La société contre l'Etat

9782707300218.jpgLA SOCIETE CONTRE L’ETAT

Pierre CLASTRES

 

 

Le livre « la Société contre l’Etat » paru en 1974 est le résultat de longs séjours en Amérique du Sud où pendant près de dix ans Pierre CLASTRES a étudié différentes tribus.

En 1972, il a déjà publié « Chronique des Indiens Guayaki, travail d’ethnologie particulièrement innovant à la fois dans la méthode d’approche, de recueil d’informations et de leur analyse. Il a aussi étudié les tribus Guarani, les Chulupi-Ashluslay et enfin les Yanomani.

Dans cet ouvrage, ces tribus et d’autres qu’il n’a pas directement étudiées (notamment les tribus d’Amérique du Nord) sont mises en rapport. P.CLASTRES utilise des textes et des informations issues de travaux antérieures pour les réinterpréter.

De ce travail ressort deux constats.

D’une part, le fait que ces sociétés dites primitives ont été victimes d’ethnocentrisme ou d’évolutionnisme.

D’autre part P.CLASTRES montre à quel point les différents observateurs qui ont étudié ces sociétés n’ont pas su leur reconnaître une existence politique.

 

De ce point de vu cet ouvrage se présente comme l’aboutissement d’un questionnement déjà présent dans son premier essai : « Echange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne » où P.CLASTRES se demande : « d’où sort l’Etat ? ». Contrairement à de précédents travaux qui insistaient sur l’absence d’Etat, sans expliquer réellement ce qui semblait être un manque, P.CLASTRES, lui, se demande pourquoi les sociétés primitives sont sans Etat. Il perçoit que ces sociétés sont des sociétés de refus de l’Etat et le démontre.

Avant d’arriver à cette conclusion, l’auteur nous fait cheminer au travers des chapitres de l’ouvrage.

 

Dans le premier chapitre « Copernic et les sauvages » P.CLASTRES passe en revu les différentes approches et concepts tournants autour du pouvoir politique et met en évidence les erreurs commises jusqu’ici dans l’étude de ces tribus.

Les hommes qui ont étudié ces sociétés, ne retrouvant pas certains des éléments constitutifs de leur propre société, d’ordre politique, économique, technique ou culturel, l’ont souvent assimilé à un « manque ». A leurs yeux, tout « manque » provient d’un blocage ou d’une défaillance dans l’évolution historique des sociétés, et ils l’analysent comme une inadaptation des techniques de ses sociétés à leur environnement. En somme, ces sociétés sont perçues comme les mauvais élèves dans la marche de la civilisation.

P.CLASTRES nous invite à renverser nos perspectives, à échapper à l’attraction de notre terre natale et à nous élever à la véritable liberté de penser c’est à dire nous arracher à l’évidence naturelle.

Le génie de P.CLASTRES se révèle au travers de la construction de son exposé. Etape par étape, il nous amène à la rencontre d’une autre société et d’un autre mode de pensée.

Partant du plus général, chapitre II : « Echange et Pouvoir : philosophie de la chefferie indienne » expliquant le rôle du chef et son rapport à la société, il finit chapitre X : « De la torture dans les sociétés primitives », par un phénomène particulier qu’est le « rite initiatique » ; et on comprend que la structure de la société abordé dans le deuxième chapitre ne serait possible sans ce rite. Par cette démarche il montre comment des actes qui paraissent isolés, sont liés les un aux autres et participent à l’équilibre général de la société.

 

Enfin, dans le dernier chapitre, P.CLASTRES reprend sa réflexion relative au fonctionnement de la chefferie et de l’économie des sociétés primitives et à l’éclairage des autres chapitres en fait la synthèse.

Il dénonce l’appréhension des sociétés primitives, présentées comme des sociétés privées de quelque chose. Ces sociétés sont déterminées négativement :

- sociétés sans Etat

- sociétés sans écriture

- société sans histoire

- économie de subsistance

 

Ces termes traduisent les convictions des observateurs qui les ont véhiculées.

