« Il y a une angoisse sincère. On la respecte. Mais ce n’est pas la rue qui gouverne"

Ces politiques qui veillent à nous rappeler que la France n'est pas une démocratie populaire, mais qu'ils pensent à nous cependant !

A l'occasion des blocages par les "gilets jaunes", le gouvernement par l'intermédiaire de son porte-parole Benjamin Griveaux ressort les inénarrables (ou pas ?) let motiv de la langue de bois dont celui fameux de "la rue" (la population) qui "ne gouverne pas".

En France, ceux qui gouvernent sont les oligarchies hexagonales, européennes et américaines, peut-être même israéliennes, saoudiennes, et leurs exécutants locaux, le parlement, la présidence et le gouvernement.

Rappels réguliers à une population de sa place ombragée et tenue en laisse. Une "populace" qui oublie curieusement qu'une bonne partie d'elle-même va aux urnes sans faute pour se faire confisquer docilement sa souveraineté et ensuite râler et jurer qu'on ne l'y reprendrait pas !!!

En 2003, le premier ministre Raffarin nous remémorait à l'occasion de désordres sociaux et sociétaux consécutifs à une énième réforme des retraites pour coercition éternelle : "Nous verrons comment les choses se passeront. En clair, le Parlement doit décider, la rue doit s'exprimer, mais ce n'est pas la rue qui gouverne. Et donc nous serons attentifs, mais je le dis avec une grande humanité... " (1).

La formule fit mouche au sein de la population !

En 2010, toujours dans le cadre des réformes de ces retraites, le porte-parole du gouvernement Fillon revient sur les clauses du "contrat républicain" : "Ce n'est pas la rue qui gouverne en démocratie. Mais quelle que soit la participation, nous serons attentifs à cette manifestation et surtout aux propositions que les organisations syndicales feront" (2)

En 2016, celui qui allait nous rappeler qu'en France "socialiste" peut aussi signifier "de droite dure", ultra-capitaliste et xénophobe, autrement dit Manuel Valls, tançait à l'adresse des mécontent/es du pilonnage du droit du travail une formule plus explicite que la précédente : "Je crois dans la démocratie, mais la démocratie ce n’est pas la rue. La démocratie c’est le vote ! C’est la démocratie sociale dans l’entreprise !

La démocratie sociale en entreprise ? On a cherché aux fonds des ch...et c'est là qu'on l'a trouvée..

Notre président actuel, pétri des idées réactionnaires, ne pouvait que s'en remettre à ses pédagogues et tel un père attentif à ses enfants même loin du foyer, déclare sur CNN le 20 septembre 2017 : "Je crois en la démocratie. Et la démocratie n'est pas dans la rue" (4).

Difficile vie que celle du citoyen français qui s'il n'est pas "un rien" est quand même "la rue". Certains sont les deux : des "riens" et "la rue", voire "à la rue"!

La rue, on la piétine tous les jours, on lui roule dessus...............Tiens, drôle d'association d'idées !

Les temps devenus de plus en plus incertains, les piqures de rappel doivent être plus fréquentes ; et c'est de la sorte que nous en arrivons à la consultation du "docteur" Benjamin Griveaux en ce novembre 2018 : "« Il y a une angoisse sincère. On la respecte. Mais ce n’est pas la rue qui gouverne".

 

 

 

(1) http://discours.vie-publique.fr/notices/033002493.html

(2) https://www.lepoint.fr/economie/paille-ump-ce-n-est-pas-la-rue-qui-gouverne-06-09-2010-1232971_28.php

(4) https://www.lepoint.fr/politique/macron-sur-cnn-la-democratie-ce-n-est-pas-la-rue-20-09-2017-2158537_20.php

 

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