Brexit: Non à la punition collective !

Pour éviter qu'un autre pays ne suive la voie du Royaume-Uni, les 6 ministres des affaires étrangères des pays fondateurs ont été clairs: il faut aller vite, faire une coupe claire, et montrer ce qu'il en coûte de sortir de l'Union Européenne. Mais est-ce bien raisonnable ?

Voila, l'aventure commune entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni se termine par un divorce. Bien sûr, ça faisait longtemps que ce dernier se plaignait de ce mariage: pas assez d'espace pour lui, on ne le laisse pas faire ce qu'il veut, il aurait pu faire de grandes choses tout seul, et plein d'autres choses encore, dont il n'est pas question de savoir ici si elles sont pertinentes (cf. la campagne du Leave qui drague les laissés pour compte du thatcherisme tout en se plaignant de ne pas pouvoir appliquer le thatchérisme jusqu'au bout), mais de constater que les britanniques ont choisi de quitter l'Europe. Et que du coup, cette communauté ou union a peur que d'autres membres s'en aillent aussi.

Les gouvernements semblent réagir comme un Valls face à un syndicaliste ou un député frondeur: menace d'exclusion, d'excommunication, et puis, finalement, de punition. Car en ces temps où l'Union Européenne est faible, il semble à nos gouvernants qu'il est nécessaire de se raidir et d'agir haut et fort, comme les grands hommes d'État qu'ils pensent être.

Mais que dire alors des 48% de britanniques qui ont voté pour rester dans l'Union Européenne ? Ils doivent être punis eux-aussi parce d'autres ont mal voté ? Car quand on parle de punir un pays, on parle en réalité d'en punir les habitants, un peu comme une armée de colon choisirait de punir un village indigène pour l'exemple en le rasant car certains habitants seraient mutins. Si les États membres de l'Union Européenne n'ont pas évolué depuis les guerres de colonisation et en sont resté à ces techniques primitives qui ont montré leur inefficacité, alors l'Union Européenne ne peut pas se présenter comme une évolution de l'Europe. Les punitions collectives peuvent soulager le punisseur, satisfaire sa vanité, et abreuver son orgueil, elles n'en restent pas moins des pratiques obsolètes et inefficaces.

Alors effectivement, il y a sûrement une réaction à avoir pour que d'autres pays membres ne soient pas tentés de suivre le Royaume-Uni, mais une punition dirigée contre tous ses habitants ne devrait pas être envisagée. Au contraire, l'Union Européenne doit s'adresser à tous ces britanniques qui ont voté pour le maintien. Si les 6 États fondateurs veulent prendre une décision forte, qu'ils s'engagent à accorder leur nationalité à tous les britanniques qui le demanderaient. Ou au moins à tous ceux nés après 1972, date de l'entrée du Royaume-Uni dans le marché commun. Ils ont vécu avec une "nationalité" européenne jusque-là, ils devraient pouvoir la garder s'ils le désirent. À moins, bien sûr, que les lubies d'Hollande et Valls sur la déchéance de nationalité ne soient contagieuses...

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