Pour P.CLASTRES, si effectivement on peut admettre une évolution du monde et des sociétés, cela ne signifie pas que l’évolution se face dans un sens et un seul, et qu’elle soit identique pour chaque société.

Il faut pouvoir penser de manière autre. Ces sociétés ne sont pas plus ou moins bien, elles n’ont pas quelque chose de plus ou de moins, elles sont telles qu’elles sont. Si, on veut faire des rapprochements avec certains « stades » historiquement situés dans l’évolution de nos propres sociétés, cette comparaison doit être faite dans le but de nous éclairer et non dans le but de dévaloriser ces sociétés dites « primitives ».

Il nous décrit donc ces tribus sur lesquelles nous avons projeté des préjugés économiques en les qualifiants « sociétés d’économie de subsistance » et démontre que ce sont plutôt des sociétés d’abondance.

Certes, certains observateurs ont admit voir une forme d’abondance liée à la proximité de ces hommes avec la nature, toutefois ces mêmes observateurs dans leur discours n’ont pu s’empêcher de rajouter que cet état était la preuve de leurs limites et que contrairement à nos économies occidentales, ces sociétés n’avaient pas connu et ne connaîtraient pas de « take off »(décollage) à cause de leur manque de technique. Là encore, P.CLASTRES explique combien cela est faut.

Si, on entend par technique l’ensemble des procédés dont se dotent les hommes non pas pour avoir une maîtrise totale sur la nature, mais comme faculté d’adaptation à leur milieu, leur environnement, en rapport avec leurs besoins ; on ne peut pas parler d’infériorité.

 

Autre préjugé qui va de pair avec la technique, s’il est admit que les outils des indiens sont adaptés, on suppose qu’ils nécessitent une grande dépense de force et de temps pour assurer leur subsistance. Au contraire P.CLASTRES démontre combien les hommes de ces tribus savent s’économiser, avec une moyenne de 3-4 heures de travail par jour. Et lorsqu’ils peuvent bénéficier d’améliorations techniques provenant de l’apport de sociétés étrangères (cf. la hache de fer, chapitre XI. ) ils s’en servent non pas pour augmenter leur production, mais pour augmenter leur « productivité » en effectuant ainsi la même quantité de travail en moins de temps et/où en faisant moins d’effort. La technique n’est pas un obstacle au développement de ces sociétés, cependant comme le prouve cet exemple, la société ne voit pas son « intérêt » dans l’augmentation de la production, elle le voit plus dans le fait de se prélasser, de faire la guerre ou dans les fêtes.

Ces exemples amènent à reconsidérer l’approche de ces sociétés et à quitter nos schémas habituels pour saisir et comprendre un autre raisonnement, une autre manière de penser. Il n’y a pas de place pour le misérabilisme mais bien au contraire pour le refus de travail. Travail qui aliène, dont le but premier ne serait plus d’assurer la subsistance de chacun mais serait détourné vers une « surproduction » délier de tous sens (sauf celui de l’accumulation). Ceci n’est pas facile à admettre. Les récits de certains observateurs qui n’ont vu que de la paresse ou de l’inaptitude, sont la pour nous le prouver. Il est impensable pour les observateurs européens, que des hommes produisent juste de quoi se nourrir (en fait, le produit de la chasse et de la cueillette est la plupart du temps supérieur à la demande), ignorant toute idée de capitalisation et de commerce visant à l’enrichissement personnel d’un ou de plusieurs membres de la société.

 

A travers cette approche, P.CLASTRES nous amène au sujet qui lui tient réellement à cœur c’est à dire l’Etat. L’Etat que l’on ne semble pas trouver dans c’est sociétés.

