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Billet de blog 23 sept. 2022

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Tenir bon et reprendre l’offensive

Sept mois de guerre et d’atrocités en Ukraine, un peuple héroïque qui ne rompt pas et reprend l’initiative. La perspective, même lointaine, d’une libération de l’Ukraine devrait faire taire ceux qui théorisaient l’inaction devant les chars russes, validant la disparition d’un peuple et de ses libertés.

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La mobilisation « partielle » décrétée par Vladimir Poutine démontre son échec et rappelle qu’en Russie aussi les opposants résistent avec bravoure. Mais l’héroïsme des Ukrainiens ne suffira pas. La responsabilité devant l’Histoire des démocraties, notre responsabilité d’Européens, est d'amplifier notre soutien à l’Ukraine et de refuser les accommodements avec le dictateur russe auxquels nous poussent toujours les mêmes, de l’extrême-droite au groupe français TotalEnergies complice de crimes de guerre.

Combinée à la multiplication des catastrophes climatiques, cette guerre a aggravé les pénuries et les hausses de prix en Europe et dans le monde. Malgré ces difficultés, qui vont s’accentuer cet hiver, il nous faut tenir bon. L’Union européenne est unie et a pris des sanctions sans précédent. Mais depuis l’invasion, la Russie a engrangé près de 200 milliards de dollars de recettes de la vente de pétrole et de gaz, dont la moitié de l’Union européenne, lui permettant de supporter les 100 milliards de dépenses de guerre. Nous devons nous passer du pétrole et du gaz russes.

La crise énergétique et les chocs climatiques illustrent d’abord l’ampleur du retard pris en Europe, et particulièrement en France, dans les programmes d’économies d’énergies et de déploiement des énergies renouvelables. Ces dernières, parce qu’elles sont moins cher, plus sûres, plus propres et plus rapidement déployables que les énergies conventionnelles sont les seules capables de répondre efficacement au triple défi du climat, de la sécurité énergétique et de la paix.

A l’inverse, le nucléaire, que nous devrons entretenir et sécuriser encore plusieurs décennies, ne peut plus être un projet d’avenir pour notre pays. Les dysfonctionnements à répétition de nos réacteurs vieillissants et le fiasco industriel et financier des EPR censés les remplacer plombent irrémédiablement ses perspectives. La force du lobby nucléaire et de ses relais politiques et médiatiques ne peuvent masquer cette réalité. De plus, les risques considérables causés par les combats autour de la centrale de Zaporijia en Ukraine montrent que le nucléaire ne peut pas être une solution viable à la crise climatique dans le monde instable où nous évoluons.

Face à la hausse fulgurante du coût de l’énergie, il faut protéger le pouvoir d’achat des Français et l’activité des entreprises. Le faire de façon ciblée, en allégeant la charge de celles et ceux qui sont les plus touchés, ces millions de familles qui doivent choisir entre manger, se déplacer et se chauffer. La baisse à l’aveugle du prix des carburants décidée par le gouvernement profite davantage aux propriétaires de 4X4 qu’à ceux qui en ont réellement besoin. C’est le contraire de la justice sociale. L’organisation du marché européen de l’électricité est défaillante : découplons le prix de l’électricité du prix manipulé et spéculatif du gaz.

La priorité des priorités est de mettre le paquet sur les économies d’énergie. Bien sûr nous responsabiliser, quand nous en avons les moyens, pour la chasse au gaspi, les écogestes et les mesures de sobriété individuelle. Mais la responsabilité première du Président et de son gouvernement est d’organiser la sobriété collective : les infrastructures, les innovations, les investissements, la fiscalité… qui nous permettront de retrouver notre souveraineté et du pouvoir de vivre. Vingt ans que nous proposons en vain un grand plan d’investissement dans l’isolation des bâtiments ! Les bâtiments, c’est près de la moitié de l’énergie que nous consommons et presque le quart de nos émissions de gaz à effet de serre. Investissons pour sortir les 20% de nos compatriotes de la précarité énergétique, réduire massivement les factures de tous, créer des dizaines de milliers d’emplois sur tous nos territoires et alléger les dépenses des collectivités locales aujourd’hui en grande difficulté financière parce qu’elles ne bénéficient pas du bouclier tarifaire. L’action de ces collectivités ne peut suffire. De la même façon, elles ne peuvent compenser le retard des investissements publics dans les transports en commun, les mobilités douces, le co-voiturage ou le fret ferroviaire.

