5 mai, une victoire contre la résignation

En temps normal, la préfecture de police ne communique aucun chiffre de participation lors de manifestations organisées par des partis politiques, comme on peut le voir sur son compte twitter (https://twitter.com/prefpolice), c'est dire que les pressions ont du être assez forte de la part d'un Manuel Valls aux abois pour qu'elle annonce un chiffre de 30000 manifestants alors que les organisateurs annoncent entre 150 000 et 180 000 personnes. D'où vient un tel décalage et une telle volonté de discréditer ce qui s'est passé hier entre la Bastille et la Nation ?

En temps normal, la préfecture de police ne communique aucun chiffre de participation lors de manifestations organisées par des partis politiques, comme on peut le voir sur son compte twitter (https://twitter.com/prefpolice), c'est dire que les pressions ont du être assez forte de la part d'un Manuel Valls aux abois pour qu'elle annonce un chiffre de 30000 manifestants alors que les organisateurs annoncent entre 150 000 et 180 000 personnes. D'où vient un tel décalage et une telle volonté de discréditer ce qui s'est passé hier entre la Bastille et la Nation ?

Malgré tous les discours, cette manif n'est pas une victoire contre les solfériniens, encore moins une victoire contre les socialistes qui étaient nombreux ce jour là, même pas une victoire contre la droite ou l'extrême droite. C'était une victoire contre la résignation.  Certes, ce n'est pas le raz de marrée, que personne n'attendait d'ailleurs, dans le contexte politique actuel de déchirement de la gauche entre ceux qui restent fidèles à leurs idéaux et ceux qui y ont renoncé. Mais tout de même, hier, ce sont les électeurs qui ont porté François Hollande au pouvoir pour faire une autre politique que celle de Sarkozy et qui ne s'y retrouvent pas qui défilaient, ceux qui n'ont pas sombré dans l'apathie et l’écœurement malsain, celui qui conduit à la résignation. Et ils ont marqué des points dans la société civile qui s'intéresse encore à la chose publique.

Oui, il existe bien une gauche dans ce pays ! et elle s'est réveillée hier, au coté des syndicalistes humiliés, des sans-papiers oubliés, des ouvriers licenciés, des écologistes reniés... venus par dizaines de milliers pour porter bien haut le message qu'il y a effectivement des alternatives possibles, que le MEDEF et la pensée TINA n'a pas définitivement gagné la partie.

Le message est clair, c'est sur cette gauche là que devrait prendre appuis la politique du gouvernement. A l'image du front populaire, qui majoritaire à la chambre des députés avait commencé à décevoir la société civile qui l'avait porté au pouvoir et qui n'avait du se résoudre a voter des réformes historiques que sous une forte pression de la rue : congés payés, réduction du temps de travail, conventions collectives, nationalisations, mise sous tutelle de la Banque de France... Comme quoi, il est possible de reconnaître ses erreurs et contribuer quand même à faire l'Histoire avec un grand H.

Alors effectivement, ce nouvel espoir qui monte peut constituer un danger pour ceux qui s'obstinent à croire (il paraît qu'il y en a encore) que les politiques actuelles vont pouvoir nous faire remonter la pente. Tous ceux qui prédisent le contraire (c'est à dire tout le monde du FMI à l'extrême gauche) se trompent et pour changer la donne... il est urgent de faire la même chose que ses prédécesseurs. Ceux qui croyaient que le changement, c'est maintenant se résigneront à les suivre pour faire bloc derrière François Hollande, dernier rempart contre l'extrême droite qui progresse inexorablement et que l'on brandit comme un épouvantail vers les esprits déboussolés, désormais privés de repère politique. Pour que ça fonctionne, il faut gonfler l'image du FN dans les media et surtout ne rien faire contre sa progression, et diaboliser la gauche "archaïque" qui n'a jamais cessé elle, de s'y opposer. Faire durer le débat sur le mariage pour tous et expédier au pas de charge celui sur la casse du code du travail. Mettre dos à dos les casseurs homophobes et les syndicalistes qui défendent les droits de tous en se mettant quotidiennement en danger. A ceux là, on leur refuse l'amnistie sociale, c'est l'ordre qui vient d'en haut et les députés sont priés d’obéir. Ce jeux là est dangereux, il n'a jamais fonctionné et ceux qui le pratiquent ont une très lourde responsabilité dans ce qui risque d'arriver dans les prochaines élections. Plutôt Hitler que le front populaire, on sait où cela nous a mené...

5 mai, place de la Bastille 5 mai, place de la Bastille
Sur les chiffres annoncés, quelques faits indiscutables : plus de 300 autocars inscrits sur le site de la marche pour la 6e, ce qui fait plus de 15000 personnes venant en autocars des régions éloignées, les plus courageux, ceux qui vont se lever à 4 ou 5 heure du matin pour rentrer chez eux entre 22h et minuit, voire au petit matin pour les plus éloignés. Impossible de savoir combien sont venus en train ou en co-voiturage, mais on peut raisonnablement penser qu'ils sont venus également très nombreux. Les autres, ce sont ceux qui habitent sur place, en région parisienne, par une journée de vacances magnifiquement ensoleillée...  c'est vraiment faire insulte à l'intelligence que de penser qu'ils ne sont pas venus également par dizaines de milliers. Combien étions nous ? honnêtement, je n'en sais rien, quand on est à l’intérieur d'une manif d'une telle ampleur, il est impossible de savoir. Mais 30 000 ? vraiment ? on veut nous faire croire qu'on a défilé en file indienne ?

 

plan plan

Difficile d'imaginer que sur cette place, il y a 224 ans se dressait une forteresse prise d'assaut par plus de 80 000 personnes. Cette photo ne fait même pas justice à l'ampleur de la manifestation, Au moment des discours, avant même le départ de la manif, nous étions dans une rue adjacente à 200m de la place, vers le 69 de la rue de Lyon, la foule compacte s’étendait encore à plusieurs centaines de mètres de là jusque vers l'avenue Dausménil. Toutes les rue adjacentes étaient bondées de monde comme le montre le plan pour les lieux de rendez-vous.

 

 

Ceux du 71 © bondyblog.fr Ceux du 71 © bondyblog.fr
Pour le reste, rien à dire à part une manif très colorée, de rouge bien sûr mais aussi de vert, très dense et très compacte, très bon enfant, pas du tout polytechnique, mais très poly-ethnique, des blancs, des blacks, des beurs, des vieux, beaucoup de jeunes aussi, la France quoi, celle dont on peut être fier. Ceux du 71 n'ont pratiquement pas cessé de chanter des chants de lutte (voir pĥoto).

 

Aujourd'hui, grosse fatigue, plus de voix, mais on pourra dire : ce moment où la gauche s'est réveillée, s'est retrouvée, et a regagné sa dignité : j'y étais... Cette bascule entre le "on lache rien" et le "on ne lache plus rien" de la France d'en bas, ceux d'en haut ne l'ont pas vue, hier, c'était l'école qu'on veut transformer en usine à faire des chefs d'entreprise, aujourd’hui, ce sont encore des privatisations annoncées... pour dégager 20 milliards et financer le très haut débit dans les campagnes : la réponse à ceux qui crient "ici on crève !" de la part de ceux qui vivent dans leur petit nuage.

Il faudra donc être encore plus nombreux pour qu'ils entendent.

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