Les terroristes, ce serait dû à un mauvais accueil des immigrants ?

Les terroristes, ce serait dû à un mauvais accueil des immigrants ?


Il fallait y penser…

Les terroristes seraient le résultat d’un mauvais accueil des immigrants c’est en substance ce qu’a dit Nicolas Sarkozy lundi 12 janvier 2015 au matin, au micro de la radio RTL. Peu de temps avant le 1er ministre déclarait la guerre et Valérie Pécresse avant d’aller crier « liberté » le dimanche 11 janvier après midi à l’unisson du peuple réclamait le dimanche matin un « Patriote Act » sur le modèle des Etat-Unis qui justement attaque les libertés fondamentales notamment celles concernant la vie privée.

Trois visions qui en disent long sur la non pensée de nos politiques… ou pire d’une pensée intéressée et calculatrice.

Pour monsieur Sarkozy qui veut éviter les amalgames : « L’immigration n’est pas liée au terrorisme comprenez-moi, mais complique les choses… pourquoi ? …. Parce que cette immigration qu’on a tant de mal à juguler …crée …la difficulté de l’intégration, la difficulté de l’intégration crée le communautarisme, et à l’intérieur du communautarisme peut se glisser des individus comme ceux que nous avons vu… »

Donc je ne dirai pas que l’immigration et ce que nous connaissons sont liés ce serait absurde et excessif … mais ça complique la situation parce que naturellement quand l’intégration ne marche plus nous avons un problème pour gérer un certain nombre d’individus sur notre territoire national … voilà. (RTL 12 janvier 2015)

Le terrorisme est quand même le résultat d’un problème lié à l’immigration … mais subtil, Nicolas Sarkozy avance comme argument l’incapacité à accueillir dans de bonnes conditions les immigrants, d’où le problème d’intégration, d’où la révolte des jeunes immigrés, d’où leur basculement dans l’extrémisme, et la boucle est bouclée.

Sauf que ces jeunes sont nés sur le territoire Français et que pour beaucoup des jeunes partis combattre à l’étranger leurs propres parents sont aussi Français !

Néanmoins effectivement, si après plusieurs générations, des personnes nées sur le territoire, ne se sentent pas françaises et ont des problèmes d’intégration c’est qu’il y a un problème. Mais le problème ne vient pas d’elles mais de la façon dont on traite ou plutôt maltraite des personnes qui nées en France, vivant en France doivent faire faces à des regards et des comportements qui les places et les considèrent comme « hors la France » un peut comme un« hors la loi », en tous cas ne les considèrent pas comme de « vrais » français.

Cette perception tous les migrants arrivés sur le territoire et ayant participé à la France depuis la fin du 19ème siècle l’ont vécu. Avec le temps pourtant leur appartenance française n’est plus ou quasiment plus remise en cause ; eux les « Ritals », les « Polacks », les « Ruskofs », les « Rosebeefs », les « Portos », les« Espingouin » sont désormais français, eux pourtant affublés de tous ces sobriquets pour les désigner. La liste continue, mais le souci des migrants récents et actuels, est qu’après avoir été l’objet d’enjeux politiques, notamment liés à la décolonisation, ils se sont retrouvés associés et donc responsables d’un certain déclin de la France. Ce déclin daterait de la fin des années 70…moment comme par hasard où apparaît la fin de ce qu’on nommait le plein emploi et les fameuses trente glorieuses (période ou les salaires n’ont cessé d’augmenter pour l’ensembles des travailleurs).

 

Mais ce fameux déclin, cette perte de vitesse économique, cette perte des valeurs c’est quoi ?

C’est le recule de la République, le recule de l’Etat. Et il est vrai que depuis la fin des années 70 l‘Etat au travers de ses institutions et des ses agents sur l’ensemble du territoire recule, résultat de choix des dirigeants politiques d’appliquer au pays une politique économique libérale ayant pour fondement principal moins d’Etat.