Pour financer immédiatement un effort d'ampleur et ciblé, il faut mobiliser les profits exceptionnels des entreprises des énergies fossiles. La longue hostilité du gouvernement d’Emmanuel Macron à cette idée confirme combien toute idée de justice fiscale lui est étrangère. Mais il ne suffit pas de taxer les superprofits des entreprises qui s’enrichissent sur l’empoisonnement du climat et du vivant. La fiscalité des sociétés comme les règles communes doivent tout simplement bannir tout nouveau projet fossile et soutenir la massification des renouvelables.

Au-delà des entreprises, ces transformations profondes ne seront acceptables -et donc efficaces- que si personne n’est laissé au bord de la route et que les plus vulnérables en sont les premiers bénéficiaires. Le débat sur les jets privés n'est pas anecdotique car l'exemplarité, le civisme, de ceux qui ont le plus, qui sont aussi ceux qui polluent le plus, est une condition indispensable à la mobilisation de tous.

La brutalité de ce que nos sociétés traversent doit provoquer un sursaut, notre « moment Pearl Harbor » pour reprendre l’expression de Lester Brown. Ce moment où nous sortons collectivement du déni pour mobiliser l’ensemble des forces vives du pays et faire face. Le temps est venu de bâtir les nouvelles coalitions de progrès et de solidarité, contre les coalitions de rente, d’accaparement et de prédation qui sont à l’œuvre. Le pays est prêt.

Je propose un pacte de progrès et de prospérité partagée, un pacte de patriotisme écologique. Décliné dans nos territoires, aux échelles nationale et européenne, il s’articule autour de deux objectifs : la sobriété en ressources (énergie, eau, biodiversité, terres rares…) et la sortie du carbone. Il se fonde sur deux principes : la justice sociale et l’innovation. Toutes les politiques publiques de soutien à l’économie et aux entreprises, depuis l’impôt sur les sociétés aux marchés publics en passant par le Crédit Impôt Recherche et les exonérations multiples inciteront aux changements de modèle et pénaliseront ceux qui refusent de sortir du gaspillage, de la pollution et de la prédation. L’innovation, technologique, sociale, démocratique, sera au cœur de cette économie enfin responsable, créatrice de sens pour le travail et la société, d’emplois et de prospérité partagée.

Le patriotisme écologique que je défends entend protéger la Terre -notre maison commune-, nos lieux de vie et celles et ceux qui y habitent, la terre et ceux qui la travaillent, en reprenant le contrôle de nos vies. Ce n’est en rien un autre nationalisme, ce nationalisme d’indifférence ou de complaisance qui se répand sur l’ensemble du spectre politique, d’autant plus facilement qu’il prétend s’opposer au nationalisme xénophobe de haine.

Un nouvel ordre mondial s’instaure, instable. Il se cristallise autour de l’accès aux ressources, de leur accaparement. Les conflits entre démocraties et dictatures s’amplifient. Ils s’aiguisent sur des inégalités insupportables que les chocs climatiques, pandémiques, sociaux, économiques, les pénuries et les mouvements de populations en quête de terres habitables et de paix, rendent obscènes.

Ces enjeux internationaux ne sont pas des affaires étrangères. L’écologie dans un seul pays ça ne marche pas. Ce qui nous est étranger, ce n’est pas le noir, l’arabe ou l’exilé. Ce n’est pas ce qui se passe au-delà de nos frontières. Pour paraphraser Hugo, l’étranger c’est l’oppression, les atteintes aux droits humains et à la liberté, le déni de solidarité, les prédations environnementales qu’aucune frontière ne saurait masquer, ni même nous en protéger. La liberté des peuples et la protection du vivant doivent toujours primer sur la souveraineté des Etats et de leurs régimes. En ce sens, l’invasion russe de l’Ukraine comme l’impérialisme chinois, avec leur cortège d’atrocités et parfois de génocides, ne violent pas d'abord les frontières géographiques. Ils violent au plus profond de chacun de nous les frontières morales.

C’est pourquoi la France et l’Europe doivent donner l’exemple. Pour nous, pour le peuple ukrainien, pour les victimes des famines, des appétits nationalistes et intégristes dans la Corne de l’Afrique, en Afghanistan ou au Yémen. Tenons bon et passons à l’offensive !

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