le travailleur de France des méfaits du capitalisme, Mélenchon répand une autre illusion majeure, qui est celle du protectionnisme. C'est là aussi  une vieille une recette qui n'a jamais protégé aucun travailleur, mais seulement des fractions de la bourgeoisie qui en ont besoin (alors que d'autres fractions préfèrent elles le libre-échange, cela dépend de leur position sur leur marché spécifique) :

 http://journal.lutte-ouvriere.org/2017/02/08/le-protectionnisme-ne-protegera-aucun-travailleur_76879.html

 

Electoralisme, protectionnisme, nationalisme, tout cela est malheureusement assez classique dans le mouvement ouvrier réformiste. Toutefois, il y a quand même quelques relatives nouveautés dans la campagne Mélenchon 2017, comme par exemple ce césarisme accentué qui voit un candidat opposé au présidentialisme de la Ve République.... se désigner lui même comme candidat avant d'aller chercher des soutiens. On est là dans la plus pure tradition de la Ve République qui fait de cette élection présidentielle « une rencontre entre un homme et le peuple », comme le disent les politologues qui causent dans le poste. Il semble aussi que l'organisation même de la campagne soit un anti-modèle de fonctionnement démocratique. Ici, le bla bla « citoyen » et les structures floues permettent de construire une campagne toute entière dirigée par le chef et une petite coterie autour de lui, puisque les mécanismes de gestion collective – qui sont ceux de quelque chose que l'on appelle « un parti » - sont absents. Le blog (PC/ néochevènementiste) de celui qui signe « Descartes » le décrit assez bien, entre autres lorsque qu'il raconte l' « assemblée citoyenne » à laquelle il a participé :
http://descartes.over-blog.fr/2016/02/melenchon-president.html

http://descartes.over-blog.fr/2016/12/j-ai-survecu-aux-reunions-de-circonscription.html

On a donc ce paradoxe consistant à voir des « Insoumis » se soumettre comme rarement à la volonté du Chef, et des tenants de la VIe République super citoyenne organiser la campagne la plus césariste du moment.

Pas mal.

Mais ce qui est pour moi la grande nouveauté là-dedans, c'est de constater à quel point Mélenchon s'est converti à la doxa écolo, qui va bientôt le faire révérer la «  Natuuuurrre » comme il révère depuis longtemps la « Fraaaaance ».

Ainsi , je suis tombé par un copain sur une de ces vidéos qu'il poste sur Internet (avec grand succès semble-t-il), dans lesquelles il bavarde seul face au peuple (virtuel), qu'il appelle « les amis ». Celle-là, c'est semble-t-il celle qu'il a produite à l'occasion d'un rassemblement thématique écolo de son club de supporters [car la « France Insoumise », fondamentalement, ce n'est pas autre chose qu'un club de supporters] :

#RDLS19 - SPIRULINE, CONSTRUIRE EN TERRE, ÉMISSION POLITIQUE, NUCLÉAIRE AMÉRICAIN © JEAN-LUC MÉLENCHON

Et là, on constate à quel point, emporté par sa nouvelle passion écolo, il a rompu les amarres avec un aspect du logiciel stalino-chevènementiste, qui est un certain réalisme en matière énergétique. Assez vite, dans la vidéo, on apprend que son programme, c'est de faire fonctionner la société avec 100% d'énergies renouvelables dès 2050.

A 2'40 : "Vous savez que dans le programme, là, l'Avenir en Commun, on dit qu'on va aller à 100% renouvelable.". A 2'40 : "Vous savez que dans le programme, là, l'Avenir en Commun, on dit qu'on va aller à 100% renouvelable.".

 Je ne sais pas où on sera du point de vue technologique en 2050, c'est dans 34 ans, mais on est normalement un peu obligés de prévoir l'avenir proche  à partir de ce qui existe aujourd'hui ou de ce que l'on peut anticiper de manière raisonnable en termes de découvertes ou de progrès technologiques. Par exemple, pour ma part, je ne m'amuserais pas à défendre l'idée qu'on peut tranquillement laisser le "climat" s'emballer et même souffler sur les braises au nom du fait qu'en 2100 on sera capable d'aller sur Mars et de la Terraformer.

 Hé ben, pour les énergies, c'est pareil.