Or l’Etat, la République, la cohésion d’un pays d’un territoire nationale, passe par la présence de ses institutions et des agents de la fonction publique qui partout assurent une présence visible, tangible, de l’action de l’Etat au plus près des citoyens. Or au nom d’impératifs économiques libéraux, par des choix politiques et des lois, dont le moteur fut de faire des économies budgétaires, les institutions et les agents ont abandonné du territoire. Ce qui fait dire à de plus en plus de citoyens, qu’il n’y a plus d’Etat et que les valeurs de la France ont disparu. Et c’est vrai que d’un certain point de vue l’Etat n’est plus là. On a fermé des hôpitaux, des écoles, des bureaux de postes, des Palais de justices, partie la plus visible ; mais on a aussi retiré des fonctionnaires, non remplacés après leur départ en retraite supprimant de façon plus ou moins radicale toute une série d’emplois de proximité, à proximité des citoyens. Ces emplois disparus étaient souvent des emplois à caractère social ou participant indirectement à une forme de socialisation, qui accompagnaient les citoyens au quotidien. Pour ne citer qu’un exemple et pour rappel, on a retiré des psychologues des lycées, des infirmières des lycées, des d'assistantes sociales en milieu scolaire (dont la figure symbolique fut incarnée dans la série Pause Café), puis le nombre des surveillants fut réduit remplacés par des grilles et des caméras de surveillances, puis le nombre des professeurs fut réduit, remplacés partiellement par l’usage d’ordinateurs, usage d’ordinateurs et d’internet qu’on juge paradoxalement aujourd’hui à risque si non encadré par des adultes et des professeurs. Et depuis quelques jours se repose donc sur les plateaux de télévisions la question du rôle de l’éducation.

Oui l’école publique joue un rôle primordial dans la construction de la citoyenneté, et les postes supprimés, les économies réalisées, décidées par les gouvernements successifs depuis plus de 30 ans, se payent et se payent chère, par la désocialisation d’enfants, de jeunes qui ne trouvent plus une écoute ou très peu auprès de référents, d’adultes, pour parler de leurs problèmes et pour cause puisqu’il y en a de moins en moins.

En outres, les jeunes étudient dans des conditions de moins en moins bonnes même au niveau de l’université, les moyens manquent, les échecs scolaires se multiplient, alors qu’on ne cesse de parler de performance, d’accomplissement par les études, de valeur travail et alors que l’horizon de leur avenir semble de plus en plus bouché.

Car en dehors de l’école le monde du travail tend à redevenir de plus en plus sauvage, au sens de retours à l’état de nature, sans règle, hormis la loi du plus fort, où celui qui gagne n’est pas forcément le meilleur.

Cela est aussi à relier à une société où la mise en concurrence générale des individus, les uns par rapports aux autres, devaient permettre à chacun de donner le meilleur de soit et donc améliorer la société tout entière.

Qu’en est-il aujourd’hui du précepte, ce qui est bon pour moi, est bon pour les autres ; quels sont ses effets ?

Dans une économie dominée par les marchés financiers et la logique de profit actionnariale, les travailleurs bon ou mauvais sont une variable d’ajustement, peu importe, leurs diplômes, leur dévouement. Les « plans sociaux », les « ajustements », les« dégraissages » boursiers n’épargnent plus personnes ; du manœuvre au cadre tout est bon pour faire des économies d’échelle. La mise en concurrence des individus et aussi un bon moyen de réduire les coûts en agitant le risque et le danger du chômage.

Or le dernier bastion de résistance qu’était la fonction publique est tombée montré du doit comme hyper privilégiés car protégé par leurs statuts, les fonctionnaires ont été sacrifiés sur l’autel de l’austérité de l’Etat, du profit privé et de l’économie libéral. Mais cela fut présenté au mieux comme une modernisation, au pire comme un mal nécessaire. Nécessité en tous cas de moins d’Etat car l’Etat coute cher. Moins d’Etat devait donc entrainer de grandes économies et surtout un meilleur fonctionnement de la société. On a vu et on continue de voir les merveilleux effets ! Déficit abyssal de Orange/France télécom peut de temps après sa privatisation, suivit de vagues de suicides liés au management pour redresser la société. Envolé exorbitante des tarifs des autoroutes après leur privatisation, augmentation régulière des prix de l’énergie après division et privatisation de EDF GDF et des millions de français en situation de précarité énergétique…

Donc même d’un point de vue économique pure, ces choix pourtant justifiés et présentés comme solution la meilleure dans la gestion de l’Etat ne se justifie pas.

