"L'écologie humaine" contre le mariage pour tous

En janvier dernier, alors que le débat sur le mariage pour tous commençait à battre son plein, j'avais posté ici un billet intitulé : "Les homos c'est comme les OGM, c'est pas naturel". Je m'y appuyais sur une publication du directeur de la revue "L'écologie", relayée par Fabrice Nicolino, qui prenait position contre ce projet de mariage pour tous. Elle le faisat, ils le faisaient, au nom des considérants classiques de la pensée écolo, autour du "principe de précaution" [par ailleurs fréquemment invoqué par Marine Le Pen sur le même sujet] et de la nécessité de ne pas toucher à des supposés fondamentaux de la société érigés en véritables dogmes. Tout cela reposait notamment sur le charabia d'une partie des freudiens, dans une sorte de Sainte Alliance réac entre cathos, freudiens et écolos - tout ce que je dénonce le plus fréquemment sur ce blog, quoi. [pour être précis et honnête, je mettrais dans ce sac réac à peu près tous les cathos, une large partie des freudiens, mais seulement une bien moindre partie des écolos, ). Voir ce billet ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/140113/les-homos-cest-comme-les-ogm-cest-pas-naturel Depuis, un copain m'a signalé une prose plus récente qui prolonge et illustre une nouvelle fois ce que j'essayais de pointer du doigt dans mon billet de janvier. Il s'agit sur le site du Monde d'un tchat du 19 avril dernier entre les lecteurs et le sieur Tugdual Derville, qui est délégué général d'Alliance Vita et porte-parole de la "Manif pour tous" : http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/04/19/manif-pour-tous-nous-avons-ete-traites-comme-des-sous-citoyens_3163032_3224.html Lorsque la question lui est posée des éventuelles suites politiques et électorales à leur détestable mouvement, il répond ce truc très significatif à mes yeux : "Personnellement, je vois davantage l'émergence d'un courant d'écologie humaine qui a une dimension métapolitique, c'est-à-dire intéressant pour tous les partis. Que telle ou telle personne se réclame de notre mouvement social lors des prochaines échéances électorales serait légitime. Mais la perspective que je vois est beaucoup plus globale. Notre mouvement n'est ni de droite ni de gauche, mais il pose une question nouvelle qui a la même portée que la question posée quand l'écologie environnementale est née. Du fait de l'évolution de la puissance de l'homme, elle s'est interrogée sur la planète que l'humanité était en train de léguer aux générations futures. Nous, nous demandons que l'on s'interroge sur le patrimoine commun à toute humanité qu'il faut reconnaître, protéger et transmettre aux générations futures. La loi Taubira a fait naître cette question viscérale. Allons-nous faire bénéficier les êtres humains qui naîtront du précieux repère de l'altérité sexuelle à la source de tout engendrement". On note ici la récupération du vocabulaire gauchiste autour du "mouvement social", qui n'est qu'une partie des emprunts que la droite extrême et l'extrême-droite ont su mettre en oeuvre lors de cette surprenante séquence politique au cours de laquelle on a vu des notables de l'UMP quasiment expliquer que "le pouvoir est dans la rue". Mais, au-delà de ces emprunts sur la forme, il y a une vraie conjonction sur le fond avec l'écologie politique en tant que courant de pensée profondément "conservationniste" , ce qui est une variante du conservatisme. On connaît la rengaine : la nature a bien fait les choses, et si on organise quelque chose de manière différente de ce qu'a fait la nature (ou de ce que l'on croit que la nature a fait), on transgresse un interdit fondamental qui constitue une menace terrible pour les générations futures (remplacer "la nature" par "Dieu" pour avoir le discours catho, et par l"Inconscient" pour avoir le discours freudien). En ce sens, la philosophie de cette "écologie humaine" que prône ici un leader des réacs anti mariage homo est effectivement très proche de celle des tenants de la frauduleuse "écologie politique" en ce qui concerne la gestion de l'environnement, de la biodiversité, du génome des êtres vivants, etc. Tout comme ce n'est pas un hasard si l'anti-OGM Jacques Testart, qui n'aime pas les recherches sur les cellules-souches, est devenu le biologiste favori des réacs anti-avortement, ce n'est pas non plus complètement un hasard si des écolos "fondamentalistes" se sont reconnus dans l'opposition au mariage pour tous pendant que des opposants au mariage pour tous traçaient un parallèle (pertinent) entre leur démarche et celle de l'écologie politique. Tous sont d'une manière ou d'une autre des imposteurs, dans le sens où l'"écologie" est en premier lieu une branche des sciences du vivant qui étudie les interrelations des espèces dans leur environnement [= l'écosystème]. L'écologie est comme toute science une méthode rationelle de compréhension de la nature, elle est descriptive et analytique, elle n'est en rien normative. Elle n'a donc rien à faire en politique, et encore moins dans la partie de la politique qui ne concerne que la manière dont les êtres humains s'organisent entre eux pour gérer les questions de sexualité, de couple, de reproduction et de parentalité. Nous sommes des être de "nature", des mammifères issus d'un processus darwinien qui les a façonnés, mais nous sommes aussi très largement des êtres de culture, pour lesquels les normes que l'on met en place sur la manière de vivre ensemble ne doivent à peu près rien à nature, mais bien à nos choix de société fondés sur des valeurs. Avec, quand on est communiste, l'égalité comme valeur sans doute fondamentale, je crois bien. Yann Kindo

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