 Mélenchon affirme que d'ici 2050 il nous fera passer à une production énergétique 100% renouvelable, mais dans la suite de la vidéo et de son monologue, il ne précise pas comment. Bien sûr, il parle de plein de trucs aussi concrets qu'une anecdote et qui n'ont un peu rien à voir, et, avec le fanatisme des néoconvertis, il passe en revue quelques produits miracles qui vont changer le monde – si tu votes pour lui. Là, le truc d'avenir que Mélenchon a découvert, c'est la spiruline, une algue qui semble avoir remplacé dans son cœur et dans son estomac son célèbre quinoa (qui est un peu trop marqué Manu Chao et bonnet péruvien, peut-être).


Non, son truc à lui, à Mélenchon, c'est la mer (patrie).

 Depuis quelques temps déjà il expliquait (en bon nationaliste vaguement impérialiste ) que la France sera une grande puissance au XXIe siècle grâce à ses kilomètres de côtes aux 4 coins du monde ; là, il t'explique  que l'on va résoudre la question alimentaire au XXIe siècle grâce à une algue qu'il vient de découvrir et qu'il va faire produire en masse (si tu votes pour lui).

 Je ne dis pas que c'est a priori sans intérêt, la spiruline, loin s'en faut (même si, si ça a ce goût dégueu qu'ont tous les trucs qui viennent de la flotte, ce sera sans moi). Mais c'est ce côté « gadget miracle » sorti du chapeau qui est assez ridicule, en fait. Regardez l'image que donne la vidéo ci-dessus, avec la petite boîte sur le gauche,  on dirait un charlatan qui fait la réclame de son remède universel.

 Et donc, il te cause avec enthousiasme de la spiruline, des maisons en terre et en paille (Pierre Rabhi, sors de ce corps!) et d'autres trucs comme ça... mais il ne t'explique pas comment produire notre énergie à 100% avec du renouvelable dans 34 ans.

 

Essayons quand même de se représenter ce que cela peut signifier comme absurdité que ce « 100 d'énergie renouvelable en 2050 ». Il faudrait donc se passer et du nucléaire et des hydrocarbures aussi bien pour la production d'électricité que pour le chauffage et les carburants, hopla !

 Sortir uniquement de l'électricité nucléaire sans revenir à la bougie, pour un pays comme la France, c'est possible, c'est juste une question de choix. On le voit bien avec l'Allemagne : sortir du nucléaire, dans l'état actuel des technologies, c'est à dire dans la vraie vie, c'est faire le choix de recourir plus encore aux hydrocarbures, de dégager plus de C02 et d'aggraver l'effet de serre (l'Allemagne émet quasiment deux fois plus de CO2 par habitant que la France, en fonction du mix énergétique de l'une ou de l'autre : 951 Mt/hab/an contre 490 Mt/hab/an en 2013 ). C'est un pur et simple choix. A chacun ses priorités, c'est tout.

 Mais oui, mais oui, je sais, je sais : « l'Ademe a dit »....

 L'Ademe est une sorte de think tank écolo qui agit comme un lobby du solaire et de l'éolien, et elle passe sa vie à essayer de produire des scénarios improbables et bancals pour montrer que l'on peut se passer du nucléaire (c'est visiblement sa priorité, je ne sais pas pourquoi), et même faire du 100% renouvelable, si on tord plein de bâtons dans plein de sens qui arrangent bien celui les tord.
Voir à ce sujet ces articles de Sylvestre Huet, qui écrit plein de choses bien là-dessus et qui examine le scénario « 100 renouvelable en 2050 » de l'Ademe :

 En version courte : http://www.liberation.fr/futurs/2015/12/16/2050-le-mirage-du-tout-renouvelable_1421293

 En version détaillée : http://sciences.blogs.liberation.fr/2015/11/09/ademe-un-mix-electrique-100-enr/

 Mais soit, admettons, et mettons nos pas dans ceux de l'Ademe, même si on trouve ce chemin assez risqué et fondé sur des choix de société que l'on n'a pas forcément envie de faire, et  ce sans même être sûr du tout d'arriver à destination.

 Sauf que le scénario foireux de l'Ademe, il fantasme 100% d'ELECTRICITE renouvelable en 2050.
Alors que notre Mélenchon, là, dans sa vidéo, il t'explique que si tu votes pour lui, il y aura 100% d'ENERGIE renouvelable en 2050.

 Et c'est là que tu réalises que Mélenchon, ce n'est pas seulement Victor Hugo réincarné, c'est aussi le fils caché de Gandalf le Magicien et du Yoda. Parce que Mélenchon, avec sa baguette magique, il fait léviter les vaisseaux spatiaux par la seule force de sa pensée (100% renouvelable).