Dans les exemples précédents il a montré combien les méthodes d’approche, notamment d’anthropologie économique, étaient inadaptées à l’étude de ces sociétés notamment parce que l’économie dans l’ensemble de la structure ne fonctionne pas de manière autonome. Elle n’est qu’une partie (sous partie) de la société. C’est la société qui la domine et dicte les « décisions économiques » prises en commun. Jamais la société ne se met au service de la production. Nos concepts économiques ne prennent pas sur ces sociétés.

Or, plutôt que de remettre en questions ces concepts où de les « ré-interroger », les observateurs ont préféré nier l’existence d’économies au sens d’économies de marché dans ces sociétés et parler « d’économies de subsistance », termes qui portent la marque d’une volonté de rabaissement.

Parfois, il est arrivé que des anthropologues arrivent à saisir des systèmes économiques fonctionnant de manière autonome mais c’est que les sociétés au sein desquelles étaient apparues ces constructions, avaient subit des changements dans leur structure et leur organisation générale, et qu’elles avaient déjà perdu leur statut de sociétés primitives. A ce moment, l’anthropologie économique n’avait plus lieu d’être, on était passé à l’anthropologie politique.

 

En effet, dans une société primitive lorsque le système économique se laisse repérer comme champs autonome, quand l’activité de production devient travail aliéné, comptabilisé, et imposé par ceux qui vont jouir des fruits de ce travail ; c’est que la société n’est plus « primitive ». C’est que déjà il s’est opéré un changement dans les rapports entres individus.

P.CLASTRES aborde le politique en reprenant l’idée suivant laquelle il n’existe que deux types de société : société à Etat et société sans Etat.

 

Le premier modèle, société à Etat, serait le résultat d’un long processus d’évolution dont les deux grandes étapes de sa construction serait : la révolution du néolithique (révolution agricole accompagnée du phénomène de sédentarisation) et la révolution industrielle du XIXème (on remarquera au passage l’importance donnée à l’aspect économique).

P.CLASTRES démonte cette construction de l’évolution du politique et montre par une série d’exemples, que la relation entre l’économie et la politique ne va pas forcément de l’économie vers le politique. Si dans les sociétés primitives il n’y a pas eu passage du nomadisme à la sédentarisation et construction de « cités » c’est avant tout parce qu’elles vivaient très bien en chassant et cueillant. Il n’y avait pas « d’utilité » pour elles de se sédentariser. En outres, certaines des ces sociétés se sont sédentarisées tout en continuant à vivre de cueillette et de chasse. Enfin, d’autres tribus amérindiennes de sédentaire sont redevenues nomades. Et si elles n’ont pas développé l’agriculture, c’est qu’elles n’en avaient pas besoin pour bien vivre.

En d’autres termes, P.CLASTRES nous dit que dans ces sociétés l’infrastructure ne détermine pas forcément la superstructure. Pour lui, c’est la coupure politique qui est décisive pour passer d’un état de société à un autre. Ce n’est pas comme on aurait tendance à le penser dans les pays occidentaux, l’Economie et les rapports aux modes de production qui sont décisifs dans l’évolution des sociétés mais le rapport à l’autorité et surtout la façon dont s’exerce le pouvoir.

La révolution des sociétés ce n’est pas le néolithique ou la révolution industrielle, la réelle révolution c’est la révolution politique. Révolution qui se caractérise par l’apparition d’un Etat (au sens d’autorité institutionnelle et organisée). L’Etat est l’instrument qui permet à une « classe » dominante d’exercer une domination sur une « classe » qui se laisse dominée.

La société est alors divisée en deux. Néanmoins comment s’opère division et comment de cette division née l’Etat ?

Beaucoup ont attribué l’apparition de la machine Etatique à la transformation de la structure sociale. Cela ne fait que reculer le problème de l’apparition.

On aimerait bien qu’un jour un homme ait dit : « ceci est à moi » puis de fils en aiguille se serait installé une hiérarchie dans la possession. Cette hiérarchie d’abord économique serait à l’origine d’une hiérarchie politique.

