Procès incendie Hôtel Paris Opéra

Le procès de l’incendie de l’hôtel Paris Opéra a débuté le 14 novembre. Ce procès devait déterminer et juger les personnes et responsabilités dans l’incendie qui le 15 avril 2005 a ravagé un hôtel de 6 étages. 
L’association Comité Actions Logement s’est portée partie civile car elle connaissait des familles qui étaient dans cet hôtel ou qui étaient passées dans cet hôtel. 
L’association dès le lendemain de l’incendie a apporté son aide et son soutien aux familles avec d’autres associations. 
Rapidement un collectif d’association s’est créé ainsi qu’un groupe d’avocats.
Concernant la question du logement le CAL et DAL ont accompagné les familles jusqu’à leur relogement. 
L’association CAL a plus particulièrement suivit 3 familles jusqu’à leur relogement.
Concernant les titres de séjours se sont surtout le GISTI et le MRAP qui ont apporté leur aide. A cela s’ajoute le soutien de la mairie du 9e arrondissement, arrondissement ou à eu lieu le drame et plus particulièrement de Martine Doucouré qui sans relâche a accompagné et suivi les familles.
Les associations ont soutenu et aidé notamment en créant l’association des victimes de Paris Opéra.
Notre participation au procès était donc souhaitée par les familles notamment pour témoigner de leur situation au moment des faits. 

Le jeudi 14 novembre le procès a commencé. Le tribunal a alors fourni un planning des audiences et a dressé la liste et l’ordre des prises de parole ainsi que des personnes convoqués, comme témoins, témoins assisté et comme experts. Première surprise l’agent de la préfecture qui a effectué une visite de contrôle de l’hôtel en mars 2005, a indiqué refuser venir témoigner et parler à la barre. Après discussion sa présence nécessaire fut convenue et une nouvelle convocation fut faite.
Le président du tribunal a alors fait lecture des procès verbaux liés à l’enquête judiciaire et aux témoignages recueillis auprès des familles, des témoins, des pompiers et des policiers sur le soir de l’incendie. Cette lecture chronologique a confirmé l’origine du feu provoqué par des vêtements jetés sur des bougies dans une salle de déjeunée du 1er étage, pièce aménagée ce soir là comme d’autres soirs en « chambre » par la petite amie du veilleur de l’hôtel et aussi fils du gérant. Celui-ci resté tard à boire des verres de Whisky avec des clients Canadiens n’a pas rejoint sa petite amie comme il était prévu. La petite amie se sentant négligée, de colère a jeté des vêtements du veilleur de nuit au sol et sur les bougies vers 2h du matin. Puis elle a quitté les lieux. Le veilleur après un premier déclanchement de l’alarme, l’a stoppé croyant à une fausse alerte puis l’alarme se déclenchant de nouveau il est alors monté et a découvert le début d’incendie dans la pièce ou il aurait du rejoindre son amie au 1er étage. 
Il semble qu’il ait essayé d’éteindre le feu en vain, puis pris de panique il a été voire le poste de sécurité des Galeries Lafayette en face de l’hôtel, demander de l’aide. Les pompiers du grand magasin ont prévenu les pompiers de Paris et ont commencé depuis le grand magasin à arroser l’hôtel en feu…
Le feu se propagea très vite aux autres étages au 2e, 3e et 4e en quelques minutes. L’unique escalier en bois était dès les premières minutes impraticable, totalement envahi par les flammes, Il se transforma rapidement en brasier…laissant les familles prisonnières dans leurs chambres.
Puis le feu gagna une par une chaque chambre, étage par étage ; les personnes ne pouvant sortir par le couloir n’avaient comme seule issue que d’ouvrir les fenêtres et attendre …sur le rebord les secours…malheureusement le feu s’est répandu si vite que de nombreuses personnes sont mortes dans leur chambre et beaucoup d’autres ont sauté par les fenêtres. Beaucoup de blessés et de morts le seront de traumatisme dû au fait d’avoir sauté, par désespoir, acculé par les flammes. 
Les pompiers de Paris rapidement sur les lieux ont mesuré l’ampleur du feu et ont demandé du renfort. 
Les dernières personnes sauvées le seront vers 3h30 du matin une maman et ses 3 enfants …elles seront récupérés sur le toit de l’hôtel en zinc entre deux fenêtres en feu … ils ne doivent leur salut qu’aux pompiers qui depuis le grand magasin les ont arrosé continuellement ainsi que le morceau de toit sur lequel ils s’étaient réfugiés. 

Le bilan sera de 25 morts dont 11 enfants.

Le vendredi 15 novembre le tribunal a continué la lecture des procès verbaux, les comptes rendu et témoignages liés à l’instruction. 

Lundi 18 novembre le tribunal a diffusé les images prises par les pompiers lors de l’intervention sur l’incendie. Ces images n’avaient jamais été visionnées auparavant. Ce moment fut particulièrement éprouvant pour les familles dans la salle beaucoup sont sorties, ne supportant pas de revoir et revivre l’incendie. Les images ont ensuite été analysées et les pompiers ont témoigné. 