 
Confrontons donc un peu ce slogan surréaliste des « 100% d'énergies renouvelables en 2050 » à quelques triviales réalités factuelles (oui, je sais, c'est relou...), et prenons les plutôt à l'échelle mondiale, même si ce n'est pas celle de Mélenchon, qui pense "France"  (mais je suis sûr qu'il y a des Mélenchon suédois, thailandais out brésilien qui te promettent la même chose pour leur pays en 2050, il n'y a pas de raison).

 Voici d'abord l'évolution de la consommation globale d'énergie dans le monde. On notera que cette consommation est en augmentation constante (à part en 2009 à cause de la crise économique), et que même en se serrant pas mal la ceinture niveau économies d'énergie, on ne voit pas comment stopper cette hausse dans le demi siècle à venir, en fonction de l'augmentation prévue de la population mondiale.

 

Source : Bertand Barré et Bernadette Mérenne-Schoumaker, Atlas des énergies mondiales (2011)) Source : Bertand Barré et Bernadette Mérenne-Schoumaker, Atlas des énergies mondiales (2011))

Pourtant, ce scénario ne prévoit visiblement pas de fournir sur cette base de l'électricité à tout le monde, puisque 1,4 milliards de personnes resteraient selon la même agence privées d'électricité (ce qui, au passage, serait en chiffre brut et plus encore en pourcentage un net progrès par rapport à la situation actuelle)

Source : Bertand Barré et Bernadette Mérenne-Schoumaker, Atlas des énergies mondiales (2011 Source : Bertand Barré et Bernadette Mérenne-Schoumaker, Atlas des énergies mondiales (2011
 

 

Et encore, ça, c'est une projection. Ce qui est sûr, ici, c'est qu'à l'heure actuelle 1,6 milliards d'êtres humains, soit 1 sur 4 sur la planète, n'ont pas l'électricité à domicile (alors que l'on est capable envoyer des robots téléguidés aller observer la surface de Mars, quand même...)

 Ce qui revient à dire que pour satisfaire la demande énergétique façon « 100% renouvelable en 2050 », il faudrait, sur le premier graphique ci-dessus, parvenir à faire remplacer par quelque chose de renouvelable (....mais quoi?) les couleurs marrons (charbon), noire (pétrole), grise (gaz) et jaune (nucléaire)... soit en gros 80% de la production énergétique actuelle et projetée !!!

 Forcément, on est curieux, et on aimerait savoir à quoi pense Mélenchon, d'autant qu'à l'heure actuelle les « renouvelables » qui ne marchent pas trop mal ne sont pas ceux que les gens ont généralement en tête, comme le montre mieux ce graphique sur la production de 2008 :

 

Source : Bertand Barré et Bernadette Mérenne-Schoumaker, Atlas des énergies mondiales (2011) Source : Bertand Barré et Bernadette Mérenne-Schoumaker, Atlas des énergies mondiales (2011)

Hé oui, les renouvelables réellement existants dans le monde, ce ne sont pas le solaire ou l'éolien (dont le rendement est assez minable et l'intermittence très problématique), mais avant tout la biomasse (à savoir, pour l'essentiel, le bois que l'on brûle - surtout quand on est pauvre -, en dégageant au passage pas mal de C02) et l'hydroélectricité.

Pour finir sur ce point, voici un graphique qui montre les mix énergétique français et allemand en 2012. On est dans deux pays industrialisés très comparables (même si l'Allemagne est un peu plus industrialisée quand même, ça doit jouer un peu sur la consommation d'énergie finale),  plutôt à la pointe des technologies réellement existantes, et dont les mix énergétiques sont en fait très semblables. A  une différence majeure près : du nucléaire pour l'un.... et du  charbon pour l'autre (soit la pire source d'énergie du point de vue du réchauffement climatique).  Et encore une fois, ces deux graphiques ne concernent que la production d'ELECRICITE. Or, aux dernières nouvelles, tout le monde - notamment en Allemagne - ne se chauffe pas à l'électricité, et surtout la quasi totalité des bagnoles et camions roulent à l'essence et toujours pas  à l'électricté (sinon, il faudrait produire encore beaucoup plus d'électricité, çe ne fait que déplacer le problème). L'effort à fournir devrait donc aussi inclure le remplacement de toute cette énergie-là par des renouvelables d'ici 2050, en sachant que ceux ci sont à l'heure actuelle incapables -même en Allemagne, qui est censée être à fond dedans -  de ne produire ne serait-ce qu'une fraction majeure de la seule électricité (et que, pour les énergies intemittentes type solaire/éolien, il est impossible de les utiliser vraiment si on n'a pas une énergie pérenne de secours dans laquelle puiser en cas de variation climatique défavorable. Pour les renouvelables, ça ne peut qu'être l'hydraulique ou la biomasse, a priori).