 

P.CLASTRES brise cette conception. Comme dans le cas de l’organisation du travail, si ces sociétés sont sans Etat, c’est parce que l’Etat y est impossible, elles n’en veulent pas. Elles ne veulent pas de roi. L’espace de la chefferie n’est pas un lieu de pouvoir. Le chef de la tribu ne préfigure pas le chef d’Etat. Ici, le chef est chargé de résoudre les conflits exclusivement par la parole (et non l’arbitrage) et grâce à son prestige, c’est de cela que découle son autorité.

Le chef est au service de la société. Elle lui demande d’assurer une forme d’équilibre relationnel. Il arrive que certains chefs essayent de faire « le chef » et intime des ordres relevant de décisions individuelles , aux services de leur propre intérêt. Dans ce cas, immédiatement le chef se heurte à la « loi »primitive : « tu n’es pas plus que les autres » il se retrouve alors seul ou plutôt « isolé ».

Le chef est au service de la société et non l’inverse. Le chef dit et fait ce que la société veut dire, veut faire, et lui dit de dire et de faire.

Quand le chef agit c’est la société qui agit parce que c’est cette même société qui lui a dit d’agir. C’est pourquoi lorsqu’il commence à agir pour lui-même, il agit contre l’intérêt de la société et donc par son action il s’exclut, il se démarque.

La société ne laisse pas substituer au désir de prestige la volonté de pouvoir. Le chef guidé par une volonté de pouvoir et condamné à la mort (au moins social). Il n’y a pas de pouvoir politique séparé possible. La société n’est pas séparée en classes.

 

Ceci révèle un aspect particulier de ces sociétés : le contrôle qu’elles exercent sur tout ce qui les composent. Elles interdisent l’autonomie d’un des sous-ensembles (chef, travail, …etc.) qui les constituent. Il y a une volonté de maintenir les mouvements internes, l’ordre social et d’interdire l’émergence de pouvoirs individuels. Alors qu’elle événement peut percer les défenses d’une telle structure ?

La seule chose qui pourrait échapper à ces sociétés amérindiennes, c’est l’augmentation démographique. Car, il est une condition fondamentale au contrôle et à l’existence de ces sociétés, c’est la faiblesse relative de leur taille (abordé chapitre IV :éléments de démographie amérindienne).

Pour qu’une société soit primitive, il faut qu’elle soit petite par le nombre. De fait c’est ce que l’on constate. Lorsqu’un groupe sous l’effet de la pression démographique devient trop important il s’atomise, il se sépare en deux.

Cette atomisation est un moyen efficace d’empêcher la constitution d’ensembles socio-politiques intégrant plusieurs groupes locaux, et cela interdit l’émergence d’un Etat central où d’un pouvoir unificateur. Ce n’est donc du coté de ce phénomène naturel qui semblait incontrôlable que se trouve l’origine de l’Etat.

Bien qu’on sache par l’exemple de certaines tribus comme chez les Tupi-Guaranis que ce risque de l’influence démographique ne soit pas sans relation avec l’émergence d’un pouvoir politique.

D’ailleurs, certains observateurs ont alors attribué l’origine du pouvoir politique et l’apparition d’un Etat tout simplement à la croissance démographique. Toutefois il n’y a pas de preuves, car le processus étudié chez les Tupi-Guaranis, a été stoppé par l’arrivée des européens, laissant hypothétique la formation d’un Etat à long terme.

Dans le cas précis des Tupi-Guaranis, P.CLASTRES démontre l’impossibilité d’une telle évolution. Un événement secouait cette société au moment où les européens sont arrivés ( fin XVème siècle). Cet événement c’était justement un sursaut de la société contre l’apparition de « chefs » qui commencer à exercer un pouvoir. Face à cette dérive sont apparus des prédicateurs, proposant d’abandonner ces « terres du mal » (terres où germaient un pouvoir centralisé, un Etat) pour rechercher le paradis terrestre, où chacun et l’égale de l’autre, où personne n’a de pouvoir. Les prédicateurs, « Karai » demandaient l’abandon de sociétés ou s’imposaient de plus en plus la marque d’une autorité des chefs, reposant plus sur le pouvoir de se faire obéir que le simple prestige .

