Amalgames et inepties, 577 visions de l'islamisme

Mercredi 28 janvier s'est tenue l'audition de Stéphane Lacroix, chercheur au centre d'études et de recherches internationales et Brigitte Curmi, conseillère des affaires étrangères sur l'islamisme en Afrique du Nord et au Proche et Moyen-Orient. Une quinzaine de députés membres de la commission des affaires étrangères y ont assisté et certains y ont livré des visions de l'islamisme totalement fantasmées.

Mercredi 28 janvier s'est tenue l'audition de Stéphane Lacroix, chercheur au centre d'études et de recherches internationales et Brigitte Curmi, conseillère des affaires étrangères sur l'islamisme en Afrique du Nord et au Proche et Moyen-Orient. Une quinzaine de députés membres de la commission des affaires étrangères y ont assisté et certains y ont livré des visions de l'islamisme totalement fantasmées. L'intégralité de l'audition est ici

« Ils ont un objectif commun c'est de nous faire la peau ». Ces propos sont ceux du député des Yvelines Jacques Myard (voir le montage ci-dessus), un mois avant qu'il n'aille rendre visite à Bachar Al-Assad, avec trois autres parlementaires, Gérard Bapt (PS), François Zocchetto (UDI) et Jean-Pierre Vial (UMP). Si ce dernier est connu pour ses saillies verbales, d'autres députés n'hésitent pas à le rejoindre sur la pente glissante des amalgames.

Alors que les deux spécialistes de l'islamisme en Afrique et au Proche et Moyen-Orient s'évertuent à expliciter les différents courants islamistes, ils se heurtent à l'ignorance des députés. « Nous avons cherché à dégager trois courants de l'islamisme (...) on parle bien du monde arabe et pas de l'Occident », prend le soin de préciser le chercheur au CERI. Peine perdue, les questions de la majorité des élus concernent la France, Daech ou l'organisation de l'Etat islamique et les djihadistes issus des banlieues. 

Sans me risquer à une analyse sur les différents courants islamiques dont je serais bien incapable, je me suis lancé dans un petit florilège des plus belles inepties et déclarations creuses, floues, voire totalement à côté de la plaque. Le montage vidéo que j'ai réalisé est forcément subjectif, il illustre les dangers de la période post attentats de Paris qui fait émerger chez plusieurs députés français des relents de néoconservatisme.

Commission des affaires étrangères : l'Islamisme en Afrique du Nord et Proche et Moyen-Orient © Mediapart

« Même s'ils se bouffent la rate entre eux, il y a un moment où ils sont unis contre nous ». Le « ils » de Jacques Myard (UMP) désigne un ensemble flou qui met dans le même sac islamisme, salafisme, djihadisme... musulmans. Bref ces « barbares » qui veulent « nous faire la peau ». Michel Terrot (UMP) « voit très bien dans les quartiers » « la poussée du salafisme ».  Quant à Jean-Pierre Dufau, il souhaiterait « arriver à une véritable possibilité d'intégration, y compris avec des ressortissants de l'Islam ». Ah l'Islam! Jean-Pierre Dufau doit certainement faire référence à ce grand pays d'où nous arrivent les migrants que nous ne parvenons à intégrer. Ces trois prises de position questionnent devant tant d'approximations proférées avec aplomb.

Concluons avec Jean Glavany (PS), ancien ministre de l'agriculture qui affirme sa « dubitativité devant toute tentative académique d'établir des classements dans l'islam ». En d'autres termes, il n'est pas inintéressant de faire des études sur l'islamisme mais concrètement ça ne sert pas à grand chose. L'ancien ministre voudrait plus de « pratique ». Pour Jean Glavany, c'est bien simple, « nos modèles intellectuels s'opposent à la nature même de cette religion (...) il y a autant d'islams que d'imams et même peut-être plus », déclare-t-il. Il y a peut-être autant de visions de l'islamisme que de députés pourra-t-on lui répondre, et ce n'est pas forcément bon signe. 

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