Mardi 19 novembre ce fut au tour des accusés de parler et de donner leur version des faits. Le veilleur de nuit a rejeté la faute sur sa compagne. Le fait qu’il soit sous l’emprise de l’alcool était selon lui compensé par le fait qu’il ait pris de la cocaïne. Il a fait toujours selon ses dires tout ce qu’il pouvait, notamment pour sauver des personnes. 
En fait, il a pendant les minutes décisives paniqué. Dans son affolement il a voulu sauver sa belle sœur qui était au 6e étage et c’est en voulant la sauver qu’il a été brulé gravement puis a lui aussi sauté par une fenêtre et s’est gravement blessé. Il est resté dans le coma plusieurs mois 
La petite amie du veilleur de nuit si elle reconnaît être à l’origine du feu n’a pas été clair sur son attitude et ses actes après avoir jeté les vêtements au sol. Son emploi du temps est très flou. 
Les gérants un homme et une femme ont dit ne pas comprendre être devant le tribunal. Pour eux l’hôtel était en bon état, et ils étaient aux normes. Toutefois ils n’ont pas été capables de justifier le fait que l’hôtel hébergeait beaucoup plus de familles qu’autorisé. Le gérant, père du veilleur de nuit, après avoir dit ne pas savoir que son fils était alcoolique et cocaïnomane est suite à un ensemble de preuves et sur les conseils de son propre avocat revenu sur ses déclarations. 
Concernant la suroccupation, la femme gérante de l’hôtel a elle aussi dit être aux normes de l’époque et que c’était par humanité qu’ils acceptaient d’héberger plus de personnes que prévu. 
La fille du couple de gérants a témoigné pour faire l’éloge des ses parents et de l’hôtel qui selon elle était en plein travaux pour être transformé en trois étoiles … 

Face à ces propos beaucoup de personnes victimes de l’incendie présentes dans la salle et parties civiles ont alors souhaité témoigner et prendre la parole.
Les témoignages ont démoli point par point l’image de l’hôtel idyllique géré par de gentils gérants… 
Les familles vivaient sous la menace constante des gérants qui face aux mécontentements ou à toute plainte évoquée par une famille, brandissait la menace de ne pas renouveler la location de leur chambre.
Lors des visites de la préfecture telle que celle réalisée en mars, le gérant demandait aux familles de libérer les chambres pendant le temps de l’inspection, de faire le ménage de façon à ne pas éveiller les soupçons concernant la suroccupation des chambres et faisait le ménage en grand. Les familles qui ne se pliaient à ces exigences et refusaient de participer à cette comédie retrouvaient leurs affaires sur le trottoir. 
Si les témoignages furent accablants sur le comportement des gérants et l’état général de l’hôtel (fuite d’eau, présence de cafards, etc.) ils furent aussi accablant pour la préfecture et le Samu Social dans leur façon de « suivre » les familles et leurs conditions de logement. 

Mercredi 20 novembre plusieurs personnes victimes de l’incendie avaient demandé de pouvoir raconter et témoigner des événements et sur ce qu’ils avaient vécus la nuit de l’incendie. 
Chaque témoignage a ramené l’ensemble de la salle d’audience dans l’horreur de la nuit du 15 avril. L’émotion fut à son comble lorsque des hommes et des femmes racontaient la fin de leurs proches sous leurs yeux ou après plusieurs jours de recherches dans différents hôpitaux de Paris. Certaines victimes ont du attendre plusieurs mois pour retrouver et reconnaître les corps de membres de leur famille décédés.
Le président et le vice président de l’association des victimes le l’incendie de l’hôtel Paris Opéra ont pris la parole et en ont profité pour remercier tous les soutiens et en particulier le DAL, le CAL, le Gisti, et le Mrap.

Après une interruption de séance le tribunal autorisa les associations déclarées « parties civiles » à prendre la parole.
C’est d’abord Jean-Baptiste Eyraud président de l’association Droit Au Logement qui a pris la parole. Il a fait un rappel de précédents incendies d’hôtels, puis à chercher à expliquer les raisons des hébergements à l’hôtel et des problèmes des politiques de logement. Puis à la demande du président du tribunal il est revenu plus spécifiquement sur le problème de l’hôtel Opéra. 
Puis ce fut l’association CAL par le biais de son secrétaire Yannick Henrio qui fut autorisé à prendre la parole. Il rappelait que l’association connaissait des familles qui étaient dans l’hôtel ou qui étaient passées dans l’hôtel. A l’époque des faits l’association comptait 500 familles adhérentes et plus d’une centaine vivaient dans des hôtels. Que l’association avait dénoncé ces situations avant l’incendie et que malheureusement les critiques et les craintes étaient fondées comme le prouvait ce drame. Un point particulier a été soulevé sur le fait que le Samu social ne pouvait pas ne pas savoir que l’hôtel était sur- occupé puisqu’il payait un nombre de nuitées par personnes et que ce nombre était supérieur au nombre d’hébergements autorisés.
Enfin, il a été indiqué que ce mode d’hébergement est toujours massivement utilisé pour palier aux problèmes de mal-logement et de manque de logements…

Le 21 novembre les autres associations notamment le Mrap et le Gisti devaient témoigner.

Enfin, le 22 novembre, dernier jour ce fut surtout la journée où là procureur devait intervenir. Elle a exclusivement accès son réquisitoire à l’encontre des 4 accusés présents c’est à dire les gérants de l’hôtel, le veilleur fils des gérants et la petite amie du veilleur à l’origine du feu.
La procureur a soigneusement évité d’impliquer à quelque niveau que ce soit la préfecture, la ville de Paris, et le Samu Social. Elle a en outre rejeté les demandes civiles faites du Mrap et du Gisti considérant qu’ils ne remplissaient pas les conditions pour se constituer partie civil. Aux dernières nouvelles elle hésitait pour les associations DAL et CAL. 

Les familles sont déçues car les accusés n’ont pas réellement assumé leurs actes et leurs responsabilités. 
En outre, ils sont très déçus que la préfecture et le Samu Social n’aient à aucun moment été inquiétés alors que c’est bien eux qui plaçaient ces familles et devaient normalement veiller à leur sécurité … Le tribunal rendra sont jugement le 23 janvier 2014.

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