Yannick Chevalier

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Billet de blog 13 août 2014

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Combat contre la déflation et sauvetage des banques : même combat.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.


Avant d'aller plus loin sur l'analyse des politiques des banques centrales, il me semble important de comprendre que le système dans lequel vivait Keynes était très différent du notre. Peut-être même que vivant aujourd'hui, pour obtenir les mêmes effets, il sera l'avocat de la déflation.

Dans les années 1930, et même plus largement avant la fin de la convertibilité du dollar en or (sous Nixon), la richesse, c'était l'or. Les accords de Bretton Woods ont institué le dollar comme un équivalent plus liquide de l'or, mais la richesse était l'or. D'ailleurs, de Gaulle, sur les conseils de Rueff, avait demandé le rappatriement en France de l'or français détenu aux USA en 1965. L'économie pouvait alors facilement être analysée comme opposant les banquiers possédant de l'or, et les industriels possédant des marchandises. Les banquiers veulent que les produits coûtent le moins cher possible, et sont donc pour la déflation, alors que symétriquement les industriels sont pour l'inflation. La situation des salariés dépend de leur capacité d'épargne : s'ils peuvent épargner, ils sont du côté des banquiers, et pour la déflation, car leur épargne passée leur permettra d'acheter plus dans le futur. Symétriquement, s'ils doivent d'endetter pour vivre, ils sont du côté des producteurs.


Dans ce contexte, le combat contre la déflation est aussi un combat contre la finance. L'État doit favoriser les producteurs par rapport aux banques pour créer de l'emploi, et ce favoritisme s'exprime par la hausse des prix.

Mais depuis la fin des accords de Bretton Woods, le monde économique a changé, radicalement, en prenant pour base non plus un métal inutile et dont la quantité disponible augmente de 2% par an, mais les reconnaissances de dette (titres de dettes). Le système de banque fractionnaire (une banque ne peut pas prêter au-delà d'un muliple de l'or qu'elle a en dépôt) n'est plus soumis à la limitation de la quantité d'or physique, mais à la quantité de titres de dette existant pondérés par leur qualité.

Si le gouvernement des États-Unis dit qu'il va donner 100 à une banque dans 1 an, la banque agit comme si elle avait 100 dans ses coffres. Avec les nouvelles règles `` Basel '', il en est de même si on remplace les États-Unis par l'Espagne ou la France. Par contre, si c'est Gérard, salarié sur-endetté et sans argent qui doit 100, la banque ne comptera plus que 10 dans ses comptes. Ces règles poussent donc les banques à prêter d'abord aux emprunteurs de meilleure qualité (d'après le règlement), c'est-à-dire les États. C'est ainsi que les États de la zone Euro (dans lesquels les règles de Basel 3 seront appliquées) empruntent à des taux historiquement bas. Pour comparer, l'Espagne emprunte à des taux plus bas aujourd'hui que l'Allemagne il y a 10 ans. Ces taux sont même inférieurs (ça dépend des jours, mais quand même) à ceux que payent les États-Unis pour emprunter. Pour que l'argent prêté en échange du titre de dette soit utilisé le plus efficacement possible, les banques sont incitées à prêter aux meilleurs emprunteurs possibles. Et comme on le verra dans le billet suivi, cela les conduit à prêter à leur banque centrale (car un dépôt est un prêt sans maturité).

Au-delà de cette préférence pour le rehaussement de la qualité des emprêteurs, le système moderne change surtout la nature des banques, qui ne sont plus des agents qui possèdent de l'argent, mais des agents dont les dettes sont la richesse. Et c'est là qu'on a une inversion par rapport au système économique que connaissait Keynes. À son époque, une banque avait intérêt à des taux d'intérêt élevés, car au final, net des intérêts perçus et payés, de la rémunération du risque, etc., c'était l'or qu'elle possédait dans des coffres qui était rémunéré. Aujourd'hui, les titres de dette qui sont la base de son activité prennent de la valeur quand les taux d'intérêts baissent.

Le double combat contre la déflation et la faillite des banques repose sur le même outil de baisse des taux. Si on veut être cohérent, il ne faut donc pas en même temps demander à combattre la finance et la déflation. Or, c'est à la fois ce que demandent les partis de gauche français, et c'est la politique qui est mise en oeuvre par les banques centrales. Et contrairement à ce qu'on pourrait penser, cette politique réussit. 

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