 

A cela s’ajoute, le coût humain de milliers de citoyens dont le sentiment légitime est de se sentir abandonné. Ce coût est néanmoins différencié dans la manière dont il se paye.

Pour celui qui se considère et qui est considéré comme « bon français » ou « vrai français » il est persuadé que cette absence, ce manque d’Etat est le résultat de profiteurs qui lui ont pris sa part. Part qu’il devrait de droit dans un système réellement redistributif et un Etat social recevoir. Part de ce qu’il a partagé et qu’il partage avec les autres citoyens notamment sous forme d’impôts. Il devrait recevoir y compris en terme de salaire, une plus juste rétribution, à la hauteur de l’énergie, du temps de sa vie qu’il consacre au travail. Mais au nom d’impératifs économiques qu’il n’a pas choisi il ne reçoit pas son dû.

Pire encore, face à cette injustice face au creusement des inégalités, il en vient à réclamer qu’on retire à ceux qui bénéficient d’un peu de la redistribution. Il ne réclame même plus pour lui, il ne réclame pas de bénéficier de plus, mais juste un peu par jalousie de retirer à ceux qui ont un peu, en dénonçant : pourquoi eux auraient et pas moi ! Alors on supprime les aides pour tout le monde…nouvelle justice sociale par le bas.

Quand au français qui du fait de la couleur de sa peau, de son nom, de sa religion, de sa tenue vestimentaire n’est pas considéré comme français, il doit en plus des problèmes partagés avec l’ensemble des français subir les discriminations dans son quotidien, pour obtenir un emploi, un logement, une bonne école… et en plus il doit faire face aux accusations de sa responsabilité dans le déclin de la République et de l’Etat.

Il ne peut en outre plus trouver d’appui, de soutien, d’aide, auprès de relais de cet Etat qui avant (avant les années 70) l’aidait à s’installer et lui facilitait l’accès au travail, quand on avait bien besoin de lui.

Aujourd’hui indésirable les enfants de ces générations « accueillies » doivent subirent les problèmes de tous, plus les problèmes liés à leur appartenance réelle ou supposée à une communauté.

Mais ce n’est pas un problème de capacité d’accueil des immigrants qui se pose c’est encore et toujours l’absence de l’Etat social, c’est de la non redistribution des richesses et du recule de la solidarité nationale que viennent les problèmes. La logique à l’œuvre est simple. Quand l’Etat n’est plus là pour assurer un minimum de solidarité, d’encadrement, d’accompagnement par des services publics sur l’ensemble du territoire que font ceux qui justement sont désignés comme des communautés à part et « hors la France » ? Et bien oui ils se débrouillent entre eux, ils se serrent les coudes ne comptant que sur eux même et sur l’entraide « communautaire » ou simplement entre compatriotes.

Alors oui il y a un problème la république est attaquée, les valeurs de la France, liberté égalité et fraternité sont attaquées, et cela met en péril ce qui fait société. Mais ce ne sont pas les français d’origine étrangère ou considérés comme tel qui menacent la société, ce sont les politiques d’austérité, de casse des services publics et de leur missions par les décisions politiques de nos gouvernants, qui en se soumettant à une logique comptable, libérale économique et en imposant ce modèle y compris dans les secteurs vitaux de la santé, de l’énergie, du logement, de l’éducation détruisent la cohésion sociale et dressent les individus les uns contre les autres tant au niveau national qu’international par la concurrence non-libre et faussée au profit de multinationales et de profits financiers qu’ils relaient, favorisent et imposent.

Il faut offrir à chacun sa place dans la société, il faut plus de règles qui protègent les travailleurs, les citoyens, il faut plus de sécurité sociale et plus de service public au service du bien commun. Essayons cela et je prends le pari que dans quelques années le bilan sera positif !

 

Y.H.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.