Ces prophètes semblaient sentire le malheur vers lequel les condamnait ce pouvoir. Une faiblesse était apparue dans l’échafaudage de leur société, porte ouverte au pouvoir, à l’Etat, ce qui équivalait à une catastrophe socio-cosmique (c’est tout un système de valeur qui s’écroulait). Derrière cela que dénonce réellement les Karai, ils dénoncent le lieu de naissance du mal et ce lieu c’est le « Un ».Qu’est ce que l’Un ?

P.CLASTRES croit déceler l’équation métaphysique où le Mal égal l’Un lier à une autre équation d’ordre politique où l’Un c’est l’Etat (Etat centralisateur). La réponse à l’origine du pouvoir serait dans ces équations. P.CLASTRES obtient ce résultat en rapprochant notre conception occidentale, de la conception de ces sociétés amérindiennes, dans le rapport à l’Un. Dans les deux cas, l’Un joue un rôle déterminant. Toutefois, chez les Grecs l’Un c’est le Bien, alors que pour les amérindiens c’est le Mal.

Le paradoxe est que dans leur lutte contre l’émergence d’un pouvoir destructeur les prophètes ont réussi ce qui était jusqu’ici impossible dans ces sociétés, c’est à dire, rallier à leur cause des milliers d’indiens et à unifier dans leur recherche et leur migration religieuse vers le Paradis la diversité des tribus, précipitant la chute de celles-ci. Les « Karai » ont donc réalisé en un seul coup le « programme » que parvenait à peine à entamer les « chefs ». Ruse ou fatalité ? L’histoire marqué par l’arrivée des conquistadores ne permet pas de répondre.

Un constat tout de même, l’acte insurrectionnel des prophètes contre les chefs, leur donnait beaucoup plus de pouvoir que n’en possédait les chefs. Dans le discours des prophètes gît peut être le germe du discours de pouvoir. Sous les trais du prophètes se dissimule peut être la figure du despote. La parole prophétique serait-elle le lieu originaire du pouvoir tout court ? Le commencement de l’Etat serait-il dans le verbe ?

En tous cas, nous dit P.CLASTRES si notre histoire est fondée sur la lutte des classes, l’histoire des peuples amérindiens et l’histoire de leurs luttes contre l’Etat. Cette révélation a un double intérêt.

 

 

Dans son ouvrage, P.CLASTRES en nous présentant des sociétés qui ne fonctionnent pas du tout comme la notre, fournit la preuve qu’il y a d’autres rapports possible que ceux de dominant/dominés, tout en ayant une société structurée. Société structurée sans qu’il y est existence où nécessité d’un Etat centralisateur. Cela met fin à l’idée d’un model Universel de l’exercice du pouvoir et de vie en société. Les sociétés ne sont pas toujours divisées en deux.

L’autre intérêt de ce constat est qu’il nous fournit des indices quand à l’apparition de l’Etat et du pouvoir qui s’y rattache.

Contrairement aux théories occidentale sur l’apparition de la propriété privée son rôle dans la division de la société en classes ; P.CLASTRES ne va pas chercher du coté de l’économie et du rapport au travail. Non, pour lui il n’y a pas d’homme qui un jour ait dit : « ceci m’appartient » se démarquant et marquant l’origine d’une domination de l’homme sur l’homme.

Pour que la société se soit divisée en deux, il a fallut que des chefs par la force du verbe aient réussi à donner des ordres (qui semblait légitime) et se soient fait obéir, cela est apparut dans certaines tribus notamment sous l’effet de l’augmentation incontrôlée des ses membres.

