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Billet de blog 31 déc. 2012

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Guillaume Lecointre sur la science et l'école

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Sur le site du SNES, on peut lire une excellente interview de Guillaume Lecointre (qui est un spécialiste de la théorie de l'évolution et du classement phylogénétique des espèces, ancien chroniqueur sciences à Charlie-Hebdo - du temps où c'était un bon journal -, et membre du comité de parrainage scientifique de l'AFIS)
http://www.snes.edu/IMG/pdf/science_us_mag_725-2.pdf

Le propos, résumé en titre par la formule "La science élabore une représentation rationnelle commune du réel", intéressera évidemment au premier titre  les profs de sciences et notamment de  SVT. Mais les développements, malheureusement forcément trop courts dans le cadre d'une interview, interpelleront bien-au delà, notamment à propos de la portée de ce qu'il appelle le "contrat scientifique" :

"Ce contrat scientifique repose sur quatre piliers : la raison, le scepticisme, le réalisme de principe et le matérialisme méthodologique. C’est donc une argumentation rationnelle qui ne tolère ni argument d’autorité, ni mauvaise foi, ni foi ! Cette absence de présupposé impose le scepticisme sur les faits : il faut accepter de se laisser surprendre par les résultats expérimentaux. Ils ne sont pas donnés d’avance."

On est ici aux antipodes des errements idéologiques de la "science citoyenne" chère à Jacques Testart, et plus généralement du préchi-précha écolo qui tend à devenir la norme dominante, y compris dans l'Education Nationale (avec ses cantines aux repas bio et toute la propagande mensongère qui peut l'accompagner, au nom de bons sentiments mal étayés par les faits).
En tant qu'enseignant, j'adhère complètement à ce que dit Lecointre sur la nécessité de soigneusement distinguer ce qui relève du savoir et ce qui relève de la morale, avec comme présupposé que le rôle essentiel (sinon unique, tout au moins du point de vue des programmes) de l'école, c'est de diffuser de la connaissance et non de la morale. Le but de l'enseignant ne doit pas être  de faire passer un message, quel qu'il soit, mai sde construire des savoirs en fonction des présupposés méthodologiques qui sont ceux du "contrat scientifique" défini plus haut.
Dit rapidement comme ça, les propos de Lecointre font un peu "vieux con", a priori; :
"En ce sens, parfois, je regrette que l’école verse trop dans l’éducation, et ne délivre plus une « instruction publique »..."

Mais en fait pas du tout, et quand il précise sa pensée, en prenant comme exemple la question du développement durable, on voit très bien de quoi il s'agit, quand on s'est confronté par exemple au programme de géographie de secondes :

"Ce que l’on peut reprocher à l’école, actuellement, c’est de mélanger parfois au cours de sciences les deux discours. On le voit bien par exemple à travers l’éducation au développement durable... On livre aux élèves des injonctions qui reposent à la fois sur un discours de faits (qui explique pourquoi un sac plastique met 300 ans à se dégrader dans un sol de forêt) et sur un discours de valeurs (ce n’est pas « bien » de jeter des sacs en plastique en forêt). Or, les arguments de valeur n’interviennent pas en sciences. La vraie raison du fait que ce n’est pas « bien » ne tient pas à la durée objective de dégradation du sac."

J'en rajouterais une couche en disant qu'un problème supplémentaire vient du fait que tend à se généraliser dans les écoles, sur ces thématiques bien-pensantes, le recours  aux intervenants extérieurs (non sollicités sur un point précis par un enseignant dans un objectif précis encadré par lui et inséré dans son cours), qui eux viennent vendre leur soupe idéologique sur tel ou tel thème, au lieu de le voir partie prenante d'une construction organisée du savoir comme doivent le faire les enseignants.
Quand je vois débarquer dans un établissement un lobby du bio, une nutritionniste en campagne contre les "huiles de palme" [jusqu'à la prochaine mode du même genre] ou même telle ou telle ONG dont je peux largement partager les objectifs par ailleurs, je ne suis pas plus ravi que quand des banquiers ou des représentants du patronat viennent initier les élèves au boursicotage ou profiter du supposé nécessaire rapprochement école/entreprise pour développer leur vision aussi partielle que fausse des rapports sociaux dans le monde du travail. Non seulement, pour un certain moment, on donne les clés d'une partie de l'enseignement à des gens qui ne sont pas des professionnels de la chose [et bien souvent ça se sent, houlà !], mais en plus souvent on perd du temps de cours effectif pour ce genre de choses.

Bref, l'école c'est fait pour diffuser  un savoir organisé et construire un esprit critique, pour lequel la démarche scientifique est un appui indispensable. Et le mieux est de laisser faire ceux dont c'est le métier.
YK

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