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Billet de blog 25 déc. 2011

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Ces salauds de pauvres qui boudent le RSA

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Ces salauds de pauvres qui boudent le RSA

Page 4 - Le Canard enchainé – mercredi 21 décembre 2011

Ils sont 1,6 millions de fauchés qui renoncent à affronter les démarches pour le toucher. Sois par découragement, soit par manque d’infos …soit par choix.

Le discours sur le « cancer » des assistés va prendre du plomb dans l’aile : non, les pauvres ne pompent pas les finances de l’Etat jusqu’à la moelle. C’est le très officiel rapport du Comité national d’évaluation sur le RSA, remis ce 15 décembre à Roseline Bachelot, qui le démontre. Plus de 1 millions de foyers qui vivotent avec quelques heures de boulot et pourraient donc toucher un complément de RSA (revenu de solidarité active) ne le réclament pas. Un million ! Soit les deux tiers des ayant droit qui regardent passer les plats.

Idem pour les chômeurs en fin de droit. Ils sont 1,8 million qui ne bossent pas du tout et pourraient bénéficier d’un RSA complet. Mais plus d’un tiers – 650 000 – ne le demande pas. Et ils y perdent : pas vraiment gloutons, ces pauvres laissent ainsi filer 249 euros par mois en moyenne. « On est loin du discours selon lequel les gens grappillent un maximum d’aides », ironise Nicole Maestracci, représentante des associations au sein du Comité national d’évaluation.

Bandes d’ingrats

Principale raison de ce manque d’entrain : le RSA est une sacrée usine à gaz, pas bien connue et beaucoup plus compliquée que le RMI, qu’il a remplacé en 2099. La moitié des travailleurs précaires ne savent pas qu’ils peuvent cumuler boulot et RSA, révèle le rapport. L’étude est carrée : 3500 personnes ont été interrogées individuellement. Et les résultats sont plutôt décoiffants. Parmi les nombreux foyers qui ne réclament rien, beaucoup ne le font pas par ignorance mais par choix. Quatre sur dix préfèrent « se débrouiller autrement ». Et près de 30% d’entre eux y renoncent « par principe », parce qu’ils n’ont « pas envie de dépendre de l’aide sociale ou de devoir quelque chose à l’Etat ». Un chiffre pas franchement claironné par nos politiques.

Avec tout ça l’Etat fait de jolies économies : 5,3 milliards d’aides non distribuées en 2010 ! « C’est une économie sur le dos des pauvres », râle Martin Hirsch, l’inventeur du dispositif. Il réclame « une vaste campagne d’information », mais l’Etat n’est pas pressé. Le RSA a coûté 7 milliards l’an dernier. Alors, ajouter 5 milliards en temps de crise …

Les auteurs du rapport, eux, se grattent la tête. Si le RSA est boudé en raison d’ « un faible intérêt pour l’allocation » ou « un refus de principe », écrivent-ils, « une meilleure information, pour souhaitable qu’elle soit, ne suffira pas à résoudre le problème ». Salaud de pauvres qui refusent d’être aidé !

Formulaires de rien

« On sent chez les gens une lassitude à faire des démarches et à être stigmatisés », note le sociologue Phlippe Warin, qui à créé l’Odénore, un goupe d’étude sur ce phénomène de « non-recours » à l’assistance sociale.

Car le RSA n’est pas la seule prestation dédaignée. Trop compliqués ou mal connues, un tas d’autres aides ne ont pas réclamées. Ce phénomène, ignoré, est tellement fréquent que l’Observatoire national de la pauvreté y consacrera un colloque le 12 mars prochain. Le talent de nos têtes pensantes à montrer des labyrinthes administratifs est en effet infini. Et décourageant à souhait. Près de 400 000 personnes qui pourraient avoir droit à une couverture complémentaire gratuite (CMU-C) s’en dispensent. Pour l’aide à l’acquisition d’un complémentaire santé (ACS), c’est encore mieux : 80% de non-réclamations. Idem pour les tarifs sociaux du gaz ou de l’électricité.

Les fauchés ne se pressent pas non plus aux guichets des caisses des allocations familiales (CAF) : « Pour 1 euro de fraude, il y a 3 euros de rappel de prestations non versées au départ », souligne Philippe Warin.

Et ces rappels ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan des prestations à jamais perdues. « Du coup, on a du mal à sensibiliser les collectivités ou l’administration sur le sujet. Il nous disent : « Ouh la la ! ca va faire mal au budget ! » Mieux vaut continuer de noyer les allocataires sous les montagnes de formulaires.

Depuis 2009, les CAF passent au peigne fin 10 500 dossiers par an pour détecter les fraudes. « On pourrait en profiter pour repérer les allocations non réclamées, explique notre sociologue. Mais la Caisse nationale a refusé ». La chasse aux fraudeurs, c’est beaucoup plus porteur.

Isabelle Barré

Pour consulter le rapport du Comité national d’évaluation sur le RSA :

http://www.rsa.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_RSA_15dec2011_vf.pdf

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