Mais c’est surtout que face à l’émergence de certains de ces nouveaux chefs perçus comme dangereux, se soit rallier derrière des « prophètes », plusieurs milliers d’hommes de plusieurs centaines de tribus, réalisant l’union qu’ils redoutaient tant. En outres, ces prophètes étaient investi d’un tel capital prestige et confiance, que leurs paroles ne furent pas discutées.

Voilà me semble t’il le lieu de naissance du pouvoir. Le départ c’est cette parole qui s’élève.

Dans un cas, pour se faire obéir, car on reconnaît légitime cet ordre donné,

en accord avec les intérêts de celui qui l’a donné et celui qui le reçoit et le suit.

Dans l’autre cas, c’est une parole qui s’élève contre l’oppression, contre

l’émergence de ces chefs, exerçant le pouvoir de contraindre et de faire faire.

 

Ce deuxième aspect P.CLASTRES ne l’a pas plus développé , laissant en suspend l’idée que les prophètes aient pu passer de conquérant des âmes à l’état de maîtres des hommes. Permettant la domination d’hommes sur d’autres hommes.

Certes, il ne faut pas céder à la tentation de projeter des valeurs qui sont notres. Pourtant je serais tenter à la lecture et la relecture de cet ouvrage de percevoir la construction d’une autorité divine. Autorité à la parole intouchable, puisque dans les années soixante dix, époque où P.CLASTRES a étudié les Mbya-Guarani, malgré quatre siècles d’offenses, ils ont conservé leur identité tribale. Même les jésuites échouèrent à essayer de les convaincre de renoncer à l’idolâtrie de la terre sans Mal. Ils restaient persuadé que vivant dans le respect des normes sur la terre mauvaise, ils recevraient de « ceux d’en haut » les signes favorables à l’ouverture du chemin qui les mènera à la terre éternelle. Ils ont échappé au syncrétisme qui à frappé les autres tribus, et qui jusque là était toujours à la faveur d’un christianisme superficiel. Cet exemple montre la force de persuasion de cette croyance dont la légitimité ne peux être remis en cause. Il n’y a pas de place pour le doute. La ferveur est renforcée par les « attaques » extérieurs et cela renforce le ciment de leur unité.

 

En analysant ce phénomène deux choses troublantes apparaissent.

Tout d’abord, la similitude des croyances présentes chez les Mbya-Guarani et les grandes religions monothéiste des pays occidentaux : idée d’un monde imparfait, où l’on vie ; certitude, si l’on respecte un minimum de règle, d’un salut dans un autre monde (extra mondain), dont seuls quelques prophètes peuvent nous fournirent l’accès où les clefs pour y accéder. Ce type de rapport au monde est incroyablement proche de conceptions répandues au moins en Europe. Cela nous renvoie de proche en proche à l’idée d’un monde enchanté et d’un désenchantement du monde, conceptions qui ont une grande influence dans l’évolution et la perception du politique dans nos société.

D’autre part, le pouvoir détenu par ces prophètes et la force de leur parole n’est pas sans rappelé les régimes théocratiques, précédents des régimes débarrassés des dieux, mais où la parole continue à avoir force de loi.

L’origine du pouvoir coercitif serait dans le langage. L’autorité peut être la même, c’est sont discours qui change. Là où elle parlé au nom de la tribu et sous sont contrôle, l’autorité se met à changer de discours et à commander les membres de sa société. Ce faisant, elle fait naître un différence et une distance entre celui qui dit le discours et celui qui le reçoit. Un paradoxe est que face à cette dérive, les discours des prophètes ont radicalisé ce rapport faisant apparaître une parole religieuse intouchable qui ne peut être remis en cause. Alors que la légitimité de l’autorité du chef pouvait être interrogée et remise en cause.

 

 

Voilà l’enseignement que nous apporte cet ouvrage. Malheureusement, P.CLASTRES ( mort dans un accident de la route) ne nous fournira pas d’éléments supplémentaires, bien que celui-ci est envisagé d’approfondir son étude du phénomène d’apparition de l’Etat.

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