http://www.connaissancedesenergies.org/les-energies-renouvelables-moteur-du-couple-franco-allemand-130211 http://www.connaissancedesenergies.org/les-energies-renouvelables-moteur-du-couple-franco-allemand-130211

Autrement dit, la question est la suivante, sur la base des technologies actuelles ou prévisibles  : pour atteindre 100% d'énergie renouvelable en 2050, combien de et quelles vallées de sa belle France Mélenchon a t-il prévu de noyer sous les eaux pour construire à la place  des centaines de barrages ? ; et combien de villes ou de champs a t-il prévu de faire disparaître de la surface du pays pour y planter des forêts à brûler ensuite (en sachant que les arbres vont quand même mettre quelques années à pousser) ?

 
Au final on constate qu'avec Mélenchon tout est facile... si tu votes pour lui.

 Mélenchon président, on le savait déjà, c'est la disparition spontanée de toutes les contraintes de la société de classes, et par la magie d'une réforme institutionnelle (la VIe république), l'Etat bourgeois se transformera pacifiquement en Etat prolétarien au service du plus grand nombre, pendant que la bourgeoisie résignée rendra les armes face à la force du verbe présidentiel.

 Mais Mélenchon président, on le découvre, c'est aussi l'abolition de toutes les contraintes technologiques, et si tu votes pour lui, tu auras 100% d'énergies renouvelables en 2050 parce que les particules élémentaires elles aussi se plieront à la volonté tout-puissante du leader bien aimé.

 En fait, le vote Mélenchon, c'est la transsubstantiation enfin réalisée, aussi bien pour les classes sociales que pour la production énergétique.

 A la tête de la VIe République, ce n'est pas juste un pauvre président qu'il y aura, ce sera le Messie citoyen.

Gloire à son Nom.


Et surtout : votez pour lui.

 
Yann Kindo

 

Rajout du 2/03 : Comme c'est complètement en phase avec le contenu de ce billet, je signale que Sylvestre Huet vient de publier sur son blog une anlayse critique de la présentation faite par RTE du bilan de la production électrique française en 2016 :
http://huet.blog.lemonde.fr/2017/03/01/electricite-lecons-du-bilan-2016/

C'est l'occasion aussi de rappeler sa lettre à Mélenchon sur la question de l'énergie, que j'avais oublié de citer dans mon billet:

http://huet.blog.lemonde.fr/2016/06/07/jean-luc-melenchon-je-tecris-une-lettre/

Extrait avec lequel je suis totalement d'accord :

"Or, lorsque tu proclames «il faut sortir du nucléaire», «parce que c’est dangereux», c’est trop court. Surtout lorsque tu enchaînes directement «parce que le changement climatique nous met en danger». Je crains que ta visée ne soit là qu’électorale, et peu appuyée sur une réflexion, comme lorsque tu es venu, en 2012, expliquer sur mon lieu de travail que l’on pouvait produire l’électricité dont nous avons besoin par la géothermie, une bonne idée mais dont le potentiel ne dépasse pas une petite part de la production nécessaire. Lorsque tu affirmes qu’il est possible de remplacer les éoliennes à terre (ça, c’est le bouquet…), et les centrales nucléaires, par des éoliennes en mer d’ici moins de dix ans, tu es dans un déni de réalité très inquiétant. Observe, Jean-Luc, l’exemple allemand. Nos voisins ont dépensé 300 milliards d’euros en 25 ans pour le soutien aux énergies renouvelables. Ils ont installé plus de 46.000 MW d’éoliennes (plus de la moitié du parc nucléaire français). Pourtant, malgré cet effort gigantesque, l’électricité éolienne représente moins de 11% du total de leur électricité. Tandis que le charbon dépasse les 40%, ce qui fait plus de la moitié en énergies fossiles ajouté au près de 10% du gaz. Quant au photovoltaïque, il titille les 6% de la production germanique. Cet exemple démontre à lui seul que la perspective que tu traces n’est ni raisonnable ni possible. Se faire applaudir sur un slogan creux peut permettre de gagner une élection – comme Hollande lorsqu’il se présentait comme un ennemi de la finance – mais pas de résoudre les problèmes économiques et sociaux, ce qui est le but de la vraie gauche."

 

 

